08.03.2012
POUR LES VACANCES, CE SERA BAIN DE FOULE CETTE ANNEE.

Vivre dans le Vème arrondissement de Paris, c'est vivre dans un milieu protégé et extrêmement favorisé. On y trouve les meilleures écoles de France et de Navarre (Henri IV, Louis Le Grand et la Sorbonne, entre autres) ce qui fait dire à mon voisin Max Gallo que le Vème est l'une des plus fortes concentrations du savoir au monde. Mes enfants profitent largement de cet environnement (des professeurs et des élèves de Normale Sup - la porte en face - viennent régulièrement leur donner de petites conférences ; quant aux expériences de physique et chimie, elles sont faites par les élèves de l' Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielle de Paris voisine).
Vivre dans le Vème, c'est aussi faire ses courses dans les jolies commerces des rues Mouffetard et Saint-Jacques ou encore de la place Maubert, si bien que, pour les enfants du quartier, aller dans un hypermarché relève de la folle aventure pendant les vacances scolaires en province (les hypermarchés étant en banlieue, les parisiens ne s'y rendent pas : trop loin, trop de bouchons. Et puis beaucoup de parisiens n'ont pas de voiture, le problème est réglé). La seule "grande surface" que les gamins du quartier connaissent et fréquentent est La Grande Epicerie, dans le VIème arrondissement, mélange d'Hédiard, Fauchon et Harrod's. Comme supérette, ils vous citeront le Lafayette Gourmet. A 8 ans, ils affirment avec applomb que la rive droite est beaucoup moins bien fréquentée, à part peut-être la rue du Faubourg Saint-Honoré et la place des Victoires. A douze ans, ils vous parlent avec dédain du VIIIème qu'ils trouvent trop bling-bling, quant au XVIème, à seize ans, ils soupirent que ce n'est même plus Paris tellement c'est excentré et mort. Le Vème n'est décidément pas le monde réel.
Afin que mes fils se frottent à la réalité, mon mari a décidé que nous devions nous mélanger aux autres. Rien de tel que les vacances pour cela. Je ne parle pas de nos vacances en Bretagne puisque mes deux garçons y retrouvent leurs cousins sur la plage, vont au marché bio du coin et passent leurs après-midi au club de voile. Est-ce bien cela la vraie vie ?
Non, alors nous décidons de quitter notre résidence secondaire, direction Soulac-Sur-Mer, petite station balnéaire du Médoc, à l'estuaire de la Gironde, pour vivre une expérience étonnante - je ne crois pas que je puisse dire "enrichissante" - la confrontation avec les gens, les vrais !
Mais avant cela, découvrons Soulac-Sur-Mer, ravissante station touristique avec ses villas balnéaires de la deuxième partie du XIXème siècle accueillant les riches bourgeois bordelais, ses halles, ses ruelles menant aux plages, sa basilique Notre-Dame de la fin des Terres. Bref, un tableau idyllique mais dont seulement quelques privilégiés peuvent profiter étant donnés les prix de l'immobilier dans le secteur. Où sont les "vrais gens" à Soulac-Sur-Mer ?
Ils sont dans la multitude de campings qui ont envahi la station ! Où les rencontrer quand on ne fait pas de camping ? Dans le centre ville.
Dans quelques rues se concentrent les commerces, restaurants, bars ... Alors, comme dans toutes les stations balnéaires, on retrouve des boutiques minables de souvenirs, des magasins de vêtements pour babas et ravers, des boutiques de piercing et de tatouage, des salles de jeux vidéos, des confiseries type fête foraine. Ca sent le graillon.
Mon mari qui voulait que ses fils découvrent d'autres rues que la rue Mouffetard commence à s'en mordre les doigts : l'aîné veut un piercing dans le nez, le cadet , un serpent géant tatoué dans le dos. Nos fils ne jurent plus que par les beignets dégoulinants de graisse et les barbes à papa et veulent faire de l'auto tamponneuse avec leur père qui cède et se retrouve alors coincé entre un gros Kévin de 10 ans qui lui dit "casse-toi, vieux ! Tu vois bien que tu me gênes" et le tout aussi gros père de Kévin qui est prêt à lui cassez la gueule parce que son fils ne peut plus bouger. J'attends anxieuse sur le bord de la piste, mes enfants pleurent dans leur auto. Pour une première, c'est une réussite.
Qu'à cela ne tienne, nous irons dorénavant dans une petite aire de jeux proche de la plage ; la confrontation sera peut-être moins brutale. A moins que mes fils choisissent mal leurs nouveaux petits camarades ? Quelques minutes après m'être assise sur un banc, mon grand se lie d'amitié avec un blondinet un peu plus âgé. Me voilà rassurée, il a l'air mignon. Je prends un magazine et commence à lire quand mes oreilles entendent des phrases pour le moins inattendues dans la bouche d'un enfant de 8 ans : "Espèce de pédé, va te faire enculer ! " J'ai failli tomber du banc. J'entends ensuite mon fils lui demander : "Ca veut dire quoi, va te faire enculer ?" Ne souhaitantant pas entendre la réponse, je me lève fissa pour faire taire l'importun.
Mais lorsque je demande à cet enfant au langage fleuri de ne pas dire de gros mots, tous les autres parents me regardent de travers, l'air de dire : "c'est qui cette grosse bourge ?" Je décide d'emmener mes enfants plus loin ; sitôt le dos tourné, j'entends : "T'inquiète Mathis, elle te fera plus chier cette vieille conne."
Charmant !
Nous déambulons alors à travers la petite ville, croisant de ci de là les "vrais gens" et remarquons que les "vrais gens" aiment les chiens. Oui, les "vrais gens" aiment vraiment beaucoup les chiens. D'ailleurs, ils parlent de la même façon à leurs chiens qu'à leurs enfants ; ils disent "ta gueule, Médor" quand leur chien aboit un peu trop, et "ta gueule, Téo" quand leur fils crie un peu trop. Ils aiment tellement les chiens, qu'ils ont bien souvent plus de chiens que d'enfants, ainsi, il est courant de croiser des familles de quatre personnes avec six chiens. Je fais alors remarquer à mon époux qu'il va être bien difficile de s'intégrer aux "vrais gens" quand on n'a pas de chien mais deux enfants qui ne savent même pas ce qu'"enculer" veut dire. On part mal !
Alors, on est parti. Mais avant, il fallut acheter de l'essence. Direction la station service locale. Le problème est que notre voiture attire les regards. Oui, ça peut poser problème parfois. On n'imagine pas davantage les problèmes que peuvent poser deux enfants lisant sagement à l'arrière d'une voiture qui pose problème !
Près de nous arrive une voiture complètement pourrie avec trois enfants obèses torse nu à l'arrière, un père qu'on n'aimerait pas croiser dans une rue sombre un soir et une mère au visage marqué par des années d'alcoolisme. Est-ce parce que j'ai le malheur de croiser son regard que cette femme incite ses enfants à frotter leur gros ventre sur les vitres de leur voiture de manière obscène en nous apostrophant vulgairement et en se moquant de mes fils qui n'y comprennent rien et commencent à avoir très peur ? Plus mes fils ont peur, plus elle excite ses enfants. Je prie pour que mon mari termine le plein de la voiture le plus vite possible, je crains que cela ne se termine en pugilat ; visiblement, ils aimeraient en découdre avec nous. Mes garçons supplient : "Dis maman, on ne pourrait pas rentrer à Paris, là, maintenant, tout de suite ? " " Bouclez vos ceintures les garçons !"
Conclusion de cette confrontation avec la vraie vie :
- Nous ne retournerons jamais à Soulac-Sur-Mer. Nous n'irons pas plus à Carnac, ça sent aussi le graillon.
- Dorénavant, nous partirons en vacances à Saint-Germain-des Prés, dans le VIème arrondissement de la capitale. Mes enfants joueront aux jeux du Luxembourg où ils ont leurs habitudes. Ce sera équitation à l'Ecole Militaire dans le VIIème arrondissement, parce qu'on n'a pas besoin de passer le périphérique. En insistant beaucoup, nous voulons bien aller au Golf à Saint-Cloud ...
- Merci de faire savoir autour de vous qu'il n'existe aucun emplacement de camping dans le Vème arrondissement de Paris. On n'est jamais trop prudent.
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14.06.2011
LA VISITE.
Il y a certaines règles que je n'ai pas réussi à imposer à mes deux charmants bambins : ne pas dire de gros mots (dès que j'ai le dos tourné ils s'en donnent à coeur joie. En ce moment, ils sont même poêtes : "Prout de mammouth, ça schmoukte. Prout de mouette, avis de tempête"), ne pas se battre comme des chiffonniers, ne pas forcément s'exprimer tout haut (un exemple : "maman, si le monsieur buvait moins de coca cola et mangeait moins de chips, il ne serait pas aussi gros. Hein, c'est vrai maman ?"). Bref, pour ne pas qu'on me jette la pierre au parc ou dans la rue, il m'arrive parfois de regarder les autres parents en prenant un air horrifié : "Ah non, ces deux horribles enfants ne sont pas les miens ! Où donc peut être leur mère ?"
Cependant, s'il me reste quelques problèmes éducatifs à résoudre avec ma marmaille, j'ai réussi deux trois trucs. De fait, mes deux anges (mais si !) savent se tenir dans le bus, sont irréprochables au restaurant ce qui nous vaut à chaque fois les félicitations du personnel et pourraient en remontrer à certains adultes dans les musées.
"Les musées ?" me répondront certains narquois, "on n'y va pas tous les jours ! Pfff."
Là est l'erreur, leur répondrai-je. Les miens sont presque nés dedans. Un adulte n'ira au musée qu'à la condition qu'on lui ait appris enfant.
"Mais des enfants si petits dans un musée ? Ils vont s'ennuyer ?"
On n'emmène pas un petit enfant dans un musée de la même façon qu'on y emmène un adulte !
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On choisit des espaces vastes dans lesquels l'enfant peut déambuler à son aise : le Louvre, le Centre Pompidou, Orsay, les Arts Premiers sont parfaits. Ces bâtiments en eux-même valent le détour : diversité des espaces au Louvre avec ses nombreuses galeries et sa multitude de salles, les différents "panoramas" à Orsay, le côté ludique des Arts Premiers avec ses "labyrinthes" de couleurs, ou encore l'immense hall, les escalators et la vue sur tout Paris de Beaubourg.
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On évite par conséquent le musée du Sénat : trop petit avec ses trois minuscules salles. Si vraiment vous voulez tenter avec des enfants, sachez qu'il vous en coûtera 11 euros par tête et qu'ils ont même voulu faire payer au fils d'une de mes amies : son fils avait trois mois et était en train de dormir dans le porte-bébé ! Les poussettes ne sont pas admises. Mieux vaut y aller le matin pour éviter la foule et ainsi voir les oeuvres exposées. L'étroitesse des lieux fait qu'on n'a pas de recul : il vous faudra porter votre enfant dans vos bras pour qu'il puisse voir quelque chose.
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On choisit des expositions "amusantes". Ils adorent tous voir les momies au Louvre, les têtes réduites des coupeurs de têtes de Bornéo aux Arts Premiers, le rhinocéros en résine rouge à Pompidou (attention, il n'est pas toujours exposé !), les jouets aux Arts Décoratifs, les créations délirantes au Musée d'Art Moderne (évitez le Palais de Tokyo : trop petit !).
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On dépose TOUJOURS ses vêtements au vestiaire : c'est gratuit et beaucoup plus pratique de se ballader sans avoir à porter sa doudoune et son parapluie !
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On se ballade dans un musée quand on a des enfants !!! On les laisse regarder ce qu'ils ont envie, parce qu'ils n'ont pas forcément les mêmes goûts que vous et ne sont donc pas sensibles aux mêmes choses que vous. Certes, on a droit de leur présenter des oeuvres et on en profite pour leur expliquer deux trois bricoles, mais on fait simple et court (il ne s'agit pas les saouler ! ) et surtout, on évite de leur raconter des âneries : "regarde le beau Fragonard", quand c'est une toile de Matisse. (Oui, ce sont des choses qui arrivent ! Tendez l'oreille dans les musées, vous verrez qu'on entend un certain nombre de conneries !) Mieux vaut ne rien dire -on vous pardonnera de ne pas connaître tous les artistes. Qui d'ailleurs peut se targuer de les connaître tous ? - que dire des bêtises grosses comme vous !
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On leur prête un appareil photo et on leur propose de faire une sorte de reportage : les enfants photographieront tout ce qu'ils aiment et regarderont leur "travail" à la maison ensuite.
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On ne reste pas des heures, au bout d'un moment c'est ennuyeux et fatiguant, pour eux comme pour vous : ne prenons pas les tics des parents profs à l'éducation nationale (et je sais de quoi je parle !). Des visites courtes ! mais plus fréquentes, c'est bien mieux.
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On diversifie : un jour, sculpture au Louvre, une autre fois les expos interactives du palais de la Découverte ou de la Cité des Sciences (étudiez bien le programme chez vous avant et pensez à réserver !!!), ensuite, des dinosaures à la Grande Galerie de l'Evolution. (Attention ! pas tout le même jour, on espace les visites !)
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On va faire un tour à la boutique du musée, pas forcément pour acheter mais parce qu'il y a toujours des petits gadget amusants à découvrir (mention spéciale à la boutique de la Maison de la Culture du Japon). Quand on quitte le Louvre, on fait un tour au Carrousel : les enfants vont jouer un peu dans la boutique Apple puis vont lire chez Virgin, ça vous laisse du temps pour fouiner tranquillement au rayon bouquins ; tout le monde est content !
C'est ainsi que vos enfants prendront le pli. Aller au musée deviendra alors la chose la plus naturelle au monde. Une petite victoire pour vous, une grande chance pour eux !
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10.04.2011
VENEZ DONC VOUS ASSEOIR !
Le temps étant magnifique aujourd’hui, rendez-moi une petite visite. C’est la journée idéale pour s’asseoir sur … moi ! Oui, sur moi : je suis le banc du Jardin des Plantes. Je pourrais tout aussi bien être un banc du Parc Monceau ou du Bois de Boulogne, ou encore du Jardin du Luxembourg. Ah non, pas le Luxembourg, ce sont des chaises là-bas. Peu importe quel parc, nous sommes tous bancs !
Mais, au Jardin des Plantes, il se passe une petite révolution parmi mes congénères : de nouveaux bancs sont progressivement installés et je suis plutôt fier d’être le petit nouveau. Vous me trouverez du côté ensoleillé sous les platanes ; je suis en métal beige quand les anciens sont encore en bois.
Mais on n’arrive pas là d’un coup de baguette magique. Tout d’abord, nous sommes entassés dans le hangar du chef jardinier où des conférences sont données. Voici les intitulés des cours :
· Le banc dans le Jardin d’Eden.
· Bancs et banquets dans la grotte de Platon (427 av JC – 348 av JC).
· L’importance du banc dans les cités grecques et romaines : Sénat, arènes et théâtre.
· Les migrations du banc au fil de la Loire sous François Ier (1494 – 1547).
· Le Concile de Trente : naissance du banc d’église (1545).
· La place du banc dans la roseraie de Pierre de Ronsard (1524 – 1585).
· Bancs et jeux d’eau à la cour de louis XIV (1682 – 1715).
· Les bancs en place de grève sous la Révolution (1789 – 1794).
· Le banc à Sainte-Hélène : solitude et déchéance (1815 – 1821).
· Les bancs dans les usines de la Révolution Industrielle.
· Bancs brûlés et barricades : la Commune de Paris (1871).
· Les bancs dans les casernes : solidarité et fraternité entre Poilus (1914 – 1918).
· Les Trente Glorieuses : du banc de l’école communale aux bancs du lycée de la grande ville.
· 1968 : les bancs de la Sorbonne désertés pour les barricades.
Chaque banc, à l’issue de son cursus, doit faire un exposé. J’ai choisi de m’intéresser à l’Epoque Moderne : c’est, selon moi, l’âge d’or du banc. Rien de plus merveilleux qu’un banc dans les jardins de Versailles. Le comble du romantisme quand, par une nuit de pleine lune, Neptune s’échappait de son bassin pour rejoindre, à dos de dauphin, sur un banc de pierre, au détour d’un bosquet, une nymphe enamourée. Quel panache !
En fonction des résultats aux examens, les bancs sont affectés dans divers lieux : le major de la promotion rejoint les jardins de l’Elysée, son avenir est tout tracé, il deviendra bankable. Les suivants sont installés dans les parcs côté soleilpuis, en fonction des places restantes, côté ombre ou dans des endroits où il y a peu de passage. Ceux sont les résultats sont vraiment mauvais sont affectés sur les aires d’autoroutes.
Comme je vous l’apprenais précédemment, les bancs en bois du Jardin des Plantes sont progressivement remplacés par des modèles en métal plus tendance. Pour cela, on a fait un appel d’offre et des designers reconnus ont proposé leur vision du banc du nouveau millénaire. Le Prince Jardinier, dont la boutique est au Palais Royal, a imaginé un modèle rayé noir et blanc, mais les colonnes de Buren ont manifesté leur opposition et le projet a été abandonné. Les Vilmorin ont dessiné un banc qu’ils ont appelé Louise, entièrement recouvert de graffitis représentant les signatures de Jean Cocteau, Anaïs Nin, Saint-Exupéry et André Malraux. Hélas, le prix de ce banc étant bien trop élevé le Louise a été jeté aux orties. Un nouveau designer britannique, ancien jardinier bio reconverti, a même été contacté : Charles de Galles a créé le banc Diana mais son prototype a été abîmé lors de l’accident du camion qui le transportait ; le Diana, ne pouvant plus être présenté, a été remplacé par le Camilla, plus lourd et chevalin que le précédent. Le Camilla, bien trop britannique à mon goût pour un jardin à la française, a été heureusement écarté. Tous ces designers ayant échoué lamentablement, le chef jardinier a fait appel au leader du banc en kit : IBANKA.
IBANKA a donc produit en masse ces bancs en fer beige aux lignes fluides et sobres. Le marché représente des millions. Mais depuis, les allées de platanes bruissent de mille et une rumeurs, toutes plus folles les unes que les autres. Dans les contre-allées, il se murmure les pires infamies : des malversations auraient été effectuées. Les syndicats s’en défendent. Les bancs de l’opposition – ceux de l’ombre – réclament une enquête parlementaire afin que toute la vérité soit faite sur cette affaire. Nous, les bancs, nous menaçons de faire grève. Mais comment ? Cela s’ajoute à nos conditions de travail déjà pénibles : nombreux sont les accidents dans notre métier, avec toutes ces branches qui nous tombent dessus les jours de tempête. Les plus vieux d’entre nous, en fin de vie, sont bancals. Qui voudrait d’un banc bancal ? Je vous le demande ! Ceux-là sont alors mis au ban de la société.
Enfin, malgré tous ces problèmes qui finissent par ternir notre réputation, chaque jour nous continuons notre travail. Le matin, un ou deux clochards viennent finir leur nuit en attendant que la Soupe Populaire ouvre ses portes à la Gare d’Austerlitz voisine. Puis, c’est l’heure des joggeurs qui étirent leurs muscles sur notre assise. C’est le moment de la journée que je préfère car une jolie joggeuse répondant au doux prénom d’Elsa vient bouger ses ravissantes petites fesses sous mon nez : tout un poème ! Après, une nounou asiatique dépose quelques instants les enfants dont elle a la garde et s’adonne à sa séance quotidienne de tai-chi. Quelques grands-mères viennent se détendre avant de rentrer déjeuner. Ainsi la matinée s’écoule, paisible.
Le midi, la population change : les étudiants du Quartier Latin, en attente du prochain cours, bavardent au soleil. Mais le moment du déjeuner, c’est surtout celui que choisissent les couples adultères pour se bécoter sur nous, les bancs publics.
Vient l’après-midi et ses hordes de mamans avec leurs poussettes : elles s’arrêtent le temps que bébé dorme, en profitent pour lire ou même ne rien faire, juste se reposer d’une nuit trop courte. Vers seize heures trente, après l’école, grands frères et grandes sœurs les rejoignent : je suis alors recouvert de miettes de pain au chocolat et de gouttes de jus de fruit. Mais j’ai les reins solides et ce ne sont pas ces petits détails qui m’empêcheront de continuer. Les touristes, après avoir visité la Galerie de l’Evolution, s’accordent une petite pause avant d’attaquer la Galerie de Paléontologie. Un peu plus tard, juste avant la fermeture, quelques shiteux en mal d’inspiration roulent leur pétard et, souvent, brûlent mes lattes : p’tits cons !
Puis, c’est la fin de la journée. Le parc se vide, les gardiens vérifient que tous les visiteurs sont partis. Il y en a un particulièrement sympathique qui vient toujours me voir et fume une cigarette juste avant de rentrer chez lui en métro. Quand il part, il tape doucement sur mon dossier comme pour me dire « Au revoir ! Bonne nuit et à demain, mon vieux ! » C’est drôle, j’ai beau cligner de l’œil à son attention, il semble ne jamais s’en être rendu compte …
Mais il est tard, alors, comme on dit chez nous : « Fermez le ban ! »
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17.02.2011
LES RECEPTIONS DE MONSIEUR L'AMBASSADEUR.
Il y a quelques temps, Lui et moi étions invités à une soirée au Restaurant Géorgien, aciennement Maison Géorgienne, rue du Sabot dans le VIème arrondissement de Paris. A l'angle de la rue du Four, trônait la Rolls Royce grise du propriétaire - le tout dernier modèle, du meilleur goût ! - et, tout autour, protégés du reste de la populace par des barrières et un cordon de policiers, les invités sirotant une coupe de champagne rosé (délicieux). Les badauds tentaient bien de reconnaitre ça et là quelques personnalités mais, peu de gens connus du grand public ce soir-là, surtout des ambassadeurs, des politiques et ... des géorgiens, venus admirer les lieux.
L'endroit est plutôt réussi, il faut le reconnaître. La façade est magnifique, toute en bois. Avant même d'entrer, on est dépaysé. Passée la porte, il faut descendre quelques marches pour découvrir l'accueil : un bar, des poutres sculptées, des briques roses, des vitraux, une fresque moyennageuse sur laquelle le patron est représenté - le petit détail kitch, il en faut ! Au dessus, deux étages géorgiens où se restaurer - même si je ne suis vraiment pas fan de la nourriture locale, trop riche et trop lourde - avec des boxes en bois ou en fer forgé, très jolis. Enfin, un dernier étage, français celui-là - français version géorgienne, c'est à dire Versailles bling bling - histoire de dépayser le géorgien de passage à Paris. L'endroit est surprenant. Tous les matériaux utilisés ont été importés de Géorgie et le patron a fait venir des artisans locaux afin de réaliser ce décor. L'architecte a multiplié niveaux et recoins, ce qui apporte douceur, châleur et intimité. On s'y sent bien, on a envie d'y rester et d'y dîner - du moins si c'était bon. Le décor invite à la détente et à la rêverie. On a envie de s'installer dans l'un des boxes pour prendre une boissson chaude avec des tas de pâtisseries au retour d'une promenade dans les rues de Saint-Germain des Prés par une froide après-midi d'hiver ; dommage que les desserts soient sans commune mesure avec les petits gâteaux de chez Angelina ...
Au premier étage, un orchestre et des chanteurs géorgiens assuraient l'ambiance musicale. Le patron a su éviter le portrait du géorgien le plus célèbre à défaut d'être le plus fameux : Staline qui vous regarde, ça coupe l'appétit.
La soirée avait commencé comme un pince-fesses parisien des plus classiques : ambassadeurs, politiciens, artistes, coquettes ; un florilège. En bas, au bar, deux jeunes fils à papa enchaînaient les verres de vodka cul sec. Ces deux-là n'ont pas dû rester debouts longtemps. Dans les escaliers, des semi call girls aguichaient les jeunes conseillers de l'Elysée. Plus haut, des artistes sur le retour exhibaient à qui mieux mieux leurs très jeunes femelles vénales aux yeux bridés. De temps à autre, on apercevait un petit groupe de vieilles fausses blondes passées à de trop nombreuses reprises sous les doigts experts (?) de chirurgiens exthétiques peu scrupuleux.
En revanche, la fin de soirée a été difficile à la Maison Géorgienne. Au dernier étage, dans la trop clinquante salle française étaient rassemblés les géorgiens venus directement de leur ambassade. Le champagne et la vodka ayant déjà fait leur travail, les hommes - où étaient les femmes ? Je n'en vis aucune dans cette salle - n'ont pas tardé à chanter. Le géorgien, puisque de géorgienne il n'y avait point, a l'air viril, costaud et rougeaud. Avec son cou de taureau, il a le rire sonore, aboie plutôt qu'il ne parle et tonne plutôt qu'il ne chante. Mais visiblement, il s'amuse beaucoup. Il tient bien l'alcool aussi.
Le géorgien est un sanguin, pas le genre à manger des Ferrerro Rochers !
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04.02.2011
CE SOIR, ON VA CHEZ DOUDOU.
Edouard Nahum vous convie à la présentation de sa nouvelle collection de Haute Joaillerie au VIP Room.
Je ne suis pas du genre à dire « Mais je n’ai rien à me mettre ! » (Enfin, si, un peu quand même, mais pas ce soir là). Je prends une douche rapide, je dépose quelques gouttes de parfum entre mes seins et sur ma nuque (ça aide à se sentir belle et désirable) et j’enfile un pull noir avec un grand décolleté dans le dos par-dessus un pantalon moulant de la même couleur. Des escarpins vertigineux et hop le tour est joué !
J’apparais dans le salon plutôt contente de moi mais Lui me dit : « tu ne vas quand même pas sortir en pantalon ? »
- Bah si, lui dis-je, un peu vexée quand même.
- Ecoute Elsa, toutes les filles vont être habillées comme des poules, alors tu fais un petit effort et tu mets une minijupe. T’inquiète, elle sera toujours plus longue que ce que tu verras là-bas.
Ce doit être son boulot qui déteint un peu sur lui : il est vraiment en train de se transformer en proxénète !!!
- Tu veux que je fasse un effort Lui ? OK, tu ne vas pas être déçu !
Je retourne dans ma chambre et, quelques minutes plus tard, en ressort avec, non pas une minijupe, mais un short avec relativement très peu de tissu. Lui est satisfait et moi aussi car il est vrai que cela me fait plutôt de très jolies gambettes. Je force un peu sur le maquillage des yeux. Finalement, je vais me fondre à merveille dans le décor.
Enfin, ça c’était ce que je croyais …
Arrivés devant la boite de nuit (l’ancienne Scala), la rue de Rivoli, pourtant large, est pratiquement bloquée par les Cherokee, 4X4 BMW, Porches Cayenne ou autres Ferrari et coupés Mercedes (oui, c’est bien la crise). Nous présentons notre carton et entrons, laissant derrière nous la foule de curieux agglutinée contre les barrières dans l’espoir d’apercevoir une personnalité – ça fait toujours du bien à l'ego de passer devant tout le monde en prenant un air méprisant …
Dans l’entrée, trois fausses blondes aux faux seins monumentaux qui défient les lois de la gravité, vêtues de salopettes en lamé gris, posent pour la télévision et devant des photographes en compagnie des «stars » présentes. Je suis tellement fascinée par les seins de ces demoiselles qui ne sont plus de toute première fraîcheur (les demoiselles, parce que les poches de silicone, elles, semblent toutes neuves) que je ne vois pas les vitrines où sont exposés les bijoux. (je repèrerais un très joli tour de cou en diamants à 315 000 euros lors de ma sortie)
Nous passons (pfff, la télévision n’a même pas reconnu la grande Elsa, je suis déçue !) et allons déposer nos manteaux au vestiaire.
Nous descendons un vaste escalier : je me sentirais comme une girl du Lido ou des Folies Bergères, si seulement je ne craignais pas de me casser la figure tant les marches sont raides et tant mes jambes tremblent de froid. Non Elsa, ce n’est pas encore ce soir que quinze danseurs à la gueule d’ange te soulèveront comme Marilyn quand elle chantait « Diamonds are the girl’s best friends ! »
Arrivée en bas, nous nous retrouvons pris dans un bain de foule. Rien à voir avec la foule un jour de marché ou de 14 juillet !!! Les femmes, jeunes ou vieilles, sont à l’image des trois hôtesses : refaites de partout. Je serais bien incapable de les distinguer les unes des autres, visiblement il n’y a qu’un seul et unique chirurgien plasticien à Paris.
Enfin, si j’exagère ! On peut quand même distinguer deux catégories :
- Les petites brunes potelées, que j’appellerai : Petits tas. Pas belle, ayant visiblement abusé des loukoums dans son enfance, la Petit Tas a un avantage qui hélas me fait défaut : elle est riche et porte des bagouzes ENORMES à chaque doigt. (quoique, pour les bagouzes, on n’ait pas les mêmes goûts) Bref, LA grande classe ! La Petit Tas porte généralement une robe noir bustier avec une jupe bouffante (qui sert à cacher son gros c**) ou bien un grand décolleté qui laisse apparaître son soutien-gorge (il est vrai que l’élégance n’est pas le fort du petit tas …) Plus le Petit Tas vieillit, plus elle grossit, plus elle porte de bijoux de moins en moins discrets : les canapés sont pris d’assaut par ces grosses vaches à l’air dédaigneux ! Au moins, elles ne grossiront pas ce soir : le buffet est composé de sushis ! Quand Lui met la main dans le dos d’un des petits tas afin de passer, celle-ci se retourne et lui jette un regard qui se voudrait séducteur : étant dans le carré VIP, elle pense que Lui est blindé. Moi, je regarde ça en m’amusant. « Si tu savais comme il est fauché, sûrement que tu ne lui ferais pas les yeux doux, ma jolie ! Et puis Lui déteste les gros popotins ! »
- La deuxième catégorie regroupe les blondes, toujours liftées il va sans dire. La bouche peut-être un tantinet plus en canard que la brune (quoique), la blonde soigne sa ligne : à 60 balais elle fait une taille 34, parade dans un slim qui lui fait la fesse plate et molle, exhibe deux gros seins sur un cou fripé, est maquillée comme un travelo et coiffée comme une adolescente pré pubère. La blonde jeune se prend pour Kate Moss avec moue dédaigneuse et tête à claque. (Je peux pour la claque ?)
Nous entrons dans le carré VIP.
Juste à l’entrée, un espace où les invités pausent pour les journalistes mondains. Alors que Magloire, Vincent Mac Doom et un troisième acolyte se trémoussent sous les flashs, l’un des journalistes leur adresse un « Merci les filles ! » qui a le mérite de me faire rire.
En quoi diffère le carré VIP du reste de la boite, cher lecteur ? En rien, si ce n’est qu’on y est beaucoup plus serré. Mais certains sont prêts à tuer père et mère pour y entrer. Je vous rassure, mes parents sont toujours en vie, ma belle-mère, en revanche …
Ici s’entassent les gens qui comptent ?
En vrac : chanteur has been des années quatre vingt amateur de filles qui pourraient être les siennes, ancienne star du tennis français plus fort en fonds de bouteilles qu’en fonds de courts, Armande Altaï accompagnée d’une sorte de Pope sous coke, ancienne ravissante actrice blonde des années 80 devenue d’une laideur sans nom par abus de bistouri, Paul-Loup Sulitzer, Massimo Gargia et son nouveau Bel Ami, j’en passe.
Ce qui me surprend toujours dans ce genre de soirée – je ne sais pas si surprendre est le mot qui convient, peut-être faudrait-il créer un nouveau mot, mélange d’étonnement, de consternation, de moquerie et de mépris ; oui, cela correspondrait davantage à ce que je ressens, mais comme ce verbe n’existe pas encore dans la langue française, je continuerai ici à utiliser surprendre ! – c’est le fait que ces gens sont persuadés de leur importance et de leur utilité alors qu’on a affaire au néant.
A côté de ces pseudo stars, gravitent de jeunes mannequins slaves qui confondent mannequinât et prostitution mais il est vrai que le fil est parfois ténu entre les deux. Des quadras peu fringants car ayant visiblement un peu trop abusé des bonnes choses dans leur jeunesse (un ou deux se pressent d’ailleurs le nez de manière explicite) les matent la bave au menton et font leur choix : « laquelle finira dans mon lit ? » se demandent-ils.
Arrive ensuite devant moi un couple : elle, blonde un peu tapée, me dit quelque chose. Je réfléchis et me souviens : elle avait joué dans sa jeunesse (elle n’a rien fait d’autre depuis) dans un téléfilm français sur la seconde guerre mondiale, téléfilm sans aucun intérêt si ce n’est celui de l’avoir vue batifoler à poil pendant tout le film. Mais elle est bien accompagnée par un beau gosse, 40 ans, propre sur lui mais trop minet à mon goût. Cependant, je ne fais pas ma fine bouche et profite du spectacle étant donné qu’il est à 1m50 devant moi. Bon sang, ce type, sans doute un vague acteur pour téléfilms à deux balles, a passé sa soirée à se regarder dans le miroir et à remettre sa mèche !!! A un moment, Lui me quitte. Comme le beau gosse m’avait vu le mater –il aurait fallu être aveugle – il profite de l’absence de Lui pour me dire que la table devant moi le gêne et que ce sera plus facile pour danser : il en profite pour me toucher la cuisse au passage en m’adressant un sourire émail diamant. S’il croit que je vais lui refaire, comme sa copine dans sa jeunesse, un remake de la Bicyclette Bleue, il se met le doigt dans l’œil. Certes mon short est petit mais il est aussi solidement accroché à mes fesses ! Enlève tes sales pattes de là ! De toute façon, je suis obligée de cesser notre petite conversation parce qu’après tout le champagne que j’ai bu, j’ai une furieuse envie de faire pipi.
Et hop, direction le pipi room.
A l’entrée des toilettes, se trouvent deux employés qui guident les clients. En effet, il y a tant de miroirs qu’on ne sait où aller, et même après qu’on m’ait montré le chemin, j’ai réussi à foncer dans une glace. Qui donc a imaginé un labyrinthe pareil ? Finalement, j’arrive à peu près saine et sauve, mis à part mon nez qui a vraiment morflé mais l’alcool a cela d’utile qu’il anesthésie les parties sensibles.
Il y a un de ces mondes ici ! Paradoxalement, les toilettes sont presque toutes libres. Tant mieux, ça commence à urger. Je m’enferme mais écoute ce qui se raconte de l’autre côté de la porte (oui, j’ai toujours une oreille qui traîne, moi !)
Mia Frye : - Salut Chérie ! Comment vas-tu ?
Une inconnue : - Bien et toi mon ange ? Ca fait tellement longtemps qu’on s’est vues. Justement, je pensais à toi aujourd’hui et je disais à truc muche : Ca fait un bail que je n’ai pas vu Mia !
(Moi, dans mes toilettes : C’est beau la solidarité féminine, on sent un amour véritable. J’en pleurerais presque.)
MF : - Oh tu sais Trésor, j’étais à New York ce matin même. Je n’ai fait le voyage jusqu’à Paris que pour venir à la soirée de Doudou !
L’inconnue : - Je pensais te voir à Saint-Tropez la semaine dernière, je suis allée voir des amis.
(Moi, qui reste dans mes toilettes, parce que là, je suis vraiment aux premières loges : Pauvre fille !!! Saint-Tropez au mois de novembre ? Faut vraiment être con pour aller là-bas à cette époque, non ?)
L’inconnue : - J’ai un super projet pour toi et moi, il faut absolument qu’on se voit. Ca va être génial !
MF : OK, on s’appelle (ce qui signifie : « Ma chérie, t’es gentille, mais là tu commences vraiment à me gonfler ! »)
Finalement, j’ai réussi à terminer mon petit pipi et suis sortie toujours de bonne humeur. Il y avait encore plus de monde qu’à mon arrivée. Les filles sortent de leur sac du soir un peigne, un déodorant, un rouge à lèvres, un fond de teint, une brosse à cheveux, une bombe de laque, un sèche-cheveux, etc. C’est incroyable ce qu’elles arrivent à faire entrer dans leur sac à main quand moi je n’y mets qu’un rouge à lèvres et encore. Mais je ne me laisse pas abattre pour si peu et moi aussi me regarde comme une chiennasse dans les miroirs et pause comme si j’étais Claudia Schiffer en plein shooting. Puis ressors hilare … en prenant bien soin de ne pas m’écraser le nez contre un miroir.
Je rejoins Lui et nous décidons de rentrer chez nous, ça nous suffit pour ce soir. Mais avant de partir, Lui, qui connaît l’un des photographes mondains, demande à ce qu’on nous prenne en photo : alors nous prenons la pause, puis partons en nous marrant comme deux gamins, laissant derrière nous, sans aucun regret, cette faune blasée qui s’ennuie mortellement. The show must go on !
PS : surprise ce matin en me réveillant : j'avais le visage tuméfié une rivière de diamants autour du cou …
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08.11.2010
DIMANCHE MATIN AU LUXEMBOURG.
Dimanche matin, le temps des plus cléments se prête à merveille à une petite promenade en famille aux jeux du Jardin du Luxembourg. Monsieur et Madame Branchouille-Chic-Ultra-Friqué décident donc de se lever de bonne heure pour profiter de cette belle journée avec leurs deux enfants Branchouille-Chic-Ultra-Friqué.
Monsieur et Madame BCUF quittent leur vaste appartement familial de la rue du Bac et rejoignent d’abord le Lutétia pour leur traditionnel café-crème-thé-viennoiserie dominical. Leur serveur attitré s’enquiert de la bonne santé de la petite famille et gratifie les enfants Charles-Emmanuel et Anne-Charlotte d’une caresse amicale sur la tête.
Puis, toute la famille quitte le Lutétia et poursuit la promenade qui passe obligatoirement par le marché bio du boulevard Raspail où Madame BCUF fait la queue aux étals coincée entre la maigrichonne Sandrine Kiberlain (où est passée la plantureuse Sandrine des Patriotes ?) et la très cra-cra Isabelle Adjani qui porte ses lunettes noires dès 9 heures du matin histoire d’être sûre que tout le quartier la reconnaisse bien. Ce petit marché est tellement authentique qu’il serait tout bonnement impensable de ne pas y passer.
Maintenant que Madame BCUF a fait toutes ses provisions, direction le Jardin du Luxembourg où les enfants vont enfin pouvoir jouer. Ils commencent à s’impatienter.
Déjà une petite queue à la caisse. A la caisse ? me direz-vous. Hé oui, à la caisse. Ce n’est pas parce que vous êtes dans les jardins du Sénat que tout le monde peut profiter des jeux. Ici, la démocratie ne passe pas les portes du Palais du Luxembourg. Pour jouer, on paie. Oh, ne vous révoltez pas trop vite ! Cela tient à une vieille tradition instaurée en 1872 : la première concession fût mise en place, puis d’autres dans les années qui suivirent. Alors, quand vous venez au Luxembourg, vous payez à des commerçants le théâtre de marionnettes, les promenades en poney, le manège, les bateaux sur le bassin, les jeux ou encore les balançoires. Pour les jeux, il en coûtera 2 euros 60 par enfant et 1 euro 60 par adulte, sinon l’adulte reste dehors. Le ticket reste quand même valable pour la journée – ouf ! Attention, à ce prix là, il n’y a pas qu’un seul toboggan – quand même ! – il y a des jeux pour les tout petits comme pour les plus grands jusqu’à neuf dix ans, et un bac à sable. Monsieur et Madame BCUF ont donc payé leurs 8 euros 40.
Pour l’occasion, Monsieur BCUF porte une chemise à fines rayures ciel, un jean ou un pantalon de toile beige, des mocassins Tod’s et une écharpe en cachemire. Il a passé une heure trente dans sa salle de bain ce matin : on n’arrive pas à un tel résultat sans effort. Alors, Monsieur BCUF remet sa petite mèche et se dandine – ou bien parade, au choix – au milieu des autres familles BCUF, tout en surveillant sa progéniture toute de Bonton vêtue – plus casual que Bonpoint qu’on réserve pour la semaine pour aller à l’Ecole Alsacienne toute proche. Quant à Madame BCUF, elle porte un legging noir, un sweat-shirt en cachemire Lucien Pellat-Finet, des ballerines Roger Vivier et des lunettes de soleil noires Prada. Les rayons du soleil sont arrêtés par les arbres, mais qu’importe, les lunettes noires sont indispensables en cette heure matinale.
Monsieur BCUF se repose de sa semaine éreintante : il est patron d’une grosse entreprise, cardiologue ou cadre dirigeant dans une banque d’affaire. Madame BCUF, si elle travaille, est attachée de presse chez Vuitton, tient une agence immobilière dans le VIIème arrondissement ou bien travaille dans une grande maison d’édition de Saint-Germain des Prés. Monsieur lit le Journal du Dimanche sur un banc, tandis que Madame pense avec effroi qu’elle va devoir se rendre sur la rive droite cette semaine : elle doit commander un nouveau sac Kelly chez Hermès et trouver un cadeau chez Colette pour sa copine qui va fêter ses quarante ans.
Les enfants, eux, jouent tranquillement dans le bac à sable. De temps à autre, Anne-Charlotte vient voir son Papa, mais Maman veille :
- Anne-Charlotte, combien de fois vais-je devoir te dire de ne pas poser tes mains sales sur le pantalon de papa. Tu sais bien qu’il déteste ça. Retourne jouer avec ton frère, Papa et Maman se reposent. Et toi, Charles-Emmanuel, ne touche pas les marrons, ni les feuilles mortes, c’est dégoûtant !
Et ainsi passent les dimanches matins de Monsieur et Madame Branchouille-Chic-Ultra-Friqué, accompagnés de leurs deux enfants Branchouille-Chic-Ultra-Friqué … quand ils ne vont pas à la messe !
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20.09.2010
LE BIBLIOTHECAIRE.
Chaque jour la même chose pour Georges Mureau. Il a revêtu un vieux pantalon en velours marron, son éternel gilet en jacquard dont le bas des manches commence à s'effilocher et une chemise en pilou au col toujours boutonné. Il n'a jamais porté autre chose que du pilou car c'est doux et ça tient chaud. Il a chaussé ses chaussures à lacets Méphisto ; il en achète chaque année une paire chez Tavernier, le chausseur de la rue Mouffetard. Juste avant de quitter le petit appartement de la rue de la Clef, il enfile l'imperméable qui avait appartenu à son père onze ans plus tôt. A huit heures cinquante précises, il passe le porche de son immeuble. S'il lui arrive de croiser un voisin, il se contente de lui adresser un simple bonjour en baissant le regard. Sa mère le lui a répété à maintes et maintes reprises depuis sa naissance : "Georges, ne regarde pas les gens dans les yeux. Soutenir le regard est impoli." Georges Mureau, qui a cinquante neuf ans maintenant, n'a pas oublié la leçon et ne regarde jamais les gens quand il lui arrive de parler.
Pour se rendre à son travail, Georges marche pendant sept minutes, pas plus, pas moins. A huit heures cinquante sept, il passe la porte de la bibliothèque de la rue Mouffetard. Il salue rapidement ses collègues, ne s'attarde pas et ne boit jamais de café avec eux. Ses collègues, habitués, n'insistent plus depuis bien longtemps. Ils le laissent seul dans son bureau situé au premier étage. Un petit bureau terne qui lui ressemble, un bureau sans fenêtre et sans âme. C'est là qu'il passe toutes ses journées. Il n'en sort jamais, même pas pour aller aux toilettes. Georges ne va pas à la rencontre du public qui fréquente les lieux, il n'aime pas ça. Il préfère rester enfermé dans la salle grise à répertorier les livres. Il préfère la solitude. Jamais aucun collègue ne vient le déranger pour lui demander un renseignement ou discuter, ils ont fini par ne plus le voir et même l'oublier. Pour son départ à la retraite l'année prochaine, il n'y aura sans doute pas de petite fête comme on en fait habituellement. Qui se soucie de Georges Mureau ? Un nom insignifiant, un homme insignifiant.
Le soir, Georges range méticuleusement stylos, livres et étiquettes, ferme la porte du bureau et quitte la bibliothèque quelques minutes avant ses collègues afin de ne pas avoir à leur parler. Il redescend la rue Mouffetard en direction du marchand de primeurs chez qui il achète deux tomates, un kilo de pommes de terre et quatre poires. Il se rend ensuite chez le boucher qui lui vend deux steacks comme tous les mardis. Le mercredi, il achète deux escalopes de veau, le jeudi des saucisses et le vendredi, jour du poisson, toujours du cabillaud. Les commerçants lui demandent parfois des nouvelles de sa mère qu'ils n'ont jamais revue depuis l'accident qui l'a rendue invalide, et Georges répond :
- Elle souffre toujours autant du dos, pauvre Maman. Et le temps est long maintenant qu'elle est alitée.
- Passez lui le bonjour Monsieur Mureau. -- Je n'y manquerai pas, ça lui fera plaisir.
Voici les seules paroles que Georges prononce, les yeux baissés. Juste avant de rentrer chez lui, il fait un saut au Franprix ou il achète des gros sacs de croquettes pour chat. Il quitte la rue Mouffetard et empreinte la petite rue de l'Epée de Bois. Les enfants qui sortent de l'école du même nom chahutent devant lui inconscients de sa présence. Il ne dit rien et poursuit sa route sans esquisser un sourire ou un geste d'impatience à leur égard. Il se contente de passer dans la rue comme dans la vie des gens. Il n'intéresse personne, il est invisible, il n'existe pas.
A seize heures quarante cinq, il entre chez lui. L'appartement est triste et sombre. Point de canapé douillet mais un vieux fauteuil défoncé et tâché dans un coin. A l'autre bout de la pièce, un poste de télévision tellement vieux qu'on s'attendrait à voir Léon Zitrone jeune apparaître sur l'écran. Entre les deux, une table massive en chêne et ses quatre chaises fatiguées prennent toute la place et empêchent de circuler facilement. Une nappe en toile ciré défraichie protège le plateau. Dessus, un vase contenant des fleurs en soie jaunie et des écuelles remplies de nourriture pour chat. Seize chats vivent dans l'appartement. L'odeur d'urine et d'excrément qui règne dans la maison incommoderait n'importe quel visiteur mais Georges ne la sent plus. Il dépose ses courses dans la cuisine aux murs graisseux et ou s'amoncellent les calendriers de la poste, donne à manger aux félins puis va chercher sa mère restée toute la journée dans sa chambre. Ensemble, ils regardent Question pour un champion. Il gagne souvent. Sa mère, qui suit l'émission à son côté, lui répète : "tu devrais t'inscrire, je suis sûre que tu serais sacré champion." Mais Georges préfère jouer depuis la maison. Après les jeux, il regarde le journal régional sur France 3 suivi de l'édition nationale, avant d'aller préparer le dîner pour lui et sa mère. Depuis la cuisine, il lui raconte sa journée de travail, les nouveaux livres qu'il a enregistrés, ceux qu'il va lire, ceux qui l'ennuient. Il débarasse les gamelles des chats et dresse le couvert : le sien en bout de table, celui de sa mère à sa droite, face à la télé.
A la mort de son père, dix ans auparavant, Georges s'est occupé de sa Maman grabataire. Le fils n'avait jamais quitté ses parents, pourquoi cela aurait-il changé ses habitudes au décès de son Papa ? Sa mère a toujours refusé qu'une infirmière s'occupe d'elle et aucune femme censée n'aurait d'ailleurs accepté de le faire, la vieille femme étant beaucoup trop autoritaire et pleine de méchanceté. La mort de son mari n'a rien arrangé. Avant, feu Monsieur Mureau réussissait à tempérer le comportement sadique de son épouse. Mais une fois le mari disparu, la veuve n'eut plus de garde-fou. Georges en fit les frais. Il subit de plus en plus de vexations et se renferma davantage, étouffant doucement mais surement. Le harcèlement dont il était l'objet devint quotidien. Rien de ce qu'il faisait ou disait ne trouvait grâce à ses yeux.
Le soir de ses cinquante quatre ans, Georges s'arréta chez le pâtissier rue Monge, face à la place du marché, pour acheter deux gâteaux. Il choisit deux éclairs au chocolat, les préférés de sa Maman. A son retour à la maison, la vieille femme, d'une humeur exécrable une fois de plus, prit les gâteaux et les écrasa dans l'une des gamelles des chats tout en riant méchamment. Georges n'en put plus. Alors, il alla à la cuisine, se saisit du hachoir à viande et asséna à sa mère dix huit coups sur tout le corps. Il décida ensuite de se débarasser des chairs en les découpant en petits morceaux qu'il donna à manger aux chats. Il décapa les os à l'eau de javel puis les entreposa dans une caisse au fond de l'armoire à linge. Quant à la tête, il choisit de la conserver dans un bocal hermétique rempli d'alcool qu'il acheta dans les différentes pharmacies du quartier. La tête trouva tout naturellement place sur la cheminée de la chambre de la défunte, entre un vieux bouquet de mariée sous cloche et une régule. Jamais il ne voulut s'en débarasser car cette mère pourtant peu aimante avait été la seule personne avec laquelle il avait pu discuter.
Sa vie ne changea en rien. Personne ne s'aperçut de la disparition de Madame Mureau. Jamais l'administration ne se posa la question de savoir si la vieille dame était toujours en vie puisque c'était le fils qui depuis des années s'occupait des formalités administratives, ce qu'il continua à faire après le décès. Le médecin, trop content de n'être plus appelé au chevet de l'horrible patiente, ne chercha pas plus à savoir ce qu'il était réellement advenu d'elle. Le fils venait dorénavant en consultation au cabinet afin de récupérer les ordonnances. C'est ainsi que Georges put conserver la même vie sans être inquiété le moins du monde.
Chaque soir, en revenant de son travail à la bibliothèque, Georges Mureau continue à faire ses courses rue Mouffetard. Il achète toujours deux tranches de viande chez le boucher mais un peu moins de croquettes chez Franprix. Il dépose ses achats dans la cuisine puis va chercher le bocal qu'il dépose doucement sur la chaise, face à la télévision. Il regarde Question pour un champion et la tête lui dit qu'il devrait tenter sa chance un de ces jours, les seules paroles gentilles que sa mère ait jamais dites. Après le journal télévisé, Georges prépare le dîner pour lui et sa Maman, mais cette dernière n'a plus très faim et ce sont souvent les chats qui terminent l'assiette. Vers 21h30, il range la tête sur la cheminée, embrasse le bocal et va se coucher. Il lit un livre qu'il a rapporté de la bibliothèque puis éteint la lumière à 22h30. Demain, il quittera à nouveau l'appartement à 8h50 précises pour être à son travail à 8h57. Si vous traînez dans le coin à cette heure là, vous l'avez sans doute déjà croisé, sans le voir. Si vous voulez faire sa connaissance, demandez donc Georges Mureau à l'accueil de la bibliothèque de la rue Mouffetard ...
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07.06.2010
PARIS

Je n’avais jamais envisagé de vivre à Paris, c'était même impensable pour moi, tout simplement invivable, parce que trop gris, trop cher, trop métro boulot dodo ; c'était ainsi que je l'imaginais. En plus, il n’y avait pas la mer, or la mer faisait partie de ma vie : que ce soit au Havre ou à Audierne, les maisons de mes parents faisant face à la mer. Quelle que soit la pièce où l’on se trouvait, on la voyait. On vivait au rythme des tempêtes ou des bateaux entrant et sortant du port. On regardait chaque soir les couchers de soleil, on savait quelle heure il était en voyant les ferries partir pour l’Angleterre ou l’Irlande. Les promenades se faisaient sur le front de mer au Havre, sur la plage de sable fin à Audierne. Vivre sans la mer me semblait tout bonnement impossible. Et puis Le Havre Sainte-Adresse, aussi curieux que cela puisse paraitre car tout le monde sait que ce n’est pas une jolie ville, c’était chez moi. Audierne n’a toujours été que le lieu de mes vacances : je suis contente d’y aller, je suis aussi contente d’en partir.
Quand je dus quitter mon chez moi, je le fis avec un pincement au cœur. J’abandonnais une partie de moi, je laissais mes souvenirs d’enfance, d’adolescence derrière moi. Je me retrouvais en quelque sorte orpheline même si j’avais un joli appartement à Paris dans le Vème arrondissement. Cet appartement c’était chez moi bien sûr mais autour, Paris était une terre un peu étrangère, une ile ... sans la mer. Quand je retournais chez mes parents, je me ressourçais.
Puis, tout doucement, Paris a changé de visage … à moins que ce ne soit moi qui ai évolué. Oui, c’est fort probable. Paris est devenu mon chez moi. Pourquoi ce changement ?
Parce que j’y ai construit ma vie, parce que j’y ai aimé, parce que j’ai pu accrocher des souvenirs aux frontons des monuments parisiens, parce que je m’y suis fait plein d’amis, parce que j'y ai travaillé, parce que mes enfants y sont nés, parce que c’est à Paris qu’ils ont fait leurs premiers pas, parce que Paris progressivement a pris à mes yeux figure humaine. Il n’y a pratiquement plus un seul endroit de Paris où je n’ai un souvenir : souvenirs d’une promenade, d’un baiser, d’un déjeuner, d’un vent froid un jour d’hiver, d’un goûter assis sur un banc dans un parc du Ier arrondissement ou d’ailleurs, d’une vieille connaissance rencontrée par hasard, d’une course sous la pluie, d’un café à un comptoir, d'une sortie au théâtre, d'une terrasse par une après midi d'été. Mais aussi souvenirs douloureux d'un jour où on est allé en urgence dans un hôpital parisien, d'un jour où, accoudée à un pont de Paris on a versé quelques larmes qui ont rejoint la Seine, d'un jour où on a quitté ses collègues avec lesquelles on s’entendait si bien. Souvenirs d’inconnus croisés, de rencontres, de drames, de petites peines, de joies et de grands bonheurs. Souvenirs de fêtes, de dîners, de soirées. Des vies, une vie, ma vie.
Longtemps je me suis demandée où j’irais si j’avais le malheur de perdre Lui. Aujourd’hui, je sais : chez moi, c’est à Paris et nulle part ailleurs. Même la mer ne me manque plus.
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25.05.2010
UN CAFE MADEMOISELLE ?
En bonne parisienne que je suis, j’aime prendre mon café au zinc, près de l’école de mon fils. Et comme une rentrée équivaut à une reprise de ses bonnes vieilles habitudes, je suis allée boire mon café dans mon troquet favori. Il n’a rien d’extraordinaire, mais je l’aime bien. Cela tient sans doute à l’un de ses serveurs : Momo ! – ça ne s’invente pas, c’est vraiment Momo.
Momo est un chic type. Momo est toujours content quand j’entre dans son bistro. Au « Bonjour, Momo ! » que je lui adresse avec mon plus beau sourire, il répond invariablement :
- Bonjour ma belle, qu’est-ce que je te sers ce matin ? Un petit café pour la jolie petite demoiselle ?
Et quand, plus tard, il me croisera dans le quartier avec mes deux enfants, il leur dira :
- Vous en avez de la chance les garçons d’avoir une si gentille baby-sitter !
et leur donnera des chocolats ; mon fils aîné, perplexe, répondra la bouche pleine que je ne suis pas leur nounou mais leur maman et Momo fera semblant d’être étonné. C’est pour ça que je l’aime bien Momo.
Aller dans son café soigne toutes les petites déprimes hivernales. Même pas besoin de noyer ses soucis dans un ballon de rouge. Un café servi par Momo le magnifique suffit à vous transformer en une jeune fille de vingt ans. Messieurs, s’il vous plait, faites comme Momo, dites-nous mademoiselle plus souvent !
C’est drôle car, au début de mon mariage, il y a quinze ans, j’adorais qu’après avoir vu mon alliance on me dise madame. Aujourd’hui, je serai prête à payer pour qu’on me dise mademoiselle.
- Au fait Momo, c’est combien le café ?
Pour celles et ceux qui désireraient connaitre l’adresse du fameux bistro, c’est simple : c’est le troquet en bas de chez vous, reste plus qu’à trouver votre Momo perso.
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12.05.2010
PROVINCIAUX, BANDE DE PLOUCS !
Depuis quinze ans maintenant que je suis devenue parisienne, des petites choses m’agacent quand je viens passer quelques jours chez vous en province.
· Vous ne nous aimez pas, nous, les parisiens. Aux inévitables « Parisien, tête de chien, parigot, tête de veau » que vous vous sentez obligés de nous ressortir à chaque fois que l’on vous dit « j’habite Paris », je répondrai que le parisien est essentiellement un provincial reconverti. Nous sommes tous frères, yé !
· Evitez de rayer ma voiture quand je rends visite à ma famille en Bretagne, simplement parce qu’on peut lire le chiffre 75 sur la plaque d’immatriculation. S’il vous plait, les Corses, ne vous sentez pas non plus obligés d’y déposer quelques bombes. (je rigole ! Dites, vous n’allez pas faire sauter mon blog pour si peu, hein ?)
· Ne me tapez pas dessus quand je vais assister aux Gras à Douarnenez.
· Dans les boulangeries, faites en sorte qu’on puisse acheter du pain au-delà de dix heures du matin.
· Dans les restaurants, laissez-nous déjeuner même passé treize heures et dîner même passé vingt et une heures.
Cessez d'être ville morte dès que dix-huit heures sonnent.
· Ne mélangez pas tout : ce point s’adresse tout particulièrement aux anciens banlieusards partis s’installer en province et qui me disent toujours : « moi aussi j’ai habité Paris ! »
- Ah bon, dans quel arrondissement ?
- A Aulnay-sous-Bois.
- Le parisien habite dans le 75 !!! et non dans le 93, le 94 ou le 92. Oui, je suis affreusement snob ! Mais il y a une grande différence entre un parisien intra-muros et un habitant de Plaisir ou de Compiègne. Le premier habite Paris, le second en banlieue et le troisième vit, comme vous, en province. Alors, quand vous vous écriez : « la qualité de vie à Paris, quelle horreur ! », le parisien, le vrai, vous répondra : « je n’ai pas besoin de voiture, j’ai absolument tout autour de chez moi (commerces, parcs, médecins, administrations, crèches, musées, spectacles, restaurants …) je fais tout à pieds. Le RER ? Connais pas ! Le métro ? Je vais bosser à pieds.» Hé oui, c’est ça aussi Paris ! Pas besoin de prendre sa voiture pour acheter une baguette de pain ou déposer ses enfants à l’école.
· Arrêtez de nous prendre pour des imbéciles incapables de comprendre quoi que ce soit. Les Marseillais : pas de « couillon » intempestif s’il vous plait ; c’est vexant à la fin.
· Arrêtez d’augmenter vos prix sous prétexte que nous sommes parisiens. A Honfleur, le macaron est deux fois plus cher que chez Ladurée, mais deux fois moins bon.
· A force de vouloir vendre vos maisons aux riches parisiens, vous videz votre magnifique Ile de Ré de sa population d’origine. Vos enfants ne vous diront pas merci quand ils voudront s’installer sur Ré la Blanche ou dans vos belles régions françaises. Les prix au Shopi de La Couarde ont tellement augmenté pour cause de parisiens en vacances (ne mettez pas tout sur le prix du passage du pont), que vous êtes obligés de le passer, ce fameux pont, et de faire trente kilomètres pour vous ravitailler à un prix décent au Carrefour de la Rochelle. Est-ce bien le meilleur calcul ?
Je conclurai par cette citation de mon cru :
«L’appât du gain est plus fort que la haine du parisien. »
Je vous sens énervés là, non ?
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LE RETOUR DU BÂTON.
Bien que Parisienne, certaines manies de mes congénères m’insupportent quand je me rends en province.
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Le Parisien a l’arrogance de l’imbécile. Il sait tout sur tout. Il fait un exposé grandiloquent aux pêcheurs de bar du Raz de Sein, leur expliquant comment mettre l’appât et lequel. Il donne un cours sur la chasse au sanglier aux Solognots. Bref, il emmerde tout le monde et démontre par A + B qu’il n’y connait vraiment et qu’il est parfois vraiment très con.
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Le Parisien a le droit parce qu’il paie. Bonjour, merci, au revoir ? Connait pas.
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Le Parisien en vacances s’habille comme … un Parisien en vacances : s’il va sur la côte atlantique, il est tout de jaune (ciré Cotten rutilant) et bleu marine vêtu (bottes Aigles scintillantes et pull rayé Armor Lux qui gratte). Une vraie panoplie de marin du dimanche, incapable de faire la différence entre un ormeau et un bigorneau. S’il va en Sologne, tenue intégrale Barbour. Parfois, la Parisienne oublie qu’elle a passé le périphérique et un affiche un look qui, s’il ne dépare pas outre mesure rue des Saints-Pères, la fait passer pour un indien quand elle se promène le samedi matin au marché de Ploubahinec. Maryvonne Lequerrou ne sait guère apprécier à sa juste valeur les nouveaux codes vestimentaires parisiens. Enfin, tout le bourg en parlera encore dans dix ans.
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Avertissement aux Parisiens du très clinquant, m’as-tu-vu, parvenu VIIIème arrondissement de Paris : pitié, ne quittez pas les enclaves que sont Deauville et Courchevel quand vous partez en vacances en province. Je n’ai aucune envie de voir vos immondes manteaux en renard bleu et vos grotesques bagues de quarante carats chacune dans mon petit port de pêche finistérien.
Et après, on s’étonne que les provinciaux ne nous aiment pas …
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26.04.2010
MES PETITS BONHEURS DE LA SEMAINE.
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Mes enfants étaient en vacances chez leurs grands-parents, mon mari à l’étranger : pas de mari, pas de gosses, pas d’emmerdes ! - J’ai profité du temps magnifique qu’il a fait à Paris cette semaine.
- J’ai mangé un pain au chocolat de chez Dalloyau.
- J’ai flâné le long des quais, puis j'ai emprunté le Pont des Arts, me suis assise sur un banc et ai admiré la vue sur l'Ile de la Cité : ma vue préférée avec celle sur l'arrière de Notre-Dame.
- J’ai organisé une soirée entre copines à la maison. On devait être trois, le reste de la bande devant être aux quatre coins du monde ; mais les avions étant cloués au sol à cause du nuage de cendres, on a fini à une bonne dizaine. Je leur ai remonté le moral en leur servant ma spécialité : Saumur blanc, citron en petits morceaux, sucre, champagne. Et on recommence jusqu’à plus soif. C’est qu’elles boivent comme des trous ces mères de famille indignes ! On a putassé toute la soirée : qui couche avec qui dans le quartier : il s’en passe de belles rue Mouffetard !!!
- J’ai dépensé une fortune en bijoux : 3 euros 95 la bague chez C & A. Qui dit mieux ?
- Dès le mois d'avril, le parisien est tout émoustillé. Il faut dire que les parisiennes savent y faire :
- Trois vieux beaux déjeunent à une terrasse à Maubert. Au moment où je passe devant leur table, ils cessent leur conversation, me regardent en souriant, et l'un d'eux - celui qui a l'air le plus roublard - me dit : "vous apportez un charme particulier à ce quartier." Ah, l'âme de Saint-Germain des Près et du Quartier Latin ! Ils ont regardé mes fesses dès que je leur ai tourné le dos.
- Trois beaux garçons m’ont souri dans la rue. (Si le canon de la place Saint-Sulpice qui m’a adressé un sourire ravageur mardi vers 18h voulait bien me rappeler au 06- …., ça m’arrangerait : vous étiez vraiment charmant ! Dépêchez-vous avant que mon mari ne rentre !!! Bah quoi ? Il faut bien que mon blog serve à quelque chose ! )
- Je me suis levée, j’ai pris mon petit-déjeuner et … je me suis recouchée. Le pied !
- Je me suis verni les ongles de pied devant la télé.
- J’ai passé une matinée entière dans ma salle de bain à me tartiner de crème et à me faire belle.
- J’ai chanté à tue-tête « Le petit pain au chocolat » de Joe Dassin.
- Mon mari étant absent, j’ai pris toute la place dans le lit et j'ai dormi comme un bébé.
- Enfin, j’ai vu l’exposition Saint-Laurent au Petit Palais et l’exposition Crime et Châtiment au Musée d’Orsay : il fallait bien que je fasse un truc adulte pendant ma semaine de vacances !
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03.04.2008
LA FRANCE, FILLE AINEE DE L'EGLISE.
Monsieur et Madame de Montenac quittent leur appartement familial gracieusement prêté par le Ministère des Armées, avenue Duquesne. Mais je devrais dire Général car Monsieur a fait Saint-Cyr puis toute sa carrière dans l’Armée de Terre, comme l’avaient fait son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui. En fin de carrière, il a été muté à l’Ecole Militaire voisine en remerciement des bons services rendus à la Patrie. De ses nombreuses missions à l’étranger, il garde quelques photos, des souvenirs, des amitiés viriles indestructibles et des médailles qu’il arbore fièrement au revers de son uniforme les jours de cérémonie aux Invalides. Avant, les missions duraient trois ans, on emmenait toute la famille en Afrique ou en Guyane, on avait des boys qui se chargeaient des repas et de l’amidonnage des uniformes blancs de rigueur dans les pays chauds. C’était le temps béni des colonies. Alors que maintenant, les militaires partent seuls quelques mois en entraînement au CEFE - Centre d’entraînement à la forêt équatoriale - pendant que Madame reste avec les enfants en métropole.
Mais il est temps d’aller à la messe. Ils pourraient très bien se rendre à Saint-François-Xavier, toute proche mais ils préfèrent la rigueur de Saint-Nicolas du Chardonnet, dans le Vème arrondissement. Certes, c’est plus loin mais aujourd’hui, la famille n’étant pas au grand complet, ils pourront s’y rendre en voiture. L’aîné, qui a brillamment réussi le concours d’entrée à Saint-Cyr, suit déjà les traces de son père. Le week-end, il reste à Rennes avec quelques amis avant de rejoindre l’école de Coetquidan le lundi. Les trois garçons suivants se préparent à faire de même : ils sont internes au Prytanée national militaire de La Flêche. A Paris, il ne reste donc que quatre filles sur cinq - l’aînée, Jeanne-Gabrielle est entrée dans les ordres il y a déjà deux ans de cela - et le petit dernier, encore trop jeune pour être envoyé à l’internat. Le Renault Espace peut démarrer. Ce soir, ils ne rencontrent même pas de difficulté pour se garer dans le quartier, les gauchistes ayant déserté la Mutualité ce week-end.
Sur le parvis de l’église, les enfants retrouvent leurs amis. Les garçons ont les cheveux rasés sur les tempes et en forme de petit steak sur le haut du crâne. Ils portent un chino beige, une chemise en vichy bleu ciel aux manches roulottées, des mocassins Weston sur des chaussettes en jacquard Burlington et une veste Barbour. Les filles semblent s’être également arrêtées aux années quatre vingt avec leur chemisier au col relevé qui retient un carré Hermès, leur jupe bleu marine droite ou carrément plissée, leurs mocassins plats toujours bleu marine et leur duffle-coat sans âge qui a appartenu aux sœurs aînées. Les plus petits sont en total look Cyrillus avec knickers en velours côtelé ou robe à smocks en flanelle rose pâle. Le Général et Madame saluent des connaissances puis entrent dans l’église suivis de leurs enfants, les grands tenant la main des plus petits.
La messe, en latin, débute. Les fidèles sont pleins de ferveur. Certains s’allongent face contre terre. Tous chantent, même les plus petits qui connaissent comme les grands toutes les paroles sur le bout des doigts. Tous vont communier et prient pour le salut de Monseigneur Lefèbvre, excommunié par Rome en 1988 et décédé en 1991. A y regarder de plus près, certains semblent être entrés en transe. Puis, la messe prend fin. La foule sort exsangue de s’être tant donnée à Dieu.
Sur le parvis, des petits groupes se forment. Certains évoquent cette messe magnifique. Les parents discutent entre eux des dernières bulles de sa Sainteté. Les enfants prévoient une retraite au Monastère de Prouilhe ou un pèlerinage à Notre Dame de la Salette cet hiver, avant de filer dans l’appartement d’un des leurs. Chaque samedi soir, une fête est organisée par les parents à tour de rôle. Les enfants y rencontrent ainsi leurs futurs époux et épouses. C’est comme ça que Yolaine de Montenac, la deuxième fille du Général, a fait la connaissance de Charles-Gustave de Clévy, cinquième fils d’un Amiral à la retraite. Les fiançailles auront lieu dans quelques semaines, juste avant que le futur marié, médecin militaire, ne parte en mission au Kosovo pour six mois. A son retour, les jeunes gens se marieront. Le frère cadet du Général, le Père de Montenac, unira sa nièce au jeune militaire en son église. Le nouveau couple n’aura pas le temps de partir en voyage de noces, une nouvelle mission est d’ores et déjà prévue. Ils ne passeront que quatre jours ensembles mais cela suffira pour que la toute nouvelle Madame de Clévy tombe enceinte. La future maman passera les neufs mois de sa grossesse chez sa mère et accouchera chez les sœurs, sans son époux retenu en Afghanistan. Le Papa fera connaissance avec son fils trois mois plus tard, lors d’un bref séjour en France. Yolaine tombera à nouveau enceinte, juste avant que son époux ne soit rappelé sous les drapeaux. Ils auront ainsi cinq enfants en six ans. Et tous suivront à leur tour le même parcours que leurs parents : camps Scout, La Flêche ou Notre-Dame des Oiseaux, le mariage pour les filles, la carrière militaire pour les garçons, les Ordres pour certains d’entre eux.
Le Général de Montenac, au crépuscule de sa vie, posera pour la postérité dans son uniforme impeccable au milieu de ses trente sept petits enfants. Il partira fier d’avoir mené à bien sa mission, d’avoir donné à la France et à l’Eglise des serviteurs zélés et droits dans leurs bottes. Ses fils, ses petits-fils et ses gendres formeront une haie d’honneur de leurs sabres au passage de son cercueil sur le parvis de cette église ou il a tant et tant prié pour les siens.
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03.02.2008
BOBOLAND.
Vous, touristes et provinciaux, de Paris vous connaissez les Champs-Elysées, l’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel, le Panthéon, Beaubourg, Pigalle ou encore les Invalides ou bien l’Opéra. Mais, vous êtes-vous promenés une seule fois dans le XIème arrondissement ? Peut-être y êtes-vous passés en métro afin d’aller admirer les tombes du Père Lachaise dans le XXème arrondissement voisin. Mais je serais prête à parier que vous ne vous y êtes jamais attardé. Et pourtant !
XIème arrondissement, centre du monde ! Ici, vous êtes à Boboland, le paradis du Bobo, THE Bobo’s place to be.
Monsieur et Madame Bobo sont enfin les heureux propriétaires d’un loft de 130 m2 situé à l’angle de la rue Saint Maur et de la rue de la Fontaine du Roi. Un lieu stratégique puisque situé à égale distance d’Oberkampf, du Canal Saint-Martin, de Belleville et de Ménilmontant. Quand on vous dit centre du monde !
Monsieur et Madame Bobo adoooorent. Et puis, ils tiennent absolument à ce que leurs deux enfants Lucien et Lola apprennent à vivre avec d’autres enfants qui ne proviennent pas du même milieu social qu’eux. Pour cela, le quartier est parfait : bigarré, chamarré et chatoyant… Le marché sur le boulevard Richard Lenoir en est l’exemple parfait avec ses étals chargés de produits en provenance directe d’Afrique Noire et du Maghreb, sans oublier les marchandises issues du commerce équitable, le must ! On peut ainsi apprendre aux enfants à s’ouvrir à de nouvelles cultures, à se mélanger. Mais pas trop quand même, alors pour l’école, ce sera le privé, faudrait pas pousser le bouchon trop loin non plus.
Mais revenons au loft. Monsieur et Madame Bobo l’ont acheté il y a trois mois : ils ont eu un véritable coup de cœur un dimanche matin ensoleillé de juin ; le propriétaire refusait de leur faire visiter un jour de pluie. Et oui, qui dit loft dans le XIème, dit ancienne usine, dit rez-de-chaussée, dit faible luminosité par temps gris. Certes, c’est sombre, mais ils l’adorent parce que c’est un ancien atelier ou des ouvriers ont travaillé durement sous le joug capitaliste. Ça sent la graisse, la sueur, on entendrait presque encore la gouaille est-parisienne des anciens ouvriers…
Après s’être endettés jusqu’à plus de soixante dix ans, Monsieur et Madame Bobo ont enfin emménagé. Ils ont ainsi pu laisser libre cours à leur imagination débordante pour aménager leur loft. Ils ont déniché des petites merveilles mobilières chez Emmaüs, les ont retapées et ont dispatché tout ce capharnaüm dans leurs 130 m² en béton teinté gris. Sur les poutrelles métalliques, ils ont disposé des guirlandes Tsé Tsé. Dans les espaces enfants - on ne parle pas de chambre ici, c’est un open space - ils ont tagué les murs afin d’aider Lucien et Lola à développer leur sens créatif. L’ambiance du loft est un peu glacée dans cet amas de béton et d’alu, mais la musique de Bénabar et de Camille réchauffe les cœurs.
Car la musique, Monsieur et Madame Bobo adorent ça. Ils vont pratiquement une fois par semaine à la Caserne Ephémère quai de Valmy, au bord du Canal Saint-Martin, assister à des concerts. Parfois, ils y mangent quand ils ne dînent pas à l’Alimentation Générale, rue Oberkampf. Et lorsqu’ils donnent rendez-vous à leurs clients, c’est au Café Charbon (rue Oberkampf), tellement authentique.
Tous deux sont graphistes. Leur atelier est une ancienne imprimerie située au fond d’une impasse, toujours dans le XIème arrondissement. Le vrai Bobo dort dans le XIème, le vrai Bobo travaille dans le XIème. Et puis bosser à proximité du loft a ses avantages : on peut y aller en vélo, c’est tellement pratique. Mais attention, surtout pas en Vélib, c’est pour les Bobof ! Cela fait déjà cinq ans que Monsieur et Madame pédalent, ils n’ont pas attendu les Vélib. Eux faisaient parti dès le début du complot cyclo-socialiste.
Car Monsieur et Madame Bobo ne suivent pas la mode, ils font leur mode.
Quand vous les croisez dans la rue, ils donnent l’impression d’avoir acheté l’intégralité de leur garde-robe chez Guerisold, avenue de Clichy dans le XVIIIème. Elle: sous-pull 70’s, robe baby-doll avec imprimé style tablier de Mamie en tergal, leggings oranges, salomés marrons et grosses lunettes jaune canari. Lui: un mélange de Star-Trek et de Starsky et Hutch, une coupe de cheveux à la Beatles. Mais ne vous y trompez pas, Monsieur et Madame passent un temps fou à travailler leur look Bobo et ont leurs habitudes côté shopping. Leurs vêtements, ils vont les chercher à Londres aux puces de Portobello ou bien à Berlin quand Madame va rendre visite à sa copine graphiste exilée suite à son coup de foudre pour un graphiste allemand. Elle adore le côté underground de la capitale allemande.
A ce propos, ce soir, Monsieur et Madame Bobo se rendent sur la rive gauche, pas dans les trop conservateurs Vème, VIème ou VIIème arrondissements, mais dans le XIIIème. Dans le tout nouveau quartier de la Bibliothèque François Mitterrand, des tas de galeries d’art contemporain se sont ouvertes et un collectif berlinois expose ses oeuvres chez une copine, ancienne graphiste devenue galeriste, ils en ont même parlé dans Technikart !
Alors Monsieur et Madame se pâment devant les sculptures exposées, boivent un verre avec quelques graphistes de leur connaissance, trinquent au son d’un underground Prosit à la santé du collectif puis rentrent cahin-caha en vélo jusqu’à leur loft, nid douillet de béton et d’acier, au cœur du Boboparadize. Ils se couchent dans leur confortable futon posé à même le sol. Une à une les lanternes Tsé Tsé s’éteignent, cédant la place à la nuit et au rêve. Si vous êtes un Bobo, tendez l’oreille, vous entendrez sûrement le doux bruit des ouvriers qui hantent les lieux. Les autres ? Vous aurez froid, il gèle dans ces lofts.
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