28.12.2010

PREMIER JET POUR UNE PUBLICITE INTERNET POUR LES SHAMPOOING HEAD & SHOULDERS.

 

Pub 1-Fessesbook.

 

La journée avait mal commencé. Elle avait mis son réveil à sonner à sept heures, mais bien sûr Luka décida de clamer haut et fort qu’il avait envie de son biberon à six. Bien sûr, son papa n’entendit rien et continua à dormir. Bien  sûr, elle se retrouva à traîner les pieds jusqu’à la chambre des enfants pour sortir son fils de deux ans de son lit à barreaux afin qu’il ne réveille pas sa grande sœur Clara. Pourquoi son petit garçon ne faisait-il pas la grasse matinée ? Au moment de sa conception elle avait pourtant coché la case Gros Dormeur ? Grrrrrr !

Tandis qu’elle préparait le petit déjeuner, Luka réussit à se saisir de la clef de la maison, ouvrit la porte et  fila dans la cage d’escalier. Elle se précipita donc à sa poursuite en criant et se retrouva, en nuisette, nez à nez avec le gardien de son immeuble qui faisait sa tournée d’inspection des parties communes. Alors qu’elle se penchait pour récupérer son fils accroché à la rambarde de l’escalier, dévoilant ainsi son postérieur, le concierge, visiblement peu désireux d’en perdre une miette, s’écria : «  Mais je les connais ces fesses là ! Je les ai vues sur Facebook hier soir ! Jolies, très jolies ! »

-         Monsieur Matos, je vous en prie. Vous devez faire erreur.

 

-         Ah non, je suis sûr à cent pour cent. Ce sont bien vos fesses qui sont sur le net. Je reconnais votre petite culotte ! Vous étiez même dans les bras d’un Monsieur qui n’était pas le père de vos enfants. Voulez-vous que je vous montre, j’ai imprimé la page pour la faire voir à ma femme ?

 

-         Non merci Monsieur Matos, ça ira comme ça.

 

 

Voilà que même le concierge et son épouse avaient vu le popotin d’Inès sur internet et qu’ils allaient peut-être bien placarder la fameuse photo dans la loge à la vue de tous ses voisins d’ici ce soir.

Vraiment, cette journée s’annonçait mal.

 

En rentrant dans l’appartement, elle trouva L’Homme assis à la table de la cuisine, l’air hilare au dessus de sa tasse de café. Réveillé par ses cris alors qu’elle se lançait à la suite de Luka, il avait suivi la discussion avec le concierge.

-         Ca t’apprendra à participer à des soirées de débauche. Maintenant, tu vas devoir supporter le regard lubrique de notre gardien chaque fois qu’il nous apportera le courrier.

 

-         Mais combien de fois vais-je devoir te dire que ce n’était pas une soirée de débauche ? C’était juste une soirée plage organisée par ma boîte avec quelques clients et fournisseurs : ils avaient installé des transats mais je me suis pris les pieds dans l’une des chaises longues et j’ai atterri, les quatre fers en l’air, sur le type qui était allongé là. Mon collègue Fabrice, tu sais, celui qui est prêt à tout pour me piquer ma place, était présent et s’est bien sûr empressé de prendre la photo au moment où ma jupe s’envolait. Après cette humiliation, je me suis réfugiée dans un coin près du bar et j’ai attendu que cela se tasse. Mais cet imbécile a mis ma photo en ligne. Ce qui me console, c’est que cette photo me fait plutôt un joli postérieur et démontre que j’ai bon goût en matière de lingerie : une culotte Chantal Thomas qui m’a couté la peau des fesses …

 

-         C’est le cas de le dire, ma Chérie. Evite quand même de les montrer à tout le monde aujourd’hui, tu veux bien ? 

 

Elle donna le biberon à son fils et but son thé en ruminant cette sale histoire. Il y a des jours où l’on ne devrait pas se lever. 

Elle regarda l’heure et sursauta, constatant une fois de plus qu’elle serait très certainement en retard  au boulot ce matin. Elle leva Clara en trombe, lui prépara son petit déjeuner et la confia, ainsi que son frère, à la surveillance de leur père, le temps de se doucher et de se laver les cheveux. Le stress dû à son travail associé à un sommeil pour le moins agité du fait de cette apparition en fâcheuse posture sur Facebook la veille, avait mis à mal ses cheveux ; quant à son cuir chevelu, il commençait sérieusement à la démanger. Impossible de se calmer en entrant dans la salle de bain. A la vue de l’état de sa coiffure, sa colère s’amplifia.

Elle fit couler l’eau de sa douche, se saisit de sa toute nouvelle bouteille de shampooing et tenta d’évacuer sa rage en se lavant les cheveux. Elle l’avait préféré à d’autres produits en magasin car il allait lui éviter d’avoir recours à une multitude de soins capillaires pour obtenir des cheveux soyeux en pleine forme : avec ses deux enfants, son mari, ses amis et ses horaires de dingue, elle n’avait que quelques minutes par jour à consacrer à sa chevelure. Le succès fut au rendez-vous : ses cheveux se retrouvèrent en état de grâce. Adieu pellicules et sécheresse, envolés soucis et colère. Une nouvelle Inès, avec  de magnifiques cheveux brillants et pleins de force ne craignant plus les brushings agressifs ni la pollution parisienne, fit son apparition devant le miroir. Il n’y avait rien de mieux pour  booster son moral et se rendre à nouveau prête à dévorer la vie à pleines dents. Ce n’était quand même pas une photo de ses fesses sur Facebook qui allait la mettre K O.

Elle sortit joyeuse et sûre d’elle de la salle de bain ; elle avait même réussi à combler son retard. Elle caressa la tête de ses enfants qui s’amusaient à compter les Chocapic dans leur bol avant de tenter, sans succès, de les gober après les avoir jetés en l’air. Elle alla choisir sa tenue pour cette nouvelle journée de travail. Le placard qui débordait de vêtements ne lui fit aucun effet. Certes la famille commençait à se sentir un peu à l’étroit depuis qu’ils étaient quatre à la maison, mais ce matin là, elle ne le vit pas. Elle choisit un slim brut qui, elle le savait, lui allait comme un gant –même Kate Moss avait l’air d’une mamie à côté d’elle -  un tee-shirt gris au joli décolleté qu’elle avait acheté il y a quelque temps chez American Retro et peaufina ce look décontracté chic avec des escarpins Céline qu’elle avait remportés pour une bouchée de pain sur E-Bay. Elle était belle avec sa frange et ses cheveux brillants : rien ni personne ne lui résisterait aujourd’hui. Elle habilla ses enfants en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, emporta son Darel Syracuse rose layette –elle l’adore, elle l’a élu it-bag d’Inès - sous un bras, son fils sous l’autre, embrassa son mari et dévala les escaliers de l’immeuble, sa fille sur les talons.

Finalement, la journée ne démarrait pas si mal que ça.    

PUB 2 : WEEK END A ROME.

Inès aime accompagner ses enfants à l’école et à la crèche. Ils prennent toujours le même chemin : ils passent chez le marchand de journaux qui lui met de côté toutes les publications en matière de décoration intérieure et de design, ils s’arrêtent parfois dans la superette d’Ali quand la maîtresse  demande d’apporter en classe un paquet de biscuits ou un fruit puis font un grand coucou à Julia, une amie célibataire depuis bien trop longtemps à son goût qui tient le Maleret, un bistrot en bas de chez elle où elle a ses habitudes. Enfin, ils arrivent à l’école. Tous les parents se saluent, certains sont devenus ses amis.

Mais ce matin-là, des Mamans qui habituellement lui adressaient un petit mot sympathique, se détournèrent outrageusement à son passage. Quant aux papas, ce fût tout le contraire : elle eut droit à de grands sourires et même à une séance de drague en bonne et due forme par l’un d’eux.

« Mon dieu, pensa-t-elle, comprenant immédiatement de quoi il retournait. Ma photo a déjà fait le tour de l’école. »

Juliette, une de ses amies, confirma ses inquiétudes.

-         Inès, ma Chérie, comment fais-tu pour avoir un aussi beau popotin ? Laisse-les dire, elles sont jalouses. Surtout quand on voit la tête du type sur lequel tu t’es affalée. Plutôt beau gosse ! Bon, alors, c’est quoi ton secret ?

 

-         Heu, mon secret pour m’écrouler lamentablement sur un mec tout à fait charmant ?

 

-         Non Inès, ton secret pour avoir de belles fesses ?

 

-         Heu, je fais du pilate au Centre de Danse du Marais. Deux séances par semaine. Ca me fait un bien fou. Tu devrais venir.

 

-         Je t’appelle sur ton portable et on s’organise une séance ce soir, OK ? Et tu me donneras aussi le nom de ton nouveau coiffeur. Whaou, tu es vraiment sublime aujourd’hui. J’te laisse, je suis pressée. Si tu as les coordonnées du playboy, j’veux bien aussi …

 

Ce fut avec appréhension qu’Inès entra dans la classe de Clara. Pourtant la maîtresse accueillit sa fille le plus naturellement du monde. La photo n’avait selon toute vraisemblance pas encore dépassé la grille d’entrée de l’école. Elle embrassa Clara et lui dit au revoir ainsi qu’à son institutrice.

-           Inutile de vous souhaiter une bonne journée, Madame, je constate que vous vous amusez bien, répondit sèchement la maîtresse.

 

La grille d’entrée avait donc été franchie depuis belle lurette.

« Reste digne, Inès, pensa-t-elle, reste digne. »

-         Effectivement, ma vie fait beaucoup d’envieuses. Au revoir Madame, rétorqua Inès avec aplomb, fière de ne pas avoir laissé sa colère exploser, puis quitta la salle de classe, les cheveux virevoltant, ce qui eut le mérite de laisser la maîtresse pantoise.

Il lui fallut encore affronter le regard noir de la directrice revêche de la crèche de Luka. Mais à l’air contrarié d’Inès, elle comprit immédiatement qu’il était préférable, si elle tenait un tant soit peu à la vie, de ne pas la bassiner avec les répercussions que ne manquerait pas d’avoir sa conduite scandaleuse sur le développement psychologique de Luka. Freud et Dolto n’avaient qu’à bien se tenir ce matin là !  

Une fois dehors, elle se précipita au bar de sa copine Julia ; son café et sa compagnie sauraient la faire revenir à de meilleurs sentiments. Rien de tel qu’un expresso au zinc du Maleret pour affronter une journée de travail. Son amie la rassura.

-         T’en fais pas ma belle, ça passera. Et puis, réjouis-toi, tu avais pas mal de succès avant, mais là tu vas tous les faire craquer. Des fesses pareilles et des cheveux aussi magnifiques, ça fait rêver.

 

-         Mais mes enfants ? C’est à eux surtout que je pense. Et L’Homme ?

 

-         T’inquiète, ils ont de quoi être fiers de leur maman, ces petits. Quant à ton homme, il sait très bien qu’il peut te faire confiance. Allez, file !

 

Rassurée, elle partit du pas vif de la parisienne pressée en direction de la station de métro Ourcq, ligne numéro 5. Bien que formidablement hauts, ses escarpins Céline lui autorisaient une marche rapide et assurée.  Quelques passants se retournèrent sur son passage, sans doute l’effet de sa coiffure. Elle feuilleta le magazine de design Ideat dans la rame et corna une page présentant un sublime secrétaire en noyer du très prometteur designer romain Paolo Siveria, en attendant l’arrêt à la station Sèvres-Babylone dans le VIème arrondissement. Ce meuble serait parfait pour la clientèle chic et fortunée que le magasin ciblait. Et un petit voyage professionnel en Italie serait le bienvenu en cette période tourmentée.

 

Arrivée à son bureau, au quatrième étage du très chic Bon marché, elle nota immédiatement de prévoir, pour la semaine suivante, un déplacement jusqu’aux ateliers de fabrication de Siveria situés à Rome. Oui, il fallait absolument qu’elle ait ce secrétaire en boutique, ce Paolo avait un talent fou.

Elle parlait de son projet avec son assistante Véronica tout en lui présentant le meuble sur papier glacé quand Fabrice, le responsable du rayon meuble entra, bien sûr sans frapper. Ce type avait le chic pour se mettre tout le monde à dos. Quand il faisait irruption dans un bureau, c’était forcément pour annoncer une mauvaise nouvelle. Cependant, il semblait avoir un air ravi, ce qui la prit totalement au dépourvu. Il ne dit rien, se contentant de s’écarter pour laisser place à …

Mais oui, c’était bien lui. Lui, l’homme sur lequel elle s’était lamentablement affalée lors de la soirée plage. Le cauchemar allait-il cesser un jour ? Inès se sentit rougir jusqu’à la racine des cheveux, ce qui ne manqua pas d’amuser le nouveau venu. Il lui tendit la main :

-          Bonjour, Paolo Siveria, designer.

 

Bon sang, sa copine Juliette avait raison, c’était une bombe. Cet homme avait tout pour lui : grand, beau, un talent insolent – à n’en pas douter le futur Stark – un accent à tomber en pamoison, une classe folle.  Elle lui fut reconnaissante de ne pas mentionner le fait qu’elle s’était retrouvée sur lui à califourchon et en petite culotte quelques jours auparavant. Elle bafouilla lamentablement en déclinant son identité mais son interlocuteur ne sembla pas le remarquer, au contraire de cet odieux Fabrice qui ricanait à la vue de ce quiproquo.  « Je lui ferais sa fête plus tard, pensa-t-elle. Il ne perd rien pour attendre. »

Comme s’il avait deviné ses pensées, Paolo Siveria se tourna vers Fabrice et, d’un simple regard, le congdia. Déçu de ne pouvoir écouter la suite de la conversation, il repartit vers son rayon où des clients devaient certainement attendre ses conseils pas toujours avisés. Grâce à Paolo, elle oublia pendant quelques instants sa colère à l’encontre de son collègue. Retrouvant ses esprits, ce fut en professionnelle qu’elle débuta l’entretien avec le bel Italien. Il l’invita à visiter ses ateliers et à découvrir  ses créations dans son show room.

« Tu vas aller à Rome, Inès, et avec le bel italien pour guide en prime ! »

Son excitation était à son comble. Mais alors qu’elle rêvait déjà promenade autour de la fontaine de Trévise, Paolo dit :

-          Je vous retrouve cet après-midi dans mon atelier de Montreuil, si vous voulez.

 

-         Montreuil ? Comment ça ? Vos ateliers ne sont pas à Rome?

 

-         Mon bureau est effectivement là-bas, mais les meubles, eux, sont fabriqués dans mon nouvel atelier en banlieue parisienne. C’est ainsi plus facile pour moi de pénétrer le marché français. J’ai fait de même avec mon show room ; il se trouve désormais rue du faubourg Saint-Antoine, la Mecque du meuble.

 

-         Ah.

 

-         A cet après-midi, alors ?

 

 

-         Heu oui. A cet après-midi.

La perspective d’un après-midi à Montreuil avec Paolo lui sembla beaucoup moins attrayante que celle d’un week-end à Rome.  Cet Italien n’était pas aussi parfait qu’il en avait l’air. Grrrrr ! 

Et en y réfléchissant bien, elle avait même beaucoup mieux à la maison.        

 

PUB 3 : MARATHON GIRL.

Après avoir couru tout l’après-midi, de Sèvres-Bab à Montreuil, de Montreuil au Faubourg Saint-Antoine et du Faubourg Saint-Antoine à Sèvres-Bab, après avoir acheté trois secrétaires, quatre tables de salon et deux canapés luxueux à Paolo Siveria, le nouveau designer qui serait bientôt et un peu grâce à elle la coqueluche du Tout-Paris, après avoir confirmé des commandes auprès de concepteurs espagnols, Inès se sentit fourbue. Sa journée de travail avait été comme toujours dense et épuisante. Elle ne voyait qu’une séance de pilate avec ses copines pour évacuer toutes les tensions de la journée. Elle appela, comme promis, son amie Juliette pour que celle-ci la rejoigne au Centre de Danse du Marais, rue du Temple, dans le IVème arrondissement. Un simple coup de brosse suffit à rendre Inès belle. Elle ôta ses escarpins Céline, les rangea dans son sac, enfila ses Converse sans âge et quitta son bureau du Bon Marché en direction de la rive droite d’un pas léger.

Elle fila par la rue de Sèvres jetant au passage un œil aux escarpins exposés en vitrine de chez  Parallèle et Jet Set en prévision des soldes, suivit la rue du Vieux Colombier pour déboucher rue de Rennes. Un arrêt au Monoprix de Saint-Germain s’imposait : elle n’avait plus de shampooing dans son sac de sport. Il fallait remédier au problème, c’était une simple question de survie. En effet, à force de suivre toutes les tendances en matière de coiffure, elle avait maltraité pour ne pas dire massacré ses cheveux ; l’alternance de coloration, décoloration, balayage, mèches, lissage et autre brushing avait mis à mal la fibre capillaire. Elle avait bien essayé de réparer les dégâts en multipliant les soins de beauté, mais ce fut la réaction inverse qui se produisit : les choses ne firent qu’empirer. Le seul remède aux réactions colériques de ses cheveux fut l’utilisation d’un nouveau shampooing réparateur et soin. Un véritable antidote. Alors hop, un flacon, un ! Elle aurait voulu en acheter deux que cela n’eut pas été possible. Elle, Marie-Claire, Glamour, Vogue et autre Cosmo en avaient tant vanté les mérites, à juste titre d’ailleurs, que toutes les filles de la capitale se l’arrachaient dans les magasins. De fait, en arrivant au rayon beauté, il n’en restait plus qu’un. Une autre cliente voulut s’en saisir, mais voyant la moutarde monter au nez d’Inès, renonça. La femme avait dû penser qu’elle n’aurait pas hésité à en venir aux mains et Inès s’était bien gardée de la persuader du contraire. Elle réussit ainsi à dénicher son shampooing, c’était tout ce qui importait.  

Elle traversa devant Le Flore essayant d’apercevoir  l’un de ses riches et célèbres clients assis à une table, en vain. La cloche de Saint-Germain des Prés sonna 18h30, heure à laquelle L’Homme avait l’habitude de ramener les enfants à la maison. Il restait à Inès une demi-heure pour :

1.     Faire le plein de macarons chez Ladurée, rue Bonaparte.

2.     Téléphoner chez elle pour savoir comment s’était passée la journée des enfants et de l’Homme.

3.     Arriver à son cours de pilate.

Après avoir méticuleusement choisi les parfums de ses macarons et attendu que la vendeuse les range tout aussi méticuleusement dans la désormais célèbre boîte vert céladon, Inès longea l’église Saint-Germain avant de déboucher rue de Buci. Le passage dans cette rue avec ses touristes sirotant un verre à la terrasse du Café du Commerce l’emplissait toujours de joie.

Inès aime sa ville, qui le lui rend bien.  L’énergie de Paris la porte, son effervescence permanente la pousse à se dépasser sans cesse ; il suffit qu’elle se promène sur le Pont des Arts pour se sentir emportée dans le tourbillon de la vie. Cette vie à cent à l’heure dans les rues parisiennes, c’est sa drogue. 

Elle rejoignit la place du Chatelet via le quai de la Mégisserie, puis remonta la rue du Temple, le long du Bazar de l’Hôtel de Ville. Les terrasses du Marais étaient déjà pleines de beaux gosses moulés dans leur tee-shirt impeccable attendant autour d’un verre le moment d’aller dîner entre amis. Aucune chance de se faire draguer dans le quartier.

Avant d’entrer dans la cour de l’école de danse, elle appela sa famille. Ca hurlait dans le téléphone. Tandis que Clara lui racontait sa sortie à la Cité des Enfants de la Villette avec la classe, elle entendit L’Homme crier :

-         Luka, cesse de vider ton arrosoir sur la serviette de bain de Maman, elle ne va pas être contente tu sais.

Entendre les petites histoires de la famille l’attendrissait toujours. Mais il valait mieux cesser de déranger L’homme si elle ne voulait pas trouver une piscine en lieu et place de sa salle de bain en rentrant à la maison ce soir.

-         Je t’embrasse, Clara. Fais de gros bisous à Luka et à Papa. A tout à l’heure. Je vous aime fort, fort, fort.

Inès éteignit son portable et alla retrouver ses amis qui attendaient dans le vestiaire la fin du cours précédent.

Elle constata avec plaisir que Paul avait réussi à se libérer pour le cours du soir. C’était le seul homme à suivre ces séances. Leurs chemins s’étaient croisés sur les bancs de l’Ecole Boulle et depuis, Paul et Inès ne s’étaient plus quittés. Paul, qui était gay, était devenu styliste en tissu d’ameublement, s’était acheté un F2 rue des Francs Bourgeois à deux pas de là et n’assistait au cours de pilate que dans l’unique espoir de séduire le prof : le beau Lito, un argentin installé en France depuis maintenant six ans, semblait d’ailleurs sur le point de succomber aux avances de Paul. Leur groupe de filles avait même parié sur le jour où Lito finirait dans le lit de leur copain. En attendant ce jour, Paul suait sang et eau pendant les cours de pilate.  Et elles avec. 

Inès était venue au pilate après la naissance de Luka, son corps ayant perdu de sa tonicité suite à ses deux accouchements. Elle avait peiné au début mais les résultats sur sa silhouette ne se faisant guère  attendre, elle avait persévéré et maintenant le pilate était devenu une nécessité dans sa vie : elle se sentait bien mieux dans son corps et sa tête. Quant à  l’homme, il était ravi que son corps ait retrouvé toute sa vigueur d’avant  Clara. L’entendre lui dire qu’elle était toujours aussi belle, c’était la cerise sur le gâteau.

La séance du jour s’était déroulée merveilleusement bien et Inès calcula mentalement les calories qu’elle avait perdues en une heure de temps et aussi celles qu’elle allait reprendre en moins de cinq minutes chrono en se goinfrant des macarons de chez Ladurée. Mais sa conscience sportive n’allait pas jusqu’à l’empêcher de franchir  les portes du célèbrepâtissier.  Sitôt le cours terminé, elle se jeta sur la jolie boîte verte et engloutit un macaron au citron, son préféré. Ses copines ne se firent pas prier pour vider la boite, surtout Juliette dont c’était la première séance de pilate : elle était sur les rotules et paraissait affamée.

Ce fut le moment que choisit Paul pour voler le shampooing d’Inès, juste avant de filer prendre une douche et de rejoindre son bel Argentin dans un bar du quartier. Ensuite, ce fut le tour de ses copines, chacune voulant tester le produit qui avait transformé ses cheveux fatigués et ternes en une chevelure à la Lara Croft.  

 « Décidément, tout le monde me le pique. J’enrage. Grrrr ! 

PUB 4 : PROPOSITION INDECENTE.

Comme tous les soirs en arrivant à la maison, Inès se posta devant l’entrée, colla son oreille à la porte et tenta de deviner à quoi s’occupaient ses deux enfants. Ils jouaient, elle en était certaine, au train électrique avec leur Papa. Elle sonna, ce qui déclencha instantanément les cris joyeux de Clara et Luka.

-         C’est Maman, c’est Maman ! claironna sa fille.

Elle ouvrit la porte et se précipita dans les bras de sa mère tandis que Luka s’agrippait de toutes ses forces à ses jambes, manquant presque la faire tomber. Elle se pencha pour soulever son fils qui blottit sa tête dans ses cheveux.

-         Sent bon Maman, sent bon !

L’Homme en profita pour l’embrasser tendrement dans le cou.

-         C’est vrai que tes cheveux sentent bon. Hum, j’adore ce nouveau parfum. Frais, léger, sensuel : bref, parfait.

Elle posa son sac dans le sas d’entrée faisant office de couloir, ôta ses Converse et s’affala dans le canapé, un enfant sous chaque bras. Qu’il était bon de rentrer dans une maison pleine des cris joyeux de ses deux adorables petits monstres.

Mais il était également de plus en plus difficile de vivre dans ce F3  depuis la naissance de Luka deux ans plus tôt. Ils manquaient de place et de rangement. Que ne donnerait-elle pas pour un dressing et une grande cuisine ? Et quelle ironie du sort ! Toute la journée elle dénichait des meubles exceptionnels pour des intérieurs dignes des plus grands magazines de décoration et le soir, elle rentrait dans un appartement, certes aménagé avec talent, mais où ils commençaient à se sentir sérieusement à l’étroit maintenant qu’ils étaient quatre.

Alors qu’elle se relaxait dans son canapé, elle remarqua la tenue, plutôt inhabituelle à cette heure de la journée, de l’Homme : une chemise blanche impeccable, son jean qui lui faisait des fesses qu’elle avait envie de caresser, les mocassins Weston en peau qu’elle lui avait offerts à Noël dernier et une veste noire.

-         Tu as une sortie prévue, ce soir ? je ne me souviens pas que tu m’en ais parlé.

 

-         Nous sortons tous les deux ! J’ai réussi à dégotter une baby-sitter ; ça n’a pas été une mince affaire, je te prie de croire. C’est Garance, la fille de nos voisins du deuxième étage qui vient les garder. Et pendant ce temps là, on file dans le fief de Sixtine, dans le Vème arrondissement. Tu as deux minutes pour t’habiller. Inutile de te refaire une beauté, tu es magnifique avec ta nouvelle coiffure.

 

-         Tout le monde me dit ça en ce moment, alors que, pour une fois, je n’ai pas changé de coiffure.

 

-         Ah bon, j’en aurais pourtant mis ma main à couper.

 

-         Toujours aussi observateurs les hommes ! Non, j’ai seulement changé de shampooing.

 

Sur ce, elle fila dans sa chambre. Avant même d’ouvrir son placard, elle savait pertinemment ce qu’elle porterait : son nouveau pull en cachemire Zadig et Voltaire qu’elle avait acheté pour une somme plus que raisonnable grâce à son amie Lisa, journaliste mode chez Glamour. Toute Parisienne qui se respecte se doit d’avoir une copine qui reçoit toutes les invitations pour les ventes privées des grandes marques. Comment croyez-vous que font les filles dans le vent à Paris pour s’habiller à la dernière mode ? Certes, il y en a certaines qui arpentent les bars des grands hôtels à la recherche du pigeon friqué … mais pas toutes. Inès, au moins, n’étais pas tenue de coucher avec Lisa !

Elle enfila son pull sexy en diable tout en étant confortable : le vêtement doudou dont rêvent toutes les filles.

Au moment où elle quittait sa chambre, Garance, la baby-sitter sonna. Inès lui fit quelques recommandations. Les parents cajolèrent leurs enfants et abandonnèrent la maison à la joyeuse clique.

Lorsqu’ils sortent en couple, Inès et L’Homme se déplacent en scooter, c’est plus rapide et ils n’ont  aucun souci pour se garer. Mais Inès déteste mettre le casque car il abîme ses cheveux. Elle peste chaque fois qu’elle est obligée de le faire et encore plus quand elle s’est faite belle juste avant. Ce fut donc en râlant qu’elle mit ce foutu casque sur sa tête. Mais quelle ne fut pas sa surprise de constater, au moment d’ôter le casque, que cette fois ses cheveux n’avaient pas souffert : l’effet de son nouveau shampooing très certainement.

 La terrasse du Delmas était pleine, comme à son habitude. Sixtine leur fit signe de la main ; elle et son mari Alex avaient profité de l’arrivée de la nounou de leurs enfants pour quitter la maison un peu plus tôt et ainsi trouver une table. Sixtine est la meilleure amie d’Inès, elles se connaissent depuis le collège.  Sixtine aime à se définir comme « une femme au foyer hyperactive avec un emploi du temps de ministre » ou bien encore « une femme au foyer qui n’est jamais à son foyer ». Elle a deux petits garçons, Thomas et Antoine, qui ont le même âge que les enfants d’Inès. Son mari travaillant dans le milieu des paillettes – il conçoit des décors éphémères pour les établissements de nuit -, une soirée organisée par ses soins a toutes les chances d’être follement amusante, car il connaît tout le monde et est invité partout. Qu’avait-il  prévu pour ce soir ?

La soirée débuta plutôt bien, Inès adore le Delmas. La place de la Contrescarpe et la rue Mouffetard sont toujours noires de monde. Entre les étals des primeurs, les restaurants pour touristes et les bars pour étudiants en goguette, son cœur balance. Ils étaient heureux de se retrouver tous les quatre pour une soirée sans enfant. Après une bonne heure à discuter et faire des commentaires sur les piétons qui passaient devant la terrasse, ils estimèrent qu’il était largement temps de se sustenter. Une Truffière s’imposait. La Truffière est un restaurant fameux à deux pas de la Contrescarpe, rue Blainville. On y dine merveilleusement  bien et le patron, qui maintenant les connait, vient toujours faire un brin de causette à leur table. Les derniers clients étaient partis depuis belle lurette qu’ils taillaient encore le bout de gras.

Alex, regardant sa montre, prit les choses en main.

-         Je vous emmène au Stringfellows, un club à strip-tease dans le XVIIème ! dit-il.

 

-         Mais ce n’est pas une soirée entre garçons, Alex. C’est une soirée entre couples, lui fit remarquer Inès.

 

 

-         Ne commence pas à râler. Je suis sûre que tu n’es jamais allée dans un club à striptease. Tu as trente quatre ans, il faut que tu voies ça au moins une fois dans ta vie, non ?

 

-         Alex a raison Chérie, il faut que tu voies ça une fois dans ta vie, dit l’Homme avec un sourire radieux.

 

-         Avoue plutôt que tu as envie de te rincer l’œil et non de parfaire mon éducation ! OK, je veux bien y aller, mais si ça ne me plait pas, on rentre, d’accord ?

 

-         Ca marche !

 

Voilà comment Inès se retrouva à descendre l’escalier qui mène à la vaste salle du Stringfellows. Elle ne s’attendait pas à un décor aussi clean pour une boîte à striptease : boiseries et miroirs savamment disposés. Mais Alex avait raison : le cadre était superbe et les filles aussi. Le gérant les reçut le plus courtoisement du monde et les installa à la meilleure table, dos au bar, juste au pied du podium où de véritables bombes sexuelles s’exhibaient. Les quatre amis sirotaient  un verre tranquillement tout en admirant les danseuses quand un homme se pencha vers Inès avec un magnifique sourire.

-         Voudriez-vous me faire une lap dance Mademoiselle, s’il vous plait ?   dit-il en lui tendant un billet.

Inès devint rouge comme une pivoine et resta sans voix mais elle était aussi très, très fière.

« Moi, Inès, trente quatre ans et mère de deux enfants, on vient de me confondre avec l’une des plus belles danseuses de Paris, de dix ans plus jeune. Whaou !!! Serait-ce ma frange à la Crazy qui fait cet effet là ?» 

La soirée fut absolument parfaite selon Inès

PUB 5 : DISPARITION INQUIETANTE.

 

Alors qu’ils s’engageaient en scooter dans la rue du Faubourg Saint-Honoré au niveau de la salle Pleyel après avoir quitté le Stringfellows et leurs amis, le téléphone d’Inès sonna dans son sac.

 

-         Arrête-toi sur le trottoir, c’est Garance qui appelle, dit-elle à l’Homme d’un air inquiet.

« Serait-il arrivé quelque chose aux enfants ? »

-         Allo Madame, heu … excusez-moi de vous déranger mais une dame qui prétend être votre cousine est actuellement sur le pallier. Elle dit qu’elle a eu un souci d’avion et qu’elle doit dormir chez vous. Qu’est-ce-que je fais, moi ?

 

-         C’est une petite blonde avec des lunettes ?

 

-         Heu … oui.

 

-         C’est bon, Garance, laisse-la entrer.

 

En voyant la mine déconfite d’Inès, L’Homme comprit immédiatement que les nouvelles étaient mauvaises, pour ne pas dire catastrophiques.

-         Tu vas rire, Chéri, mais ma chère cousine Eulalie vient de débarquer à la maison ! dit-elle d’un air lugubre.

La soirée était foutue.

 

Ils sonnèrent. Garance vint leur ouvrir.

-         Votre cousine dort déjà, chuchota-t-elle.

Inès remercia la baby-sitter et la paya.

« Bon sang, les baby-sitters sont de plus en plus chères. Si ça continue, je vais me reconvertir », pensa-t-elle. Puis elle entra sans faire de bruit dans le salon. Mais quelle ne fut pas sa surprise en constatant que le canapé-lit était vide. Elle ouvrit alors la porte de sa chambre et faillit s’étrangler à la vue d’Eulalie dormant profondément dans ses draps. Elle avait même eu le culot de lui emprunter une merveille de frous-frous et dentelle de chez Fifi Chachnil.

-         Chéri, ta cousine est dans notre lit avec ma nuisette préférée !

« Pourquoi mes journées et mes nuits ne se déroulent-elles jamais simplement ? », songea Inès avant de s’endormir.

 

 

Le lendemain matin, Inès se réveilla de fort mauvaise humeur et toute courbaturée par sa courte nuit sur le sofa. Décidée à ne pas se laisser envahir par l’encombrante Eulalie, elle alla la réveiller et lui demanda franco quand elle comptait repartir.

-         Tu sais que j’ai du quitter Mexico car mon chef de Médecins du Monde a décidé de m’envoyer à Madagascar. Mais mon avion a eu un souci et en plus ils ont perdu mes bagages. Résultat, je suis bloquée à Paris jusqu’à après demain. Mais ne t’en fais pas, je m’occupe de tout. Je vais emmener Clara à l’école si tu veux.

Inès accepta à contre cœur.

-         OK pour Clara, moi j’emmène Luka à la crêche.

« Eulalie n’est peut-être pas si irresponsable que ça », se dit-elle en arrivant à son bureau.

 

 

Quand, à dix heures, la voix inquiète de la directrice lui annonça que Clara n’était pas en classe, elle sut qu’elle avait parlé trop vite.

-         Comment cela, Clara n’est pas à l’école ? C’est sa tante qui était chargée de la conduire chez vous.

Inès tenta de joindre Eulalie sur son portable mais celui-ci était coupé. Elle appela à la maison, en vain. Elle joignit monsieur Matos, le gardien de l’immeuble pour qu’il aille vérifier que Clara et Eulalie n’étaient pas restées à l’appartement. Négatif. Elle quitta alors son bureau et courut jusqu’à la station de taxi à l’angle du Bon Marché.

-         Ecole maternelle, passage de Thionville dans le XIXème. Vite, s’il vous plait, ma petite fille a disparu.

 

 Avec Eulalie, il fallait toujours s’attendre au pire. Mais quelle idée avait-elle eu de lui confier Clara ? Depuis le temps, elle aurait dû savoir que sa cousine était une catastrophe ambulante.

 

Sitôt arrivée, la directrice reçut Inès dans son bureau. Elle mit son téléphone à disposition pour que la Maman de son élève appelle le Papa, les pompiers, les hôpitaux et la police. Un policier du commissariat du XIXème lui conseilla de se rendre dans les locaux de la Brigade des Mineurs, quai de Gesvres dans le IVème, afin de signaler une disparition inquiétante d’enfant.

 

L’Homme quitta son travail et rejoignit Inès directement à la Brigade. Le jeune lieutenant Balovski, compréhensif, écouta attentivement leur histoire et, comme le leur avait dit le flic du commissariat du XIXème, enclencha la procédure pour disparition inquiétante de mineure de moins de quinze ans. Il leur suggéra aussi de porter plainte pour enlèvement afin d’accélérer encore les choses.

Une véritable machine de guerre se mit en place. On envoya des policiers arpenter les rues du XIXème afin de vérifier si quelqu’un avait vu Clara et sa tante, on faxa aux hôpitaux, casernes de pompiers et autres bureaux de police de Paris, le signalement d’Eulalie ainsi qu’une photo de Clara.

-         Maintenant, on ne peut qu’attendre, leur dit  Balovski.

L’attente fut interminable. Douze heures sonnèrent à Notre-Dame toute proche, puis treize, quatorze, quinze. Les parents de Clara étaient ravagés par l’angoisse. Inès commençait à s’arracher les cheveux. Elle était furieuse contre Eulalie.

 

Enfin, à 15h45, le téléphone retentit dans le bureau de Balovski. Il parla quelques instants avec son interlocuteur puis un immense sourire éclaira son visage.

-         On a retrouvé Clara, cria-t-il à Inès qui se sentit défaillir à l’annonce de la bonne nouvelle. Elle est au commissariat du XIIIème mais elle va très bien. Venez, je vous y emmène. Un coup de gyrophare et on y sera dans huit minutes.

Comme promis, huit minutes plus tard, ils firent leur entrée dans le hall du Central XIII, boulevard de l’Hôpital. Clara les attendait sagement assise dans le bureau d’une gardienne de la paix qui lui avait offert un pain au chocolat ainsi qu’un jus d’orange. Toutes deux discutaient gaiement.

A la vue de ses parents, Clara bondit de joie.

-         Oh Maman, j’ai plein de choses à te raconter, tu sais. J’ai passé une drôle de journée !

La jeune femme n’eut pas à faire le récit des aventures de la petite fille, celle-ci s’en chargea.

-         Ce matin Eulalie a décidé que je n’irais pas à l’école alors nous sommes parties en bus jusqu’à l’Ile Saint-Louis. Elle m’a acheté une glace chez Berthillon et ensuite nous sommes allées aux jeux du Luxembourg, c’était super. Après, on a mangé un hamburger au Mac Donald.

 

-         Boulevard Saint-Michel, précisa le flic.

 

-         Là j’ai eu envie de faire pipi, alors Eulalie m’a emmenée aux toilettes. Mais elle a refermé la porte et je suis restée coincée. Eulalie a essayé de grimper par-dessus la cloison des toilettes pour me sortir de là parce que je commençais à avoir peur toute seule là-dedans. J’ai même pleuré, tu sais, Maman.

 

-         Votre fille est restée coincée pas loin d’une demi-heure, Madame ! Mais c’est une petite fille très courageuse.

 

 

-         Chut, c’est moi qui dis ! Seulement Eulalie est tombée en escaladant et s’est cassé le bras. Alors Monsieur Mac Donald a appelé les pompiers et on a pu sortir toutes les deux des toilettes. Enfin, Eulalie, elle, est sortie sur un brancard. Et même qu’elle a fait des clins d’œil au pompier, j’l’ai vue. On est montées dans le camion qu’a fait plein de « pin pon » et on est allées à l’Hôpital.

 

-         A la Salpêtrière exactement.

 

-         Là on a attendu des heures qu’ils viennent poser un plâtre à Eulalie. Quand on est ressorties du cabinet du docteur, deux policiers  ont mis des menottes à Eulalie, enfin seulement sur le poignet qui n’avait pas de plâtre … Eulalie a beaucoup crié, mais les policiers n’ont rien voulu savoir. « On l’embarque dans le panier à salade » qu’ils ont dit. « Ma tante, c’est pas une salade » que j’ai répondu. Je suis partie avec eux et je suis arrivée là tout à l’heure

 

Inès était blême. Elle serra Clara dans ses bras. L’Homme demanda l’autorisation de rentrer chez eux.

-         Pas de souci Monsieur, mais que fait-on de cette Eulalie ? Voulez-vous retirer votre plainte ?

 

-         Je ne la retirerai que demain matin, s’empressa de répondre Inès. En attendant, elle va passer la nuit en cellule, ça la fera réfléchir !

PUB 6 : VIENS CHEZ MOI J'HABITE CHEZ UNE COPINE.

 

 Inès, L’Homme et leurs enfants se remettaient des émotions de la journée dans leur salon. Clara et Luka jouaient tranquillement sur le kilim tandis que les deux adultes se réjouissaient d’être débarrassés de l’incorrigible Eulalie. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

C’était sans compter l’arrivée fracassante de Rosalie, la mère d’Inès, avec force bagages.

Rosalie vivait à Cannes où elle menait une existence oisive en compagnie de son troisième époux Georges, chirurgien esthétique. Il lui avait refait la bouche, était devenu son amant dans la foulée puis l’avait épousée, après que le second mari ait eu vent de l’affaire et ait demandé le divorce. Par la suite, Rosalie n’avait eu aucun mal à se faire lifter, liposucer et retoucher pommettes et paupières. Toujours exubérante, n’hésitant pas à draguer tout mâle de moins de quarante ans voire trente qui passait à proximité – y compris L’Homme d’Inès - elle incommodait souvent au premier abord, mais son humour, sa légèreté et sa folie la rendaient finalement attachante. Où qu’elle aille, elle se constituait une cour d’admirateurs friands de ses aventures romanesques.  

« Ce n’est pas encore ce soir que nous allons pouvoir nous détendre », songea Inès.

-         Maman ? Qu’est-ce-que tu fais là ?

 

-         Oh ma Chérie, tu sais bien que je déteste que tu m’appelles comme ça, j’ai l’impression d’avoir soixante ans.

 

 

-         Mais tu les as, Maman.

 

-         Toujours aussi charmante à ce que je vois. Tu n’es pas obligée de me le rappeler, j’ai bien assez de soucis en ce moment.

 

 

-         Mamie, Mamie ! cria Clara.

 

-         Ah non, tu ne vas pas t’y mettre toi aussi. Ro-sa-lie, les enfants, appelez-moi Rosalie !

 

-         Bon, vas-tu finir par nous dire ce qui se passe, Maman ?

 

-         Il se passe que Georges me trompe avec sa secrétaire, tu sais, cette blondasse russe de 25 ans à qui il a greffé la poitrine de Pamela Anderson. Ca ne suffisait pas à cette Tatiana d’un mètre quatre vingt d’avoir des yeux bleus, une peau ferme et des jambes interminables ; il lui fallait aussi de gros seins. Résultat, elle a réussi à mettre mon mari dans son lit. Et en plus, tiens-toi bien, il l’a opérée gratuitement. Quand j’ai découvert leur liaison, je l’ai menacé d’un divorce qui le mettrait sur la paille, j’ai pris mes affaires et je suis venue chez toi le temps qu’il réfléchisse. Voilà, c’est aussi simple que ça.

 

-         Puisque tu le dis …

 

-         Et puis je veux le rendre jaloux ; c’est pour cette raison que je suis venue à Paris. J’ai trouvé une agence d’escort boys sur Internet : j’ai réservé un certain Igor, 25 ans, magnifique, et nous avons rendez-vous ici dans dix minutes. Nous nous rendons à un vernissage dans l’une de ces toutes nouvelles galeries d’art qui se sont installées dans le quartier de la Bibliothèque François Mitterrand. C’est la galerie L’Evidence, rue des Grands moulins. Ils exposent les œuvres d’un graphiste berlinois absolument génial : un mélange de pop art et de surréalisme, complètement avant-gardiste. Ses toiles feraient merveille dans ton salon, Trésor.

 

La sonnerie retentit.

-         Tiens, le voilà. Pile à l’heure. Va lui ouvrir, ma Chérie, s’il te plait. Je vais me changer dans ta chambre.

Inès ouvrit la porte nonchalamment. Elle fut stupéfaite en découvrant son visiteur.

-         Georges ? Vous ? Mais que faites-vous ici ?

 

-         Je viens récupérer votre mère. Je me suis conduit comme un imbécile et je veux réparer les dégâts avant qu’il ne soit trop tard.

Ce fut hélas le moment que choisit le bel Igor pour faire son entrée.

-         Bonsoir, dit-il, je viens chercher la divine Rosalie. Je l’emmène à un vernissage.

Pour toute réponse, Igor reçut le point de Georges en pleine figure. Ouille ! Au moins Rosalie avait réussi à rendre son mari jaloux. Constatant que la situation devenait de plus en plus ingérable, Inès emmena rapidement Igor à la station de taxi la plus proche. Le pauvre garçon n’escorterait personne ce soir là et pendant encore une bonne semaine. A force de hurler de douleur, il avait fini par ameuter tout le quartier.

En remontant à son appartement, Inès croisa quelques voisins sortis sur le pallier s’enquérir de qui pouvait faire un tel raffut à dix heures du soir.

-         Ce n’est rien, ne vous inquiétez pas. Ce n’est que ma mère qui règle un léger différent entre son troisième mari et son ex futur amant.

 

Inès prit la ferme résolution d’emmener toute sa famille dans le bar de sa copine Julia pour la nuit : ils trouveraient bien une place dans la réserve où installer des lits de fortune. Ce serait de toute façon plus sain pour ses enfants que ces disputes conjugales avec amant et maîtresse. De plus, sa mère et son beau-père auraient ainsi tout loisir de se réconcilier sur l’oreiller et Rosalie ayant pris toute la place disponible pour y entasser ses valises, on ne pouvait accéder à aucune pièce. Pendant que les parents habillaient les petits, Rosalie et Georges poursuivaient leur scène de ménage dans les règles de l’art. Claquements de portes, cris, larmes : Sacha Guitry aurait applaudi.

Il devenait absolument nécessaire pour Inès de se préserver : le stress auquel elle était soumise depuis 10 heures du matin, entre disparition de Clara et rupture de Rosalie, ne pouvait plus continuer. Elle allait finir chauve à ce rythme là ! La famille s’éclipsa, sans que la Maman d’Inès le remarquât, bien trop occupée à menacer le pauvre Georges d’un divorce sanglant.

Inès, pour ne pas perturber davantage ses enfants, présenta leur fuite comme une aventure amusante.

-         On va camper chez Julia, ça va être super, les enfants ! Comme demain c’est samedi, on a le droit de se coucher tard. Youpi ! Allez, en route !

Ils débarquèrent au Maleret, qui était plein à craquer, vendredi soir oblige. Ils durent jouer des coudes pour atteindre le comptoir. Les clients s’étonnèrent de voir ces deux bouts de choux dans un bar à une heure si avancée. Luka, épuisé par les cris de Rosalie, George et Igor, dormait déjà ; on lui installa un petit matelas dans un coin. Clara, elle, semblait ravie de cette sortie impromptue. Elle rejoignit Julia derrière le bar et fut nommée assistante du soir. La petite fille, très fière de cette nouvelle fonction, prit son rôle très au sérieux et réussit à ranger les verres sur une étagère à sa hauteur sans en casser un seul. Elle fut récompensée par un verre de coca-cola après avoir été chaudement applaudie par les clients. Inès et l’homme s’assirent sur des tabourets et s’affaissèrent sur le zinc rutilant.

-         Les enfants,  dit Julia d’un air enjoué, puisque vous êtes là jusqu’à demain, autant vous amuser. Allez, profitez-en ! 

PUB 7 : AND THE WINNER IS ... INES !

La soirée s’était finie bien mieux qu’elle n’avait commencé. Leur vieux copain Max, toubib à l’Hôpital Trousseau, les avait rejoints. Sitôt arrivé, Max s’était écrié :

-         Toi, Inès, tu es stressée en ce moment.

Inès avait levé les épaules en signe d’impuissance. Ce fut L’Homme qui répondit à Max.

-         En ce moment, Inès doit gérer ses enfants, sa maison, son boulot, moi et, comme si ça ne suffisait pas, sa cousine Eulalie qui a kidnappé Clara, sa mère qui veut divorcer de son troisième mari qui, lui, a cassé la figure à l’escort boy de sa femme, et enfin un problème de photo compromettante sur Facebook.

 

-         Tu exagères, dis Inès. Certes, ma vie est un peu stressante, mais comme celle de toutes les parisiennes de mon âge. Une vie des plus banales. Mais, dis-moi Docteur Ross, à quoi vois-tu que je suis stressée ?

 

 

-         Oh, tu sais, il y a des signes qui ne trompent pas. Nous, médecins, sommes capables de mesurer la quantité de stress à laquelle un patient est exposé rien qu’en examinant ses cheveux. La chevelure est une sorte de baromètre. Les cheveux et notre cuir chevelu réagissent en fonction de notre vie. Un cheveu terne, des démangeaisons, des pellicules sont autant de signes d’une vie stressante. Tu n’as même pas besoin de parler, tes cheveux s’expriment pour toi : ils en ont ras le bol. Il faudrait lever le pied un petit peu.

 

 

-         Ca jamais Docteur, tu veux ma mort sur la conscience ? Prescris-moi plutôt un traitement adapté.

 

-         Dans ton cas, une heure de détente dans ton bain et un bon shampooing suffiront amplement à te remettre sur pieds. Tu n’es pas malade Inès, tu mènes juste la vie trépidante d’une citadine de trente quatre ans.

 

 

 

Un peu plus tard dans la soirée, ils firent la connaissance d’un charmant Irlandais. John O’Sullivan avait emménagé quelques semaines plus tôt dans une chambre de bonne sous les toits d’un immeuble de la rue du Hainaut à quelques pâtés de maisons de là. Il avait été envoyé en catastrophe par l’Irish Independent, le plus important journal dublinois, afin de remplacer le correspondant permanent à Paris, un certain Ralph Godwin, qui, lui, avait été muté à New York. John O’Sullivan n’avait pas encore eu le temps de trouver un appartement digne de ce nom. C’était un grand et solide gaillard roux, fort sympathique, au rire sonore. Constatant que Julia était débordée ce vendredi soir, il n’avait pas hésité à passer derrière le bar pour l’aider. L’amie d’Inès en avait rougi de plaisir. Avec Max et John, ils avaient discuté une bonne partie de la soirée. Inès appréciait le fait de rencontrer des tas d’étrangers à Paris. Il y avait d’ailleurs parmi sa bande d’amis Carlotta, une belle italienne qui travaillait dans une banque près des Grands Boulevards, Siegfried, un allemand spécialisé en philosophie médiévale ou encore Stanislas, un polonais tombé amoureux fou de Louisa qui elle tenait une librairie espagnole dans le Quartier Latin. Et maintenant, elle pouvait ajouter John O’Sullivan qui leur avait raconté sa vie de reporter aux quatre coins du monde et communiqué l’amour de son pays. Inès et L’’homme avaient même décidé d’arpenter les rues du quartier de Temple Bar à Dublin cet hiver. A un moment, John avait soulevé Julia, l’avait déposée sur le zinc et lui avait plaqué un baiser sur la bouche. Ces deux là étaient faits pour s’entendre. Sûr que John n’aurait pas à chercher longtemps un appartement. La jeune femme saurait lui faire une place dans son lit.

Tandis que John reposait Julia à terre dans un élan chevaleresque, le portable d’Inès sonna. Constatant que c’était sa mère qui essayait de la joindre, elle préféra ne pas répondre. Inès attendit quelques minutes puis écouta sa messagerie : 

« Ma Chérie, Georges et moi nous sommes réconciliés et avons décidé de partir à nouveau en lune de miel. Nous quittons Paris pour Madère ce soir même. Embrasse les enfants pour moi et dis-leur que je leur rapporterai un petit cadeau de là-bas. A bientôt. »

Inès et sa famille allaient pouvoir dormir chez eux cette nuit !

Elle rangeait son portable dans son sac à main quand celui-ci sonna de nouveau.

« Et non, ma fille, tu ne dormiras pas chez toi ce soir » pensa-t-elle avec un brin d’amertume.

-         Oui Maman, qu’est-ce-que tu veux encore ? … Oh pardon Monsieur, je croyais que c’était ma mère. Y a-t-il un problème au bureau ?

 

-         Non Inès, aucun problème, rassurez-vous, lui dit son supérieur hiérarchique. Ce serait plutôt une bonne nouvelle.

 

 

-         Ah.

 

-         Je vous ai parlé du nouveau journal de design « New Home Magazine » qui va sortir le mois prochain ?

 

 

-         Oui, vaguement.

 

-         Et bien, pour leur premier numéro, ils ont décidé d’élire la meilleure dénicheuse de talent en mobilier design.

 

Inès sentit son cœur battre à tout rompre.

-         Vous étiez largement en tête du classement. Mais lors des délibérations, l’un des membres du Jury a parlé de cette photo sur Facebook. Ils ont trouvé que vous n’étiez pas digne de remporter ce prix.

Inès sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle venait de perdre le prix à cause de ce stupide Fabrice .

-         Mais un autre membre du jury, un journaliste qui, par chance, était présent à la soirée Plage que nous avons organisée l’autre soir, a dénoncé le rôle joué par le perfide Fabrice. Il n’a pas été tenu compte de cet incident puisque vous n’en étiez absolument pas responsable. C’est donc à vous que le prix vient d’être décerné à l’unanimité. Vous recevrez votre récompense sous peu. J’espère que vous avez une cheminée chez vous, pour mettre votre statuette en valeur. Je vous félicite Inès ! Je vous laisse. Allez fêter cela avec votre famille et vos amis, vous le méritez.

 

Une vague de bonheur la submergea. Il lui fallut de longues secondes avant de pouvoir répéter à L’Homme et à ses amis la discussion qu’elle venait d’avoir avec son chef. Ils fêtèrent la bonne nouvelle avec tous les autres clients du Maleret.

Quand le bistrot ferma ses portes, Julia proposa de rester surveiller les enfants plutôt que de les réveiller.

-         Vous deux, vous allez me faire le plaisir de prendre un peu soin de vous. Vous avez l’air complètement crevés. Alors, c’est décidé, demain je ferme le Maleret, j’emmène les enfants à la Grande Galerie de l’Evolution et vous allez vous détendre pendant ce temps là.

 

-         Tu ferais ça pour nous Julia ? demanda Inès.

 

 

-         Bien sûr.

 

-         Oh merci, Julia ! Mais alors dis-moi ce que je peux faire pour te remercier.

 

 

-         Si tu tiens vraiment à me faire plaisir, tu n’as qu’à m’aider à remeubler mon appartement. Ca te va comme ça ?

 

-         OK, ça marche !

 

Les amis se séparèrent, laissant Clara et Luka avec Julia.

Quand Inès se coucha cette nuit là, elle songea à sa mère qui filait à nouveau le parfait amour, à Eulalie qui avait été neutralisée et retrouverait sa liberté le lendemain matin, à Julia qui venait de mettre un terme à plusieurs mois de célibat, à ses enfants qui la rendaient chaque jour meilleure, à l’homme qui partageait son lit, ses joies et ses peines, à son boulot dans lequel elle s’épanouissait et qui lui donnait  même un prix, à cette vie qu’elle n’échangerait pour rien au monde.

En revanche, son patron avait raison, ils allaient devoir trouver un nouvel appartement : l’actuel n’avait pas de cheminée pour exposer son prix

07.10.2010

UN MOT SUR MA FAMILLE ...

images.jpgComment vous parler de ma famille ? Je peux d’ores et déjà vous dire que je suis née dans une famille tout ce qu’il y a de plus normal, avec ses secrets inavouables, ses petites faiblesses, ses procédés peu recommandables, ses histoires abracadabrantes, ses membres farfelus. Je ne crois pas à la famille parfaite et bien sous tous rapports, et puis ce serait tellement ennuyeux. Non, chez moi, vraiment, on ne s’ennuie pas …

 

 

Alors, disons pour commencer que je suis issue d’une lignée de nobliaux bretons sans le sou qui survécut à la Révolution Française, mon ancêtre de l’époque, un certain Corentin Cosquéric de Kerlidec, treizième comte de Ploubahinec, ayant préféré se réfugier en Suisse en attendant des jours meilleurs, plutôt que  rejoindre la Chouannerie ou se faire couper la tête. Lors de son exil helvétique, il épousa Lucie, roturière fort laide mais qui avait eu le bon goût de combler ces deux tares par un statut d’unique héritière de la Banque Genevoise.

 

 

 

Las des montagnes suisses et des « lalalaidou » et désireux de s’imposer socialement et économiquement dans son pays d’origine, Corentin revint à Paris, en ayant pris soin d’attendre la fin de la Révolution de 1848. Il installa dans le faubourg Saint-Honoré la première succursale parisienne de la banque familiale. Mon ancêtre sut s’attirer les faveurs de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie qui lui accordèrent de nouveaux titres de noblesse – duc de Cloirac, Baron de la Mortière -  et récompensèrent sa servilité et ses flatteries en lui restituant l’ancienne propriété finistérienne agrandie des deux tiers. La Banque Genevoise finança une partie des travaux d’Haussmann et participa à l’aventure des chemins de fer.

 

 

 

Après les évènements de 1870 et jusqu’en 1914, les héritiers pratiquèrent avec maestria le retournement de veste à de multiples occasions tirant ainsi leur épingle du jeu en prenant un minimum de risques. Le caractère fort et courageux de mes ancêtres les incita à rester planqués dans leur propriété helvètique jusqu’en 1918. Tandis que le monde entier mourrait sous les balles, mes aïeux organisaient de somptueuses fêtes sur les rives du Lac Léman.

 

 

 

 

La paix signée, ils regagnèrent Paris. Cependant, ils évaluèrent mal les effets de la Crise de 1929 si bien que la Banque Genevoise sombra. Mais rassurez-vous chers lecteurs, mes aïeux avaient su faire quelques réserves personnelles ; on peut même dire qu’ils ont été les inventeurs du fameux parachute doré. Ainsi, les Cosquéric de Kerlidec de Ploubahinec de Cloirac de la Mortière purent continuer à mener grand train sans le moindre scrupule.

 

 

Quand la France déclara la guerre à l’Allemagne, mon grand-père, grâce à l’appui d’un de ses amis ministres, pût rester tranquillement chez lui à siroter son bourbon et tailler ses rosiers. Grand-papa craignit bien en 1945 quelques représailles du fait qu’il s’était lié d’amitié avec des membres du Gouvernement de Vichy mais il louvoya tant et si bien qu’il ne fut jamais inquiété.

 

 

 

 

La guerre une fois terminée, mes grands-parents, qui venaient de donner naissance à Maman, se contentèrent de gérer leur fortune. Etablis avenue de Breteuil dans le VIIème arrondissement, ils firent bien vite partie du Tout-Paris. Ils étaient de toutes les grandes fêtes, de tous les bals costumés, fréquentant les Cocteau, Vilmorin et autre Cuevas. C’est d’ailleurs à cette époque que Maman fit son entrée dans le monde…

 

 

 La vie mondaine de mes grands-parents maternels grignota la fortune familiale. La dot de Maman s’en trouva considérablement réduite. Mais Maman, étant une jeune fille pleine de ressources et peu désireuse de travailler, décida de partir à la recherche d’un mari fortuné ou du moins avec un brillant avenir devant lui, promesse de richesses à venir. En échange, elle apportait son nom : comtesse Amélia Cosquéric de Kerlidec duchesse de Clérac baronne de la Mortière. Le soir de sa participation au Bal des Débutantes, un ami de la famille lui présenta Papa.

 

 

 

Papa avait terminé un an plus tôt ses études de chirurgien puis était parti compléter sa formation en techniques de chirurgie esthétique à la prestigieuse université de Yale. « Les américains sont largement en avance sur nous dans ce domaine », disait fréquemment Papa, qui voyait en la chirurgie esthétique la future poule aux œufs d’or de la médecine française. Il ne s’était guère trompé. Maman crut en lui et sesimagesCADEAYBF.jpg capacités financières futures si bien qu’elle l’épousa en 1972, date à laquelle il installa la célèbre Clinique Esthétique de Paris, pionnière en France, au 18, rue de l’Université. Le succès fut immédiat. Ma mère retrouva le niveau de vie de son enfance, Papa opéra le Tout Paris et transforma Maman en clone d’Yvana Trump.

 

 

 

Le mariage de mes parents ne résista ni à l’emploi du temps de fou de mon père, ni à ses incartades avec les infirmières ou les clientes de la clinique, ni aux nombreux amants de Maman : ils divorcèrent alors que j’avais six ans.

 

 

Bien que Maman n’eut pas réussi à plumer Papa comme elle l’aurait souhaité –Papa avait su s’entourer des meilleurs avocats ; Maman les lui emprunta d’ailleurs lorsqu’elle eut quelques soucis avec son mari suivant - leurs relations restèrent des plus cordiales, Papa opérant Maman gratuitement dès que son besoin de rajeunissement se faisait sentir, c'est-à-dire en moyenne une fois tous les six mois.

 

 

 

Sitôt divorcée, Maman mit le grappin sur un second mari, un gros industriel libanais. Alors que, quelques mois plus tard, il lui faisait part de son intention de divorcer, il décéda d’une crise cardiaque, lui léguant au passage la totalité de sa fortune. Les avocats de Papa furent sollicités et surent défendre les intérêts de Maman, au détriment des propres enfants de mon beau-père.

 

 

 

Peu échaudée par ce second fiasco matrimonial –l’argent fait oublier bien des désagréments- Maman, qui avait fait sienne la devise de la Duchesse de Windsor : « Jamais trop mince, jamais trop riche », n’hésita pas à répondre oui à la demande en mariage d’un troisième admirateur, non moins fortuné mais en revanche beaucoup moins hétérosexuel : Heinrich Von Klupper. Les parents d’Heinrich, de noble extraction germanique, avaient jugé préférable de s’exiler en Amérique Latine en 1945. Ils s’étaient installés à Bariloche, charmante bourgade tyrolienne des Andes Argentines.

 

 

A la mort de ses parents, Heinrich intégra l’Ambassade d’Allemagne à Paris en tant que responsable de la promotion des artistes allemands à l’étranger. Ce fut d’ailleurs lors d’un dîner dans les salons de l’Ambassade que Maman rencontra Heinrich. Leur petit arrangement fonctionna toujours parfaitement : chacun étant libre de vivre ses propres aventures en toute tranquillité, l’un  assurant respectabilité à l’autre et vice et versa.

 

 

Papa ne se remaria pas. Il avait fait fortune grâce à sa clinique et celle-ci lui imagesCAN3UE3B.jpgapportait, sur un plateau, toute la chair fraîche dont il pouvait rêver. C’est fou ce que les femmes sont prêtes à faire pour obtenir de nouveaux seins ou encore une simple injection de botox. Le lit de Papa n’a jamais désempli. : blondes, brunes ou rousses se succédaient en échange d’implants mammaires ou d’une liposuccion. Et qu’on ne lui dise pas qu’il profitait de son statut, non, il ne demanda jamais rien, n’obligea personne : les patientes se dévêtaient toutes seules et offraient leurs services sans qu’il ait eu à dire quoi que ce soit. Qu’elles  fussent jeunes, il se laissait faire et acceptait ensuite d’opérer gratuitement ; c’était toujours un plaisir ! Qu’elles fussent vieilles, que la peau fripée de leurs fesses ballotta devant ses yeux, que leurs seins en gant de toilette frémissent à l’idée de nouvelles poches de silicone gratuites, il leur conseillait, tout en leur faisant un baisemain charmeur auquel elles ne pouvaient résister, de se rhabiller vite fait et de revenir après avoir fait raquer leur mari.  Puis il prenait un bain de jouvence en plongeant sa tête dans le décolleté aguichant d’une jeune infirmière peu farouche tout en tâtant les fesses fermes sous la mince blouse blanche. Tout cela ne lui laissait guère de temps pour sa famille.

 

 

Mais pouvait-on encore parler de famille quand une mère passait d’un mari à un autre, quand un père partait en séminaire en compagnie d’une ou l’autre de ses maîtresses, quand une enfant n’était dorlotée que par la gouvernante dans un appartement trop grand, trop silencieux et désespérément vide ?

23.05.2010

WHEN THE LEGEND BECOMES FACT, PRINT THE LEGEND ! *

images.jpgIl était une fois un chat qui vivait rue Mouffetard. Chaque jour, deux petits garçons du quartier, deux frères, tentaient de l’apercevoir entre les étals des marchands de primeurs, les boutiques des poissonniers, bouchers et autres pâtissiers, l’église Saint-Médard et le square du même nom. Chaque jour, les deux enfants se penchaient par-dessus les grillages qui délimitaient les pelouses du petit parc pour lui parler. Ce félin se faisait appeler, au choix, Monsieur Miaou, Monsieur Chat, Le Chat ou encore Mistigri bien qu’il fut noir corbeau. Chaque jour, le Chat venait frotter sa tête contre les mains tendues des deux frères. Les garçons parlaient et le Chat semblait leur répondre. Les parents ne pêtaient guère attention à ce petit manège entre l’animal et leurs enfants. Quiconque leur aurait dit que l’animal parlait aurait été considéré comme fou. Pourtant, le Chat discutait bel et bien avec les garçons. Chaque jour, les deux petits garçons venaient écouter les aventures de Monsieur Chat, comment il était arrivé rue Mouffetard après un bien long périple.

L’animal était arrivé deux ans plus tôt par une belle matinée de juin. La rue grouillait de monde :images.jpg touristes photographiant ce si charmant morceau de France, gens du quartier faisant leurs courses, chanteurs de rue, étudiants venus déjeuner à l’ombre de l’église, paroissiens se pressant afin de ne pas rater l’heure de la messe, clochards cuvant leur vin sur les bancs du square avant que les enfants chahuteurs ne viennent les en déloger sitôt l'école terminée, pigeons ayant pris leurs quartiers d’été dans les marronniers entourant l’église. L’endroit, qui ressemblait à une carte postale pour Américains, plut immédiatement au chat errant qui décida d’y rester. Monsieur Chat choisit un arbuste sur les contreforts de l’Eglise pour y installer sa litière : le lieu était confortable, douillet et légèrement à l’écart de l’agitation de la Mouffe. Les feuilles le protègeraient de la pluie et du vent, ce serait parfait. Ne restait plus qu’à dénicher le couvert. Sûrement qu’avec de tels commerces au pied de sa nouvelle demeure, les vivres seraient pour le moins faciles à débusquer et fameux. A peine était-il arrivé dans les lieux que déjà les enfants du quartier avaient adopté cette bête curieuse qui leur parlait d’égal à égal et leur contait tant d’histoires extraordinaires, histoires qu’il tenait de sa longue et tumultueuse vie passée.

imagesCAEMEL74.jpgCe chat, LE Chat, naquit en Egypte en 1254 avant Jésus Christ. Son pelage noir le fit remarquer par l’une des épouses de Ramsès II, la belle Néfertiti. Les Egyptiens, qui vénéraient les chats, ne s’étonnèrent pas d’entendre un chat parler. Un soir, alors que Ramsès II rentrait d’une promenade le long du Nil, il lui glissa à l’oreille qu’il serait bon que lui et son illustre épouse, érigeassent un temple afin de laisser une trace de leur passage sur terre. C’est ainsi qu’Abou Simbel, symbole de l’amour du couple royal, vit le jour. De plus, les pouvoirs du Chat permirent à Pharaon de vivre exceptionnellement longtemps. A sa mort, en 1213 avant Jésus Christ, le Chat fut momifié avec son maître, suivant ainsi les rites funéraires de la région et de l’époque.

Ne vous inquiétez guère, chers lecteurs, de tels chats savent retomber sur leurs pattesimagesCASK3JWB.jpg, même une fois morts : ils se réincarnent. Ainsi, notre Chat choisit-il de poursuivre sa vie de félin. Désireux de profiter du climat chaud du nord de l’Afrique, ses pas le menèrent jusqu’à Carthage. Habitué à une vie luxueuse, le Chat ne pouvait se satisfaire que d’un maître de tout premier ordre : Hannibal ! Hélas, sa vie ne fut pas de tout repos. Il en garde pourtant de merveilleux souvenirs : n’a-t-il pas franchi les Pyrénées et les Alpes à dos d’éléphant lors de la Seconde Guerre Punique en 218 avant Jésus Christ ? Mais le voyage fut éprouvant. Alors, tandis que Hannibal faisait demi-tour aux portes de Rome, notre animal, las, préféra s’installer dans le palais du pire ennemi de son maître : Scipion. La trêve fut de courte durée. Un soir, le Chat surpris une conversation entre Scipion et quelques sénateurs qui s’en revenaient des thermes : « il faut brûler Carthage ! » En un quart de seconde, le Chat prit se décision : « je retourne en Afrique, il y fait plus chaud et je ne supporte plus la puanteur de Rome. Peut-être réussirais-je en même temps à sauver la ville ? »

Après un long périple, Scipion et le Chat arrivèrent à Carthage. Un soir, il fit la rencontre d’une jolie petite chatte blanche. Seulement, la mignonne était déjà courtisée par un gros matou qui ne s’en laissa guère compter. Bagarre il y eut. Les félins se sautèrent à la gorge pour les beaux yeux de la minette, mais ce faisant, ils renversèrent de pleines amphores d’huile sur une torche qui traînait par là. Le Chat n’eut que le temps de dire « Carthage brûle ! » Ainsi, ce fût une banale lutte entre chats qui mit fin à la Troisième Guerre Punique en 146 avant Jésus Christ.

imagesCAVSU0FO.jpgLe Chat prit ses pattes à son cou. Il fut alors dans l’obligation de choisir un nouveau lieu de résidence. Son choix se porta sur la Gaule. Il s’installa dans une riche exploitation céréalière de la Beauce où sa seule tâche consistait à ronronner, le travail de la chasse aux mangeurs de grain échouant aux serpents et furets. Ce furent là les dernières heures d’insouciance du Chat. Les invasions Barbares perturbèrent quelque peu la tranquillité de notre ami. Ballotté de gauche à droite, il fallut attendre pour que cessent ces intrusions pour le moins désagréables : Goths, Wisigoths et Huns n’ont jamais atteint le degré de raffinement des Romains. Pour preuve, Attila qui alla même jusqu’à piétiner l’herbe à chat : Vandales va !

Ce fut la fin de l’âge d’or du chat.

En effet, le Bas Moyen-âge vit superstitions et croyances se multiplier. Le chat devint l’ennemi àimages.jpg abattre. Chaque Saint-Jean était prétexte à envoyer les chats au bûcher. Il eut souvent chaud aux fesses le Chat, mais, rusé comme il était, il réussit toujours à s’en sortir. C’est à cette période qu’il développa sa technique du crachat : tendis qu’il mendiait quelques nourritures sur les parvis des cathédrales en construction, les passants le houspillaient, voire le maltraitaient ; le crachat devint son unique moyen de défense, pas très efficace : son postérieur le fit souvent souffrir.

images.jpgLe Chat décida d’aller panser ses plaies en Normandie. Hélas, la médecine n’avait guère progressé et la Grande Peste Noire de 1348 fit des ravages. Les Rouennais pensèrent qu’ils devaient sacrifier le Chat noir afin de mieux combattre l’épidémie. Les survivants de la Grande Peste chassèrent alors la pauvre bête jusqu’à Mont-Saint-Aignan, l’attrapèrent et l’emmurèrent vivante dans l’un des bâtiments entourant l’Aitre Saint-Maclou proche de la cathédrale. Il reste encore trace de son passage à l’Aitre.

Mais le Chat ne s’attarda pas sur sa propre dépouille, préférant se réincarner quelques temps plus tard, toujours dans la capitale normande, ce qui, avec le recul, ne fut pas la meilleure idée qu’il ait eue.

De fait, un jour de l’an de grâce 1431, alors qu’il déambulait dans Rouen, il fit la connaissanceimagesCAROPTBO.jpg d’une jeune femme emprisonnée : la jeune fille aux airs de pucelle lui adressa un sourire triste. Le Chat lui répondit par quelques mots bienveillants. Mais un certain abbé Cauchon qui passait là surprit la conversation et cria à la sorcellerie : la jeune fille, qui s’appelait Jeanne, ainsi que son nouveau compagnon, furent brûlés vifs sur la place du Vieux-Marché.

Une fois de plus, le Chat dut se réincarner. Pestant contre les Français qui, malgré le Concile de Trente (1545) restaient toujours aussi superstitieux, le Chat décida de traverser la Manche.

images.jpgLes Anglais n’étaient pas moins superstitieux mais au moins, là-bas, les blacks cats étaient sensés porter chance, Napoléon ayant croisé un chat noir juste avant la bataille de Waterloo quelques années plus tard. Et puis, autant joindre l’utile à l’agréable : un chat bilingue, c’est toujours mieux. Ne dit-on pas depuis « donner sa langue au chat » ? Le Chat cependant ne choisit pas, une fois de plus, la meilleure période pour découvrir la ville. Ce Chat semblait quand même porter la poisse : à peine débarqué à Londres le 2 septembre 1666 pour être précis, que la ville brûla. On prétendit à l’époque, mais les manuels d’histoire refusèrent toujours de s’en faire l’écho, que le feu s’était déclaré dans la capitale à cause d’un chat français venu chiper quelques miettes dans la boulangerie Faryner, fournisseur du roi d’Angleterre. Les historiens, craignant pour leur crédibilité, nièrent cet incident, préférant parler d’un simple feu accidentel dans le fournil de ladite boulangerie. Point de trace du Chat dans le Malet et Isaac britannique. Cependant, les Britanniques tiennent encore rancune aux Français pour cet incident fâcheux …

Cet épisode britannique refroidit les ardeurs de notre félin qui décida de mettre un terme à sonimagesCA8YE1IL.jpg programme Erasmus. Qui plus est, les chats français retrouvaient un peu de sérénité. On leur reconnaissait quelques mérites dans le domaine de la chasse aux rongeurs. Louis XV lui-même interdit les bûchers de la Saint-Jean. Dès lors, Monsieur Chat vécut une vie de rêve, passant d’un foyer douillet et heureux à un salon littéraire, d’une bergère à un sofa, selon ses envies. Certes, nombreux furent ses maîtres à perdre la tête pendant la Terreur (1792-1794), mais les nouvelles classes dirigeantes, les Bourgeois, surent apprécier la compagnie des chats. Il y eut  bien encore quelques passages à vide comme le manque de nourriture lors de la Commune de Paris (printemps 1871), mais les Parisiens acceptèrent de partager leurs plats à base de rat avec les chats de la capitale. Bref, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. N’ayant pas quitté Paris pendant les deux Guerres Mondiales, il n’eut pas à vivre sous les bombardements comme ce fut le cas d’un de ses cousins havrais. Il monta même sur le char du Général de Gaulle quand celui-ci défila sur les Champs Elysées. La fatigue se faisant sentir – n’oubliez pas qu’il est né en 1254 avant Jésus Christ ! – le Chat s’attacha, les soixante dernières années, à passer d’un arrondissement à un autre, d’une famille à une autre.

imagesCAC7AK13.jpgMais alors, que fait le Chat seul dans le petit square Saint-Médard à part apprendre aux enfants la VERITABLE histoire ? Il a trouvé l’endroit pour se reposer et finir calmement sa longue vie. Deux charmants enfants lui apportent chaque jour sa pitance en échange d’histoires d’aventures. Leurs sourires, leurs paroles et leurs yeux fascinés le réconfortent. Un soir, les deux petits garçons ont apporté à Monsieur Chat une pleine coupelle de lait, des sardines et même un carré de chocolat. La conversation entre les deux frères et l’animal a duré plus longtemps que d’habitude. Au moment de se séparer, la Chat a miaulé curieusement et s’est frotté contre les jambes des deux enfants qui ont ri tant cela les chatouillait. Les enfants sont rentrés chez eux. Quand ils sont revenus au parc le lendemain matin, personne n’avait revu le Chat. Les garçons demandèrent aux commerçants de la Mouffe et à Monsieur la Curé des nouvelles de leur ami, mais le Chat resta introuvable. Nul ne sait à ce jour où il est allé.

 

*L'homme qui tua Liberty Valence, film de John Ford (1962), avec John Wayne et james Stewart.