10.04.2011
VENEZ DONC VOUS ASSEOIR !
Le temps étant magnifique aujourd’hui, rendez-moi une petite visite. C’est la journée idéale pour s’asseoir sur … moi ! Oui, sur moi : je suis le banc du Jardin des Plantes. Je pourrais tout aussi bien être un banc du Parc Monceau ou du Bois de Boulogne, ou encore du Jardin du Luxembourg. Ah non, pas le Luxembourg, ce sont des chaises là-bas. Peu importe quel parc, nous sommes tous bancs !
Mais, au Jardin des Plantes, il se passe une petite révolution parmi mes congénères : de nouveaux bancs sont progressivement installés et je suis plutôt fier d’être le petit nouveau. Vous me trouverez du côté ensoleillé sous les platanes ; je suis en métal beige quand les anciens sont encore en bois.
Mais on n’arrive pas là d’un coup de baguette magique. Tout d’abord, nous sommes entassés dans le hangar du chef jardinier où des conférences sont données. Voici les intitulés des cours :
· Le banc dans le Jardin d’Eden.
· Bancs et banquets dans la grotte de Platon (427 av JC – 348 av JC).
· L’importance du banc dans les cités grecques et romaines : Sénat, arènes et théâtre.
· Les migrations du banc au fil de la Loire sous François Ier (1494 – 1547).
· Le Concile de Trente : naissance du banc d’église (1545).
· La place du banc dans la roseraie de Pierre de Ronsard (1524 – 1585).
· Bancs et jeux d’eau à la cour de louis XIV (1682 – 1715).
· Les bancs en place de grève sous la Révolution (1789 – 1794).
· Le banc à Sainte-Hélène : solitude et déchéance (1815 – 1821).
· Les bancs dans les usines de la Révolution Industrielle.
· Bancs brûlés et barricades : la Commune de Paris (1871).
· Les bancs dans les casernes : solidarité et fraternité entre Poilus (1914 – 1918).
· Les Trente Glorieuses : du banc de l’école communale aux bancs du lycée de la grande ville.
· 1968 : les bancs de la Sorbonne désertés pour les barricades.
Chaque banc, à l’issue de son cursus, doit faire un exposé. J’ai choisi de m’intéresser à l’Epoque Moderne : c’est, selon moi, l’âge d’or du banc. Rien de plus merveilleux qu’un banc dans les jardins de Versailles. Le comble du romantisme quand, par une nuit de pleine lune, Neptune s’échappait de son bassin pour rejoindre, à dos de dauphin, sur un banc de pierre, au détour d’un bosquet, une nymphe enamourée. Quel panache !
En fonction des résultats aux examens, les bancs sont affectés dans divers lieux : le major de la promotion rejoint les jardins de l’Elysée, son avenir est tout tracé, il deviendra bankable. Les suivants sont installés dans les parcs côté soleilpuis, en fonction des places restantes, côté ombre ou dans des endroits où il y a peu de passage. Ceux sont les résultats sont vraiment mauvais sont affectés sur les aires d’autoroutes.
Comme je vous l’apprenais précédemment, les bancs en bois du Jardin des Plantes sont progressivement remplacés par des modèles en métal plus tendance. Pour cela, on a fait un appel d’offre et des designers reconnus ont proposé leur vision du banc du nouveau millénaire. Le Prince Jardinier, dont la boutique est au Palais Royal, a imaginé un modèle rayé noir et blanc, mais les colonnes de Buren ont manifesté leur opposition et le projet a été abandonné. Les Vilmorin ont dessiné un banc qu’ils ont appelé Louise, entièrement recouvert de graffitis représentant les signatures de Jean Cocteau, Anaïs Nin, Saint-Exupéry et André Malraux. Hélas, le prix de ce banc étant bien trop élevé le Louise a été jeté aux orties. Un nouveau designer britannique, ancien jardinier bio reconverti, a même été contacté : Charles de Galles a créé le banc Diana mais son prototype a été abîmé lors de l’accident du camion qui le transportait ; le Diana, ne pouvant plus être présenté, a été remplacé par le Camilla, plus lourd et chevalin que le précédent. Le Camilla, bien trop britannique à mon goût pour un jardin à la française, a été heureusement écarté. Tous ces designers ayant échoué lamentablement, le chef jardinier a fait appel au leader du banc en kit : IBANKA.
IBANKA a donc produit en masse ces bancs en fer beige aux lignes fluides et sobres. Le marché représente des millions. Mais depuis, les allées de platanes bruissent de mille et une rumeurs, toutes plus folles les unes que les autres. Dans les contre-allées, il se murmure les pires infamies : des malversations auraient été effectuées. Les syndicats s’en défendent. Les bancs de l’opposition – ceux de l’ombre – réclament une enquête parlementaire afin que toute la vérité soit faite sur cette affaire. Nous, les bancs, nous menaçons de faire grève. Mais comment ? Cela s’ajoute à nos conditions de travail déjà pénibles : nombreux sont les accidents dans notre métier, avec toutes ces branches qui nous tombent dessus les jours de tempête. Les plus vieux d’entre nous, en fin de vie, sont bancals. Qui voudrait d’un banc bancal ? Je vous le demande ! Ceux-là sont alors mis au ban de la société.
Enfin, malgré tous ces problèmes qui finissent par ternir notre réputation, chaque jour nous continuons notre travail. Le matin, un ou deux clochards viennent finir leur nuit en attendant que la Soupe Populaire ouvre ses portes à la Gare d’Austerlitz voisine. Puis, c’est l’heure des joggeurs qui étirent leurs muscles sur notre assise. C’est le moment de la journée que je préfère car une jolie joggeuse répondant au doux prénom d’Elsa vient bouger ses ravissantes petites fesses sous mon nez : tout un poème ! Après, une nounou asiatique dépose quelques instants les enfants dont elle a la garde et s’adonne à sa séance quotidienne de tai-chi. Quelques grands-mères viennent se détendre avant de rentrer déjeuner. Ainsi la matinée s’écoule, paisible.
Le midi, la population change : les étudiants du Quartier Latin, en attente du prochain cours, bavardent au soleil. Mais le moment du déjeuner, c’est surtout celui que choisissent les couples adultères pour se bécoter sur nous, les bancs publics.
Vient l’après-midi et ses hordes de mamans avec leurs poussettes : elles s’arrêtent le temps que bébé dorme, en profitent pour lire ou même ne rien faire, juste se reposer d’une nuit trop courte. Vers seize heures trente, après l’école, grands frères et grandes sœurs les rejoignent : je suis alors recouvert de miettes de pain au chocolat et de gouttes de jus de fruit. Mais j’ai les reins solides et ce ne sont pas ces petits détails qui m’empêcheront de continuer. Les touristes, après avoir visité la Galerie de l’Evolution, s’accordent une petite pause avant d’attaquer la Galerie de Paléontologie. Un peu plus tard, juste avant la fermeture, quelques shiteux en mal d’inspiration roulent leur pétard et, souvent, brûlent mes lattes : p’tits cons !
Puis, c’est la fin de la journée. Le parc se vide, les gardiens vérifient que tous les visiteurs sont partis. Il y en a un particulièrement sympathique qui vient toujours me voir et fume une cigarette juste avant de rentrer chez lui en métro. Quand il part, il tape doucement sur mon dossier comme pour me dire « Au revoir ! Bonne nuit et à demain, mon vieux ! » C’est drôle, j’ai beau cligner de l’œil à son attention, il semble ne jamais s’en être rendu compte …
Mais il est tard, alors, comme on dit chez nous : « Fermez le ban ! »
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08.11.2010
DIMANCHE MATIN AU LUXEMBOURG.
Dimanche matin, le temps des plus cléments se prête à merveille à une petite promenade en famille aux jeux du Jardin du Luxembourg. Monsieur et Madame Branchouille-Chic-Ultra-Friqué décident donc de se lever de bonne heure pour profiter de cette belle journée avec leurs deux enfants Branchouille-Chic-Ultra-Friqué.
Monsieur et Madame BCUF quittent leur vaste appartement familial de la rue du Bac et rejoignent d’abord le Lutétia pour leur traditionnel café-crème-thé-viennoiserie dominical. Leur serveur attitré s’enquiert de la bonne santé de la petite famille et gratifie les enfants Charles-Emmanuel et Anne-Charlotte d’une caresse amicale sur la tête.
Puis, toute la famille quitte le Lutétia et poursuit la promenade qui passe obligatoirement par le marché bio du boulevard Raspail où Madame BCUF fait la queue aux étals coincée entre la maigrichonne Sandrine Kiberlain (où est passée la plantureuse Sandrine des Patriotes ?) et la très cra-cra Isabelle Adjani qui porte ses lunettes noires dès 9 heures du matin histoire d’être sûre que tout le quartier la reconnaisse bien. Ce petit marché est tellement authentique qu’il serait tout bonnement impensable de ne pas y passer.
Maintenant que Madame BCUF a fait toutes ses provisions, direction le Jardin du Luxembourg où les enfants vont enfin pouvoir jouer. Ils commencent à s’impatienter.
Déjà une petite queue à la caisse. A la caisse ? me direz-vous. Hé oui, à la caisse. Ce n’est pas parce que vous êtes dans les jardins du Sénat que tout le monde peut profiter des jeux. Ici, la démocratie ne passe pas les portes du Palais du Luxembourg. Pour jouer, on paie. Oh, ne vous révoltez pas trop vite ! Cela tient à une vieille tradition instaurée en 1872 : la première concession fût mise en place, puis d’autres dans les années qui suivirent. Alors, quand vous venez au Luxembourg, vous payez à des commerçants le théâtre de marionnettes, les promenades en poney, le manège, les bateaux sur le bassin, les jeux ou encore les balançoires. Pour les jeux, il en coûtera 2 euros 60 par enfant et 1 euro 60 par adulte, sinon l’adulte reste dehors. Le ticket reste quand même valable pour la journée – ouf ! Attention, à ce prix là, il n’y a pas qu’un seul toboggan – quand même ! – il y a des jeux pour les tout petits comme pour les plus grands jusqu’à neuf dix ans, et un bac à sable. Monsieur et Madame BCUF ont donc payé leurs 8 euros 40.
Pour l’occasion, Monsieur BCUF porte une chemise à fines rayures ciel, un jean ou un pantalon de toile beige, des mocassins Tod’s et une écharpe en cachemire. Il a passé une heure trente dans sa salle de bain ce matin : on n’arrive pas à un tel résultat sans effort. Alors, Monsieur BCUF remet sa petite mèche et se dandine – ou bien parade, au choix – au milieu des autres familles BCUF, tout en surveillant sa progéniture toute de Bonton vêtue – plus casual que Bonpoint qu’on réserve pour la semaine pour aller à l’Ecole Alsacienne toute proche. Quant à Madame BCUF, elle porte un legging noir, un sweat-shirt en cachemire Lucien Pellat-Finet, des ballerines Roger Vivier et des lunettes de soleil noires Prada. Les rayons du soleil sont arrêtés par les arbres, mais qu’importe, les lunettes noires sont indispensables en cette heure matinale.
Monsieur BCUF se repose de sa semaine éreintante : il est patron d’une grosse entreprise, cardiologue ou cadre dirigeant dans une banque d’affaire. Madame BCUF, si elle travaille, est attachée de presse chez Vuitton, tient une agence immobilière dans le VIIème arrondissement ou bien travaille dans une grande maison d’édition de Saint-Germain des Prés. Monsieur lit le Journal du Dimanche sur un banc, tandis que Madame pense avec effroi qu’elle va devoir se rendre sur la rive droite cette semaine : elle doit commander un nouveau sac Kelly chez Hermès et trouver un cadeau chez Colette pour sa copine qui va fêter ses quarante ans.
Les enfants, eux, jouent tranquillement dans le bac à sable. De temps à autre, Anne-Charlotte vient voir son Papa, mais Maman veille :
- Anne-Charlotte, combien de fois vais-je devoir te dire de ne pas poser tes mains sales sur le pantalon de papa. Tu sais bien qu’il déteste ça. Retourne jouer avec ton frère, Papa et Maman se reposent. Et toi, Charles-Emmanuel, ne touche pas les marrons, ni les feuilles mortes, c’est dégoûtant !
Et ainsi passent les dimanches matins de Monsieur et Madame Branchouille-Chic-Ultra-Friqué, accompagnés de leurs deux enfants Branchouille-Chic-Ultra-Friqué … quand ils ne vont pas à la messe !
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30.04.2010
LES REMEDES DE GRAND-MERE.
Une amie albanaise m’a raconté une histoire amusante pas plus tard qu’hier, alors que nous promenions au Jardin des Plantes nos enfants passablement énervés après une journée d’école.
Quand elle était enfant, elle habitait avec toute sa famille dans un village albanais. Sa grand-mère était l’une des figures de la petite communauté. Elle donnait des consultations un peu à la manière des rebouteux dans nos campagnes françaises. Les villageois venaient la voir quand ils souffraient du dos, s’ils étaient anxieux ou encore si les bébés étaient un peu trop agités au goût de leur maman. Elle leur donnait alors à boire un sirop blanchâtre et doucereux tout en prononçant des paroles inintelligibles. Tous les patients étaient alors immédiatement apaisés et repartaient chez eux pleinement satisfaits. Le village avait beaucoup plus confiance en cette femme un peu fée un peu sorcière qu’en le médecin. Et force était au docteur de reconnaitre que les résultats obtenus par cette grand-mère singulière étaient beaucoup plus probants que les siens.
Mon amie conserva jusqu’il y a deux semaines, date à laquelle elle fit un bref séjour dans sa famille, un souvenir émerveillé de cette grand-mère qui guérissait son rhume en appliquant un peu d’huile sur sa poitrine. Mais à son regret, ni elle, ni ses sœurs, ni ses cousins, n’eurent le droit de goûter, ne serait-ce qu’une seule fois, l’étrange breuvage. Etonnamment, la grand-mère s’y était toujours fermement opposée.
A l’occasion de sa visite à sa famille, le charme fut rompu par l’un de ses cousins qui lui révéla les dessous de l’affaire. Cette surprenante grand-mère incisait délicatement les capsules des pavots qui fleurissaient en quantité dans son jardin, en récoltait le suc épais et le donnait ensuite à boire à ses patients.
Mon amie et moi avons alors regardé autour de nous si, au détour d’une allée du Jardin des Plantes, il ne subsisterait pas quelques plants de pavots. Hélas, la floraison a lieu en été. Pourtant, nos enfants auraient eu grand besoin d’être calmés.
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16.04.2010
LETTRE A MONSIEUR DECATHLON.
Très cher Monsieur Décathlon,
Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous dire que je vous ai élu. C’est à vous que revient l’honneur d’être cité dans mon blog. Sachez que l’honneur qui vous est fait est grand car ce blog a désormais pignon sur rue. De plus, je vous écris afin de vous faire une petite proposition, que vous ne manquerez certainement pas, si vous êtes intelligent et perspicace, de saisir. Je tiens à préciser que d’autres sociétés avant vous ont su déceler mon talent – oui, oui, on peut parler de talent – et l’utiliser à bon escient pour la modique somme de …. , payable en droits d’auteur. Mais pour vous et moi, il s’agirait d’une expérience nouvelle.
En effet, je trouverais judicieux, étant donné la publicité que je fais pour vous, que vous me sponsorisiez lors de mon prochain trek (n’ayons pas peur des mots). Celui-ci se déroulera sur une période d’un mois en Argentine : depuis Buenos Aires jusqu’à la Terre de Feu. Les modalités sont à préciser ultérieurement mais, en gros, il s’agirait pour vous de me fournir le matériel (pas les tentes, on les a déjà. Je veux bien des matelas autogonflants 5cm car il ne restait plus que les 2 cm dans votre magasin. Il nous manque aussi des sacs de couchage neufs, un réchaud, etc. Bien sûr, il nous faudrait plusieurs dizaines de polaires : la couleur bleu vif sied à mon teint. Vous pouvez également joindre les maillots de bain de votre collection Tribord (on trouvera bien un lac où se baigner) ainsi que les 4 billets aller-retour Paris-Buenos Aires – si vous insistez pour m’offrir les billets en classe affaire, sachez que je les prends aussi.
Vous allez me dire : « Mais que m’apporterait tout cela ? »
A cela, une réponse en 6 points :
1. Ainsi que je vous l’ai déjà dit, j’ai de nombreux lecteurs : votre sigle Quechua sera vu par une multitude de bloggeurs. J’accepte de montrer des photos de moi portant vos vêtements – non, pas en string Quechua, même si, je vous l’accorde, j’ai encore de très jolies fesses.
2. Je fais un carnet de voyage (façon Elsa !) sur mon blog et montre des photos de vos équipements partout en Argentine. En Terre de Feu, ne comptez cependant pas sur une multitude de photos : on se les gèle là-bas, vous savez. Je veux bien installer, le temps d’une photo, une tente près du tombeau d’Eva Perón et déposerai une paire de chaussures de rando sur sa tombe, elle qui aimait tant les souliers : ça c’est du coup de pub !!!
3. Je suis crédible (pas comme Claudia Schiffer quand elle faisait de la publicité pour Citroën ; on se doute bien que la belle n’a jamais roulé en AX) mes lecteurs, eux, savent déjà que j’ai vraiment utilisé vos tentes (qui se montent et se démontent hyper facilement : voyez, je bosse déjà pour vous alors que nous n’avons encore rien signé).
4. Je glamourise vos produits : je ne ressemble pas au campeur lambda (vos vendeurs ne se sont d’ailleurs toujours pas remis d’avoir affaire à une cliente sans Méphisto et carte d’état major. Ils m’ont dit avec un grand sourire : « Je vous aiderais bien à tester les matelas autogonflants. » « Comme ils sont mignons vos deux garçons ! »)
5. Je lance la nouvelle tendance : camper avec Quechua devient hype. En effet, bien que plus habituée à boire des coupettes de Dom Pérignon dans les soirées parisiennes, Elsa n’hésite pas à camper … avec Quéchua !!!
6. Je veux bien coucher avec vous … mais seulement à mon retour d’Argentine, hein ? (tu peux toujours rêver !) Et pas sur un matelas autogonflant : les vrais lits c’est quand même plus confortable pour la bagatelle, croyez-en mon expérience !
Je suis une fille épatante, n’est-ce-pas ?
Vous pouvez me contacter via mon blog. Qu’est-ce-que 4 petits billets d’avion de rien du tout en échange de millions de nouveaux clients ?
Je vous remercie d’avance et vous prie d’agréer, Monsieur Décathlon, l’expression de mes salutations amicales (parce que nous sommes amis maintenant, hein ?)
Elsa.
P.S. : Afin de ne pas abîmer tout le matériel que vous ne manquerez pas de mettre à ma disposition, j’ai jugé bon de réserver des nuits dans les plus beaux hôtels d’Argentine, parce que moi, le camping ça va cinq minutes. Je vous envoie la petite note …
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09.04.2010
UN CLOCHER, UNE PLACE, DES PLATANES ... ET DES FRANCAIS.
Journée Vive la France pour Ladies Room.
La France que j’aime est celle des petits chemins de traverse empruntés par Yves Montand à bicyclette, celle des places d’églises avec terrasses ombragées pour marchés multicolores et concours de Pétanque, celle des Fêtes du 14 juillet avec flons-flons, bals des Pompiers et feux d’artifices, celle des apéritifs qui s’éternisent entre copains, entre voisins, entre cousins, celle des accents régionaux pleins de gaité et de chaleur, celle des spécialités locales avec un petit vin de pays pour accompagner, celle des fromages aux odeurs puissantes et des escargots à l’ail et au persil, celle des pains sortants tout chaud du fournil et dont la mie nous brûle les doigts quand notre gourmandise se fait trop pressante, celle qu’on nous envie dans le monde entier : une carte postale pour Américains ou Japonais, un rêve pour Anglais, Allemands ou Néerlandais en mal de chaleur, de bonne table et de vieille pierre.
Oui, osons être chauvin car notre herbe tendre n’est pas moins verte que le gazon anglais ! On comprend mieux pourquoi notre si belle terre de France attire tant de touristes étrangers.
Premièrement, nous, Français, savons accueillir comme il se doit les nouveaux venus : nous ne donnons jamais moins de deux baisers. On peut aller jusqu’à quatre bises dans certaines régions, ce qui démontre que nous ne sommes pas avares de notre temps, car il en faut du temps pour embrasser tout le monde. Pfff ! Si les étrangers sont parfois surpris en découvrant cette coutume bien de chez nous, certains y prennent vite goût, n’hésitant pas à s’entraîner au french kiss avec zèle auprès de nos compatriotes. « Ah, les Français(es) !!! », disent-ils alors avec un air rêveur, faisant ainsi de nous les meilleurs amants au monde … Nous n’en sommes pas peu fiers.
Deuxièmement, de telles embrassades nécessitent bien évidemment un petit remontant. Il n’y a alors que l’embarras du choix : chaque région possède sa spécialité. Bières, cidres, vins, pastis, calvados, chouchen, kir, mixtures secrètes : tout est bon dans le cochon ! Notre aptitude à servir ces divins nectars et plus encore à les boire ne peut en aucun cas être remise en doute : l’accueil français se doit d’être chaleureux et quand on a chaud, forcément, on a soif ! CQFD.
Troisièmement, place à un bon repas ; que dis-je, au banquet. Pantagruel, Vatel et autre Brillat-Savarin étaient français, ce n’est pas pour rien ; on n’a jamais vu faire ripaille de façon pantagruélique en Angleterre, ça se saurait.
A nouveau une multitude de possibilités s’offre à nous, tant au niveau de la cuisine traditionnelle que des établissements gastronomiques. On commence par une sole à la dieppoise, on continue avec un aligot saucisse, on poursuit avec un confit de canard, une choucroute, une piperade, on enchaîne avec une bouillabaisse, on déguste un plateau qui a visiblement remporté toutes les étapes du Tour de France des fromages et l’on termine par une galette charentaise, quelques calissons, des bêtises de Cambrai et des fruits confits.
Alors vous, les Etrangers, vous trouvez que c’est trop ? Rassurez-vous, on étale la dégustation dans le temps. Ici on sait à quelle heure on passe à table mais pas quand on en sort. Tout ce qu’on peut préciser, c’est qu’une fois le festin terminé sonne l’heure de la sieste au clocher de l’église. Un point c’est tout.
Car en France, on ne se contente pas de manger bêtement, on fait autre chose que remplir simplement son estomac. On déguste puis on boit, on savoure puis on parle, on goûte puis on rit, on ravit ses papilles puis on cause autour de grandes tablées, on se délecte de tant de plaisirs gustatifs puis on boit à nouveau. Cette convivialité et ce rituel typically french prennent des heures. J’ai pu remarquer que les nouveaux venus dans notre beau pays s’adaptaient avec grand plaisir à ces petites manies gourmandes.
Je ne suis pas non plus la seule à aimer le protocole qui suit ces déjeuners à l’ombre des platanes. De fait, la sieste que j’ai évoquée précédemment est inévitable. Une chaise longue à l’abri d’un vieux mur de pierres, une couverture étendue sous une tonnelle, un coussin déposé au pied d’un arbre sont parfaits pour se la couler douce en été et, accessoirement, digérer. Les enfants vont pêcher des écrevisses ou attraper des reinettes dans la rivière toute proche, quelques hommes font un concours de pétanque sur le parvis de l’Eglise, des adolescents s’éclaboussent à la fontaine de la place du marché, leurs cris brisant le silence de cette chaude après-midi à la Pagnol.
Puis, doucement, le village français à nouveau se réveille. L’heure est aux préparatifs de la Fête Nationale. Tout le village se mobilise pour dresser les tables sur la Grand Place. Dans les arbres, on accroche des guirlandes électriques multicolores. La fanfare répète une dernière fois et les majorettes ajoutent un peu de rouge sur leurs joues. Le maire peut enfin commencer son discours qu’on se dépêche d’applaudir afin de pouvoir filer plus rapidement en direction de la buvette.
La fête bat son plein, on félicite les majorettes qu’on a suivies religieusement tout le long de la Grand Rue et l’orchestre s’installe pour le bal des pompiers. On danse toute la nuit, on rit. Les enfants sont libres de s’amuser : les plus grands s’embrassent derrière un platane sous les regards curieux et moqueurs des plus jeunes qui se coucheront beaucoup plus tard que d’habitude. Tout le monde sourit. Les touristes mitraillent ces petits coins de paradis, espérant presque voir, au détour d’une ruelle tortueuse, un Fernandel à la faconde riante, et se disent : « Pour mes vieux jours, je viendrai m’installer dans le coin ! »
Comment ne pas aimer le Paradis ? Comment ne pas aimer la France ?
Tirez le feu d’artifice !
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22.03.2010
LA HALTE.
Il est des lieux où l’on ne s’attarde guère plus de quelques minutes mais qui pourtant restent ancrés dans notre mémoire. L’un de ces endroits qui est depuis cher à mon cœur, est un petit square situé à Londres.
Si un jour vous vous rendez dans la capitale britannique, vous ne manquerez certainement pas de flâner dans la populaire Oxford Street pour y faire quelques achats, admirer les vitrines de Selfridges, ou dénicher un vêtement à la mode chez Topshop. Harassés par la foule, les lumières criardes et les décibels des magasins aux allures de boite de nuit, vous déciderez de prendre les chemins de traverse. Doucement, vous vous écarterez de l’artère bouillonnante en empruntant une multitude de rues étroites bordées de petits immeubles à deux ou trois étages en briques rouges ou de bâtisses plus cossues à l’architecture géorgienne. Ma préférence va à ces maisons blanches immaculées, ceintes d’une fine barrière en fer laqué noir s’harmonisant à la porte d’entrée au heurtoir doré méticuleusement entretenu ; on y accède par un escalier d’une dizaine de marches en haut duquel trônent deux ifs taillés et des jardinières dont le contenu varie au gré des saisons - cyclamens blancs en décembre, jonquilles et narcisses en février mars. Souvent, un bow-window au store bateau rayé noir et blanc ou bouillonnant en schintz jaune ou bleu laisse deviner un coin cosy comme seuls les britanniques savent les faire. Tantôt un lustre à pampilles éclaire des pâtisseries, tantôt un chat derrière une fenêtre feint de s’intéresser d’un oeil aux passants.
La promenade se poursuit. La rue débouche sur une place parfaitement carrée avec, en son centre, l’un de ces ravissants squares qu’on ne peut voir qu’à Londres. Par chance, le jardin n’est pas la propriété exclusive des riverains. Point besoin de clef, il est ouvert au public. Nous entrons par un petit portillon et avisons un banc libre - le seul semble-t-il. C’est un banc tout britannique, solide, en bois, qui semble posé là depuis une éternité. Je me plais à y imaginer Virginia Woolf devisant en compagnie de Jane Austen - mon imagination n’est pas à un anachronisme près - l’une cherchant dans tous ces visages un moyen d’échapper à sa “folie”, l’autre croquant malicieusement les petits travers de ses contemporains. Lui et moi, épuisés, nous reposons face à un minuscule cottage à colombages qui fait sans doute office d’abri pour le gardien du square et de réserve à outils des jardiniers, mais qui aurait tout aussi bien pu servir d’atelier à Beatrix Potter. N’est-ce pas d’ailleurs des pinceaux qu’on aperçoit au travers de la vitre ? Certainement que la nuit lapins, souriceaux et taupes se retrouvent à l’intérieur pour boire une tasse de thé fumant. Il ne manque plus que la ravissante statue de Peter Pan pour parfaire le tableau. Hélas, celle ci est à Kensington Gardens. Mais, je me plais à imaginer que James Barrie s’est inspiré d’une des maisons qui bordent le square pour créer celle de Wendy.
Des riverains discutent en petits groupes, un retraité promène son chien, des employés de bureau font une petite pause, aucun enfant. Nous restons là à regarder ces habitués. Il fait un froid de canard, il bruine, la nuit commence à tomber, mais ce petit jardin est réconfortant. Les bruits des taxis ne parviennent pas jusqu’à nous. Seul le jappement du chien trouble le silence. Nous nous serrons l’un contre l’autre pour tenter de nous réchauffer et prolonger ainsi cette pause salvatrice pour nos pieds.
Est-ce parce que je suis épuisée que ce carré de vert me plait tant ? Est-ce le savant fouillis de ce jardin à l’anglaise que je préfère à l’ordonnancement carré et froid des jardins à la française ? Est-ce le fait d’être seuls sans enfant sur ce banc qui m’a fait apprécier plus que la normale ce coin de verdure ?
Hélas, le sifflet du gardien retentit, nous ramenant à la réalité : il fait nuit, le parc va fermer, nous allons devoir reprendre notre route. Personne ne semble avoir entendu le sifflement pourtant strident si bien que le gardien est obligé de se déplacer de banc en banc afin de forcer les gens à quitter le square - et moi qui croyais les britanniques toujours obéissants et disciplinés : aucun des anglais présents ne semble disposé à partir. Finalement, sur les injonctions du gardien, nous nous résignons à quitter les lieux. C’est à regret que nous passons pour la seconde fois le petit portillon.
Nous empruntons alors de nouvelles rues, calmes et sombres tout d’abord, puis de plus en plus animées et éclairées. Soho et ses pubs nous attendent, déjà pleins de jeunes cadres aux dents longues qui noient dans des pintes de Guiness le stress d’une journée de travail à la City.
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03.02.2008
BOBOLAND.
Vous, touristes et provinciaux, de Paris vous connaissez les Champs-Elysées, l’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel, le Panthéon, Beaubourg, Pigalle ou encore les Invalides ou bien l’Opéra. Mais, vous êtes-vous promenés une seule fois dans le XIème arrondissement ? Peut-être y êtes-vous passés en métro afin d’aller admirer les tombes du Père Lachaise dans le XXème arrondissement voisin. Mais je serais prête à parier que vous ne vous y êtes jamais attardé. Et pourtant !
XIème arrondissement, centre du monde ! Ici, vous êtes à Boboland, le paradis du Bobo, THE Bobo’s place to be.
Monsieur et Madame Bobo sont enfin les heureux propriétaires d’un loft de 130 m2 situé à l’angle de la rue Saint Maur et de la rue de la Fontaine du Roi. Un lieu stratégique puisque situé à égale distance d’Oberkampf, du Canal Saint-Martin, de Belleville et de Ménilmontant. Quand on vous dit centre du monde !
Monsieur et Madame Bobo adoooorent. Et puis, ils tiennent absolument à ce que leurs deux enfants Lucien et Lola apprennent à vivre avec d’autres enfants qui ne proviennent pas du même milieu social qu’eux. Pour cela, le quartier est parfait : bigarré, chamarré et chatoyant… Le marché sur le boulevard Richard Lenoir en est l’exemple parfait avec ses étals chargés de produits en provenance directe d’Afrique Noire et du Maghreb, sans oublier les marchandises issues du commerce équitable, le must ! On peut ainsi apprendre aux enfants à s’ouvrir à de nouvelles cultures, à se mélanger. Mais pas trop quand même, alors pour l’école, ce sera le privé, faudrait pas pousser le bouchon trop loin non plus.
Mais revenons au loft. Monsieur et Madame Bobo l’ont acheté il y a trois mois : ils ont eu un véritable coup de cœur un dimanche matin ensoleillé de juin ; le propriétaire refusait de leur faire visiter un jour de pluie. Et oui, qui dit loft dans le XIème, dit ancienne usine, dit rez-de-chaussée, dit faible luminosité par temps gris. Certes, c’est sombre, mais ils l’adorent parce que c’est un ancien atelier ou des ouvriers ont travaillé durement sous le joug capitaliste. Ça sent la graisse, la sueur, on entendrait presque encore la gouaille est-parisienne des anciens ouvriers…
Après s’être endettés jusqu’à plus de soixante dix ans, Monsieur et Madame Bobo ont enfin emménagé. Ils ont ainsi pu laisser libre cours à leur imagination débordante pour aménager leur loft. Ils ont déniché des petites merveilles mobilières chez Emmaüs, les ont retapées et ont dispatché tout ce capharnaüm dans leurs 130 m² en béton teinté gris. Sur les poutrelles métalliques, ils ont disposé des guirlandes Tsé Tsé. Dans les espaces enfants - on ne parle pas de chambre ici, c’est un open space - ils ont tagué les murs afin d’aider Lucien et Lola à développer leur sens créatif. L’ambiance du loft est un peu glacée dans cet amas de béton et d’alu, mais la musique de Bénabar et de Camille réchauffe les cœurs.
Car la musique, Monsieur et Madame Bobo adorent ça. Ils vont pratiquement une fois par semaine à la Caserne Ephémère quai de Valmy, au bord du Canal Saint-Martin, assister à des concerts. Parfois, ils y mangent quand ils ne dînent pas à l’Alimentation Générale, rue Oberkampf. Et lorsqu’ils donnent rendez-vous à leurs clients, c’est au Café Charbon (rue Oberkampf), tellement authentique.
Tous deux sont graphistes. Leur atelier est une ancienne imprimerie située au fond d’une impasse, toujours dans le XIème arrondissement. Le vrai Bobo dort dans le XIème, le vrai Bobo travaille dans le XIème. Et puis bosser à proximité du loft a ses avantages : on peut y aller en vélo, c’est tellement pratique. Mais attention, surtout pas en Vélib, c’est pour les Bobof ! Cela fait déjà cinq ans que Monsieur et Madame pédalent, ils n’ont pas attendu les Vélib. Eux faisaient parti dès le début du complot cyclo-socialiste.
Car Monsieur et Madame Bobo ne suivent pas la mode, ils font leur mode.
Quand vous les croisez dans la rue, ils donnent l’impression d’avoir acheté l’intégralité de leur garde-robe chez Guerisold, avenue de Clichy dans le XVIIIème. Elle: sous-pull 70’s, robe baby-doll avec imprimé style tablier de Mamie en tergal, leggings oranges, salomés marrons et grosses lunettes jaune canari. Lui: un mélange de Star-Trek et de Starsky et Hutch, une coupe de cheveux à la Beatles. Mais ne vous y trompez pas, Monsieur et Madame passent un temps fou à travailler leur look Bobo et ont leurs habitudes côté shopping. Leurs vêtements, ils vont les chercher à Londres aux puces de Portobello ou bien à Berlin quand Madame va rendre visite à sa copine graphiste exilée suite à son coup de foudre pour un graphiste allemand. Elle adore le côté underground de la capitale allemande.
A ce propos, ce soir, Monsieur et Madame Bobo se rendent sur la rive gauche, pas dans les trop conservateurs Vème, VIème ou VIIème arrondissements, mais dans le XIIIème. Dans le tout nouveau quartier de la Bibliothèque François Mitterrand, des tas de galeries d’art contemporain se sont ouvertes et un collectif berlinois expose ses oeuvres chez une copine, ancienne graphiste devenue galeriste, ils en ont même parlé dans Technikart !
Alors Monsieur et Madame se pâment devant les sculptures exposées, boivent un verre avec quelques graphistes de leur connaissance, trinquent au son d’un underground Prosit à la santé du collectif puis rentrent cahin-caha en vélo jusqu’à leur loft, nid douillet de béton et d’acier, au cœur du Boboparadize. Ils se couchent dans leur confortable futon posé à même le sol. Une à une les lanternes Tsé Tsé s’éteignent, cédant la place à la nuit et au rêve. Si vous êtes un Bobo, tendez l’oreille, vous entendrez sûrement le doux bruit des ouvriers qui hantent les lieux. Les autres ? Vous aurez froid, il gèle dans ces lofts.
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