08.11.2010
DIMANCHE MATIN AU LUXEMBOURG.
Dimanche matin, le temps des plus cléments se prête à merveille à une petite promenade en famille aux jeux du Jardin du Luxembourg. Monsieur et Madame Branchouille-Chic-Ultra-Friqué décident donc de se lever de bonne heure pour profiter de cette belle journée avec leurs deux enfants Branchouille-Chic-Ultra-Friqué.
Monsieur et Madame BCUF quittent leur vaste appartement familial de la rue du Bac et rejoignent d’abord le Lutétia pour leur traditionnel café-crème-thé-viennoiserie dominical. Leur serveur attitré s’enquiert de la bonne santé de la petite famille et gratifie les enfants Charles-Emmanuel et Anne-Charlotte d’une caresse amicale sur la tête.
Puis, toute la famille quitte le Lutétia et poursuit la promenade qui passe obligatoirement par le marché bio du boulevard Raspail où Madame BCUF fait la queue aux étals coincée entre la maigrichonne Sandrine Kiberlain (où est passée la plantureuse Sandrine des Patriotes ?) et la très cra-cra Isabelle Adjani qui porte ses lunettes noires dès 9 heures du matin histoire d’être sûre que tout le quartier la reconnaisse bien. Ce petit marché est tellement authentique qu’il serait tout bonnement impensable de ne pas y passer.
Maintenant que Madame BCUF a fait toutes ses provisions, direction le Jardin du Luxembourg où les enfants vont enfin pouvoir jouer. Ils commencent à s’impatienter.
Déjà une petite queue à la caisse. A la caisse ? me direz-vous. Hé oui, à la caisse. Ce n’est pas parce que vous êtes dans les jardins du Sénat que tout le monde peut profiter des jeux. Ici, la démocratie ne passe pas les portes du Palais du Luxembourg. Pour jouer, on paie. Oh, ne vous révoltez pas trop vite ! Cela tient à une vieille tradition instaurée en 1872 : la première concession fût mise en place, puis d’autres dans les années qui suivirent. Alors, quand vous venez au Luxembourg, vous payez à des commerçants le théâtre de marionnettes, les promenades en poney, le manège, les bateaux sur le bassin, les jeux ou encore les balançoires. Pour les jeux, il en coûtera 2 euros 60 par enfant et 1 euro 60 par adulte, sinon l’adulte reste dehors. Le ticket reste quand même valable pour la journée – ouf ! Attention, à ce prix là, il n’y a pas qu’un seul toboggan – quand même ! – il y a des jeux pour les tout petits comme pour les plus grands jusqu’à neuf dix ans, et un bac à sable. Monsieur et Madame BCUF ont donc payé leurs 8 euros 40.
Pour l’occasion, Monsieur BCUF porte une chemise à fines rayures ciel, un jean ou un pantalon de toile beige, des mocassins Tod’s et une écharpe en cachemire. Il a passé une heure trente dans sa salle de bain ce matin : on n’arrive pas à un tel résultat sans effort. Alors, Monsieur BCUF remet sa petite mèche et se dandine – ou bien parade, au choix – au milieu des autres familles BCUF, tout en surveillant sa progéniture toute de Bonton vêtue – plus casual que Bonpoint qu’on réserve pour la semaine pour aller à l’Ecole Alsacienne toute proche. Quant à Madame BCUF, elle porte un legging noir, un sweat-shirt en cachemire Lucien Pellat-Finet, des ballerines Roger Vivier et des lunettes de soleil noires Prada. Les rayons du soleil sont arrêtés par les arbres, mais qu’importe, les lunettes noires sont indispensables en cette heure matinale.
Monsieur BCUF se repose de sa semaine éreintante : il est patron d’une grosse entreprise, cardiologue ou cadre dirigeant dans une banque d’affaire. Madame BCUF, si elle travaille, est attachée de presse chez Vuitton, tient une agence immobilière dans le VIIème arrondissement ou bien travaille dans une grande maison d’édition de Saint-Germain des Prés. Monsieur lit le Journal du Dimanche sur un banc, tandis que Madame pense avec effroi qu’elle va devoir se rendre sur la rive droite cette semaine : elle doit commander un nouveau sac Kelly chez Hermès et trouver un cadeau chez Colette pour sa copine qui va fêter ses quarante ans.
Les enfants, eux, jouent tranquillement dans le bac à sable. De temps à autre, Anne-Charlotte vient voir son Papa, mais Maman veille :
- Anne-Charlotte, combien de fois vais-je devoir te dire de ne pas poser tes mains sales sur le pantalon de papa. Tu sais bien qu’il déteste ça. Retourne jouer avec ton frère, Papa et Maman se reposent. Et toi, Charles-Emmanuel, ne touche pas les marrons, ni les feuilles mortes, c’est dégoûtant !
Et ainsi passent les dimanches matins de Monsieur et Madame Branchouille-Chic-Ultra-Friqué, accompagnés de leurs deux enfants Branchouille-Chic-Ultra-Friqué … quand ils ne vont pas à la messe !
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02.09.2010
VIVE LA RENTREE !
Il y a des jours dans la vie d’une Maman qui sont bénis des Dieux. Le jour de la rentrée en est un.
Jeune maman dont c’est la première rentrée scolaire et institutrices vont me haïr. La première, car pour elle, c’est un déchirement cette entrée en petite section : leur enfant n’est plus un bébé mais un petit garçon ou une petite fille qui va devoir affronter la dure loi de la cour de récré. Maman ne sera plus là pour défendre la chair de sa chair face à cet affreux Clément de quatre ans – une brute sanguinaire ce Clément : il a osé pousser Clara qui descendait du toboggan. Quant aux secondes, elles pensent : « encore une qui considère l’école comme une garderie pour ses sales mioches ! »
Mais pour moi, la rentrée c’est :
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Le jour où mon fils découvre sa nouvelle maîtresse et lui dit bonjour sans qu’on ait besoin de se fâcher.
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Le jour où mon fils est ravi de retrouver ses copains : ils ne se tapent même pas dessus.
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Le jour où je retrouve les mamans des copains de mon fils qui sont devenues mes copines.
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Le jour où je peux souffler : « enfin un peu de temps pour moi ! »
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Le seul jour de l’année où directrice et maîtresse vous accueillent avec le sourire. Profitez-en, dans deux semaines vous recevrez votre première convocation.
Je me souviens avec un brin d’émotion de la première convocation de l’année de petite section, deux semaines jour pour jour après la rentrée – mon fils aîné devait être précoce, je ne vois que ça.
- Madame, il faudrait expliquer à votre fils qu’il n’est plus à la plage ou dans le jardin de son grand-père et qu’il lui est donc formellement interdit de baisser son pantalon au beau milieu de la cour pour faire pipi. En plus, votre fils fait des huit avec son zizi quand il fait pipi.
Mon fils est doué en mathématiques, je ne vois que ça …
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02.08.2010
PETIT MANUEL DES VACANCES CHICS A LA MODE BRETAGNE ... OU D'AILLEURS.
Il y a … années, Françoise Jeanne Raymonde Dequerlac épousa Bernard Georges René Colin. Ils auraient naturellement dû faire des cartes de visite au nom de Françoise et Bernard Colin, mais Madame préféra faire imprimer : Jeanne-Françoise et Georges Bernard Colin de Querlac, un tantinet plus chic. Avec un nom pareil, Madame décréta qu’il était temps d’acheter une maison de vacances sur la côte.
Elle aurait bien jeté son dévolu sur la chicissime Ile de Ré, mais la flambée des prix de l’immobilier tua dans l’œuf ses velléités immobilières sur Ré La Blanche. Il fallut se résoudre à investir dans une bicoque dans le Finistère. Son choix s’arrêta sur le petit port de Plougannec, le portefeuille de Monsieur n’étant pas hélas encore suffisamment garni pour s’offrir un pied-à-terre à Bénodet.
Ne resta plus à Madame qu’à transformer le petit penty* en maison de famille. Ce qui fait encore bien rire les Plouganniens de souche !
Car, ceux que Madame considèrent comme des « ploucs », savent parfaitement que les Colin de Querlac n’ont absolument aucun quartier de noblesse et que le penty n’a jamais appartenu à cette famille depuis des générations. Et, tous les efforts qu’ils feront pour s’intégrer et faire avaler aux locaux qu’ils sont d’ici, resteront vains : ils seront toujours des étrangers ! C’est la dure loi qui règne ici : si vous n’êtes pas du coin, vous aurez beau vous y installer définitivement, vous resterez toujours un « intru ». Au contraire, un descendant de Plouganien qui ne viendrait qu’une fois tous les dix ans restera toujours un « gars » ou une « fille » du pays ; à son passage, les gens diront : « mais si, c’est le fils d’Yves, le neveu de Maryvonne et le cousin de Gwendal. » On lui tâtera la joue : « Comme tu as grandi, Mignon* ! Et tes enfants, ils sont mout* ! »
Personne en ville ne tripote la joue de Jeanne-Françoise Colin de Querlac.
Madame est très occupée à transformer son penty en demeure bourgeoise accueillant des générations de Colin de Querlac pour les vacances. Elle meuble sa résidence secondaire : elle achète de rutilantes reproductions de billots et de présentoirs à pain chez Comptoir de Famille, remporte aux enchères un ou deux meubles bretons et chine de vieux bols ébréchés : ils donnent un air si authentique ; d’ailleurs, Madame certifie que ces bols ont appartenu à l’arrière-arrière-Bon-Papa Colin de Querlac, fondateur de la dynastie ! Elle va même jusqu’à dénicher en brocante d’anciennes photos de bourgeois bretons qui formeront une galerie d’ancêtres dans la minuscule entrée du penty. Quelques rideaux en toile de Jouy, des abat-jours en coton écossais et le tour est joué. Ainsi naît une maison de famille plus vraie que nature, propre comme un sou neuf, reproduction à l’identique de celles aperçues dans les pages de Maison de Campagne ou Côté Ouest.
La maison ainsi parée est prête à accueillir famille et amis. Enfants et petits-enfants débarquent pour les grandes vacances.
On prend le temps. Le temps de faire les courses tout d’abord. Le marché hebdomadaire, c’est la sortie de a semaine, l’endroit où l’on se montre, où il faut être vu, l’endroit où il faut être reconnu. On se rend toujours chez les mêmes fournisseurs, le fin du fin étant que le commerçant vous appelle par votre nom et vous fasse passer devant tout le monde. Madame se damnerait pour qu’on la serve ainsi, mais pour l’heure, elle doit céder la place à la femme du médecin qui la double sans même un regard. Un jour, Madame tenta bien de ne pas se faire doubler de la sorte, mais la femme du toubib lui asséna : « vous n’êtes pas d’ici vous, ça se voit », tout en la toisant avec mépris. Les Messieurs se gardent bien d’intervenir en pareil cas.
Les courses une fois faites, on se retrouve à la terrasse de chez Bournard, le Sénéquier local, pour un apéritif entre amis. Toute la famille est vêtue comme si elle allait participer à la Solitaire du Figaro, mais les Dockside flambant neuves ne quitteronbt jamais le quai.
Puis, sur le coup de treize heures, on rentre au penty préparer le déjeuner : langoustines, huitres, araignées – bar de ligne et homard quand Monsieur a gagné en bourse – pain noir et beurre salé à l’extrait de fleur de sel de Guérande. On déjeune à l’ombre d’une tonnelle tout en buvant du cidre bio bien frais.
On bouquine et l’on brode au point de croix tandis que les plus petits font la sieste. Enfin, sur le coup de seize heures, on se rend tous à la plage où l’on retrouve quelques connaissances. Les enfants ont parfois une leçon d’optimiste au club nautique ou bien apprennent à nager avec Bon-Papa. Les mères se plaisent à imaginer leurs enfants Anne-Charlotte et Maximilien unis par les liens du mariage une fois adultes, les pères se portent volontaires pour construire un château de sable à quelques mètres de deux naïades aux seins nus. On profite jusqu’à vingt heures des rayons du soleil … et de la vue plongeante pour ces Messieurs. Puis, tout le monde rentre à la maison.
Les plus jeunes sont douchés en premier et mis en pyjama par les hommes alors que les femmes préparent le dîner. Pendant que les enfants soupent, les adultes prennent un verre. On organise le programme du lendemain ou l’on fait le bilan de l’année passée ou bine encore, on évoque l’année à venir.
Au loin, on entend la musique d’un Fest Noz*, mais la famille Colin de Querlac ne participe jamais à ces animations pour touristes et militants gauchistes du FLB*. Madame n’a aucune envie de s’asseoir sur des bancs crasseux pour manger avec les doigts des sardines grillées, à une grande table jonchée des restes de moules marinières, langoustines, frites et lard grillé des occupants précédents. Pour acheter une crêpe aux enfants, il faut faire une demi-heure de queue et, quand vient son tour, la crêpière explique que, pour avoir une crêpe, il faut un jeton. Bien évidemment, on n’a pas de jeton, bien évidemment il faut aller faire la queue pour obtenir ce foutu jeton et, bien évidemment, il faut refaire la queue trente minutes durant pour obtenir enfin une malheureuse crêpe … sans sucre : pour le sucre, il faut un autre jeton ! Pas envie d’aller à la buvette qui sert de repère aux soulards du coin. Pas plus envie de supporter des musiques et chansons pseudo-bretonnes entonnées par des chevelus tout droit sortis d’une école Diwan*.
Alors non, les Fest Noz ne sont plus pour la famille Colin de Querlac. On ne peut guère les en blâmer !
La soirée s’achève paisiblement dans le penty. Jeanne-Françoise Colin de Querlac s’assure que toute sa petite famille est confortablement installée puis va lire quelques pages d’un magazine de point de croix dans sa chambre avant d’éteindre la lumière. Juste avant de s’endormir, elle prévoit de se rendre dès le lendemain au marché de Bénodet : il faut absolument qu’elle s’achète un très chic sac en toile de Jouy Papa pique et Maman coud ; le journal Maison de Campagne en a tellement parlé ; il faut absolument qu’elle en ait un à suspendre à la patère de l’entrée, juste en dessous du portrait de Mamie Soizic Colin, ancienne Penn Sardin* dans les conserveries de Douarnenez. Oups, pardon ! Je reprends : juste en dessous du portrait de Bonne-Maman Soizic Colin de Querlac, héritière d’une des familles les plus influentes de Douarnenez. Ouf, c’est mieux comme ça !
Penty : petite maison bretonne en pierre.
Mignon : signifie « mon garçon » / « ma fille » se dit Mignonne.
Mout : signifie mignon. On entend parfois aussi « mout mou » qui veut dire très mignon, pour un bébé par exemple. « c’ui ci est mout mout ! »
Fest Noz : fête bretonne ayant lieu la nuit, par opposition à Fest Deiz.
FLB : Front de Libération de la Bretagne, mouvement indépendantiste breton.
Ecole Diwan : école privée qui dispense un enseignement tout en breton.
Penn Sardin : ouvrière dans les conserveries de sardines de Douarnenez. On les reconnaissait à leur petite coiffe blanche toute simple.
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10.05.2010
JE SUIS MARIEE, MAIS JE ME SOIGNE.
Lorsque vous vous mariez, vous quittez le statut de mademoiselle pour celui de madame. Apparemment, cela ne change pas grand-chose. Et pourtant, nombreuses sont celles qui une fois passées devant Monsieur le Curé, se métamorphosent.
La transformation est quasi immédiate : on devient RES-PEC-TA-BLE ! Un fossé se creuse alors entre les nouvellement mariées et les toujours célibataires : les secondes devenant soudainement méprisables au regard des premières. Certaines femmes mariées – je ne dis pas toutes et je me soigne pour ne jamais faire partie du lot !!! – font alors table rase du passé :
- Cesser de fréquenter ses anciens amis, ils pourraient vous rappeler votre jeunesse, voire même vous faire chanter.
- Faire copine copine avec la femme du dentiste, celle du notaire et celle du généraliste. Il est extrêmement important d’être amie avec elles, ça pourra toujours servir à Monsieur. Et puis, on en rêve depuis qu’on est petite.
- Oublier les ex dont on a honte.
- Oublier les beuveries d’étudiante : on boit une demi coupette du bout des lèvres quand on est invité ; par politesse. Manquerait plus que la femme du notaire du trou du cul du monde où vous vivez dorénavant se rende compte que vous êtes pompette : vous ne seriez plus invitée nulle part.
- Donner ses vêtements branchés de jeune célibataire à Emmaüs et veiller à ce que tout le monde l’apprenne : ça ne coûte rien et une bonne action est toujours bien vue. En plus, ça débarasse.
- Ensuite, s’habiller comme maman : veste Barbour, serre-tête en velours, jupe écossaise en dessous du genou, mocassins bleu marine, collier de perles et carré Hermès.
- Se proposer pour donner les cours de catéchisme le mardi soir après l’école : cela permet d’avoir sa place réservée sur les bancs de l’église le dimanche matin.
- Renouer avec ses copines de l’école Notre-Dame des Blanches Colombes.
- Cesser d’aimer la position de la levrette et se contenter d’un missionnaire rapide le samedi soir. Monsieur s’y habituera rapidement.
- Oublier le jour où l’on s’est faite sauter dans les toilettes lors du Rallye Machin Chose ; ça fait toujours désordre.
- Faire au minimum quatre enfants et, par conséquent, acheter un Renault Espace. Quand on est fauché, se rabattre sur un Kangoo.
- Investir dans l’immobilier : la demeure bourgeoise – même avec une toiture qui fuit de partout – s’impose avec le chien-chien et la femme de ménage qui vont avec.
Dorénavant, vous êtes une femme mariée RESPECTABLE ! Vous faites maintenant partie des notables du coin, vous avez une belle maison et quatre beaux enfants, votre mari a une bonne situation – cela vous aura servi de faire toutes les soirées des Grandes Ecoles : votre maman peut être fière de vous ! – il vous touche deux fois par mois. Bref, c’est le bonheur ! Et maintenant que la femme du dentiste est votre meilleure amie, vous allez enfin être invitée aux partouzes organisées par son mari, en compagnie du notaire, du toubib et même du sénateur-maire : la consécration !
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28.04.2010
FAMILLE, JE VOUS AIME.
Certains disent « je t’aime » à tout bout de champ. Je n’en suis pas. Je fais partie de ces gens qui, à la mort de leurs parents, regretteront de ne pas le leur avoir dit, ne serait-ce qu’une fois. Est-ce de la froideur ? Plutôt de la pudeur. L’écrire est déjà plus facile, surtout pour moi qui manie avec plus de facilité la plume que la parole. Je me dis que peut-être, un jour, ils liront ce texte et comprendront à quel point je les aime. Et en même temps, j’ai peur : encore cette foutue pudeur.
Lui est le seul homme à qui j’ai dit « je t’aime » et encore, puis-je compter sur les doigts de la main les fois où je l’ai fait. Lui-même ne me le dit pas souvent mais cela ne me gêne aucunement, ses regards et ses gestes sont autant de déclarations d’amour. Banaliser les « je t’aime » reviendrait pour moi à les transformer en « j’adore ». Ce « j’adore » qu’on emploie à tout propos et qui signifie actuellement : « cette chose me plait, je la veux, je l’achète, je la possède ». Mais je n’oublie pas pour autant les « j’adore quand tu te coiffes comme ça » ou encore « j’adore ta petite moue quand tu n’es pas content », toutes ces phrases qui donnent du sens à la vie de couple. Cependant, ce ne sont que des petits plus à un grand « je t’aime » pesé et mûrement réfléchi. La sobriété et la simplicité d’un « je t’aime » lui confèrent une certaine sacralisation. On n’est plus dans la consommation de masse ni dans la parole touchante et complice. On donne, on s’efface même et ainsi, l’on divinise l’objet de notre amour. Pas de méprise, on ne s’avilit pas en portant l’être aimé aux nues, simplement on le rend et on le sait digne de notre amour ; notre amour vaut bien ça lui qui n’a jamais été si fort. Voilà pourquoi je préfère utiliser ces trois mots avec parcimonie, ils n’en auront que plus de valeur.
Finalement, c’est avec mes enfants que je suis la moins avare de « je t’aime » et je me contredis effrontément avec tout ce que j’ai écrit précédemment. Avec eux, j’abandonne la pudeur que connaissent mes relations avec mes parents. A mes enfants je dis tous les jours « je vous aime », je veux qu’ils grandissent bien. Parfois, ils s’arrêtent dans leurs jeux, le plus grand me répond : « moi aussi Maman je t’aime », le plus petit blottit sa tête dans mes jambes à défaut de pouvoir l’exprimer oralement. Nous nous étreignons.
Je me souviendrai de ces étreintes quand je serai vieille et que mes fils auront à leur tour perdu cette spontanéité à me dire leur amour. Je les regarderai couvrir leur femme du regard et dire à leurs enfants : « Papa t’aime très fort mon ange. »
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23.04.2010
C'EST PAS JOLI JOLI.
Monsieur et Madame habitent dans le XVIème arrondissement de Paris. Le couple pèse vingt-huit millions d’euros. Lui est patron d’une grande entreprise et négocie ses contrats directement avec les chefs d’états. Il est bien sûr très pris par son travail et voyage aux quatre coins du monde. Elle ne travaille pas. Quand elle est à Paris, elle passe ses journées chez le coiffeur Alexandre Zouari ou au salon Guerlain, fait du shopping rue du Faubourg Saint-Honoré ou avenue Montaigne et se fait photographier par les journalistes mondains du Figaro dans toutes les soirées parisiennes. Monsieur et Madame se croisent à l’occasion de dîners d’affaires qu’elle organise pour son époux, lors de soirées caritatives à l’Hôtel Crillon ou encore à l’Opéra où ils sont invités à toutes les premières puisque l’entreprise de Monsieur fait partie des plus grands mécènes de la vénérable maison.
Depuis longtemps, Monsieur et Madame font lits séparés : depuis la naissance de leur fils unique en fait. Le divorce n’est pas envisageable : Madame est l’héritière de l’entreprise que dirige son mari. On appelle cela un mariage de raison : elle apporte l’entreprise de papa en dot, lui, son savoir-faire. Et tout le monde est content. L’amour, me direz-vous ? Mais l’amour n’entre pas en ligne de compte quand on pèse vingt-huit millions d’euros. Pourtant, quelqu’un en a fait les frais.
Le fils, unique héritier, se sent bien seul entre un père trop pris par sa carrière et une mère dont l’instinct maternel s’est limité à payer une fortune une nurse pour l’élever. L’enfant a mangé seul dans la vaste cuisine high-tech, a joué seul dans les trois-cent-cinquante mètres carré avenue Foch. A l’adolescence, ses parents lui ont offert un mois de vacances aux States, seul encore. Là-bas, il a découvert la drogue qu’il a continué à prendre une fois rentré à Paris : pas très difficile de s’en procurer dans les boîtes à bac du XVIème arrondissement. Dans les établissements de nuit du VIIIème, il hésite l’air blasé entre une bouteille de Cristal Roederer ou un magnum de Dom Pérignon, se rend aux toilettes accompagné de deux ou trois copains et en ressort le nez plein de poudre. Mais Papa et Maman ne remarquent pas la descente aux enfers de leur rejeton, bien trop occupés.
Pendant ce temps, Monsieur continue ses voyages à travers le monde. Parfois, au retour de l’aéroport, il passe boulevard Ney et se tape un travesti nord-africain séropositif : après le stress des négociations commerciales, la montée d’adrénaline procurée par des rapports non protégés avec la lie de la société l’excite au plus haut point. Quant à Madame, elle se partage entre ses obligations mondaines parisiennes, son nouveau pied-à-terre new-yorkais et ses escort boys qu’elle embauche de plus en plus souvent pour combler sa solitude.
Fiston grandit. Il échoue lamentablement au baccalauréat mais poursuit sa plongée dans les profondeurs des stupéfiants. Même ses parents se sont rendu compte de sa dépendance. Papa lui offre cure de désintoxication sur cure de désintoxication, mais rien n’y fait. A trente ans, seul une fois de plus, il s’endort doucement devant sa télé pour ne jamais se réveiller.
Monsieur est contraint de décaler un rendez-vous très important pour assister à l’enterrement. Madame achète une robe noire chez Chanel et va chez le coiffeur pour être présentable à l’église. Ils disent : « depuis le temps qu’on s’y attendait ! » sans verser la moindre larme. Pour la première fois de sa courte vie, l’enfant n’est pas seul.
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03.04.2008
LA FRANCE, FILLE AINEE DE L'EGLISE.
Monsieur et Madame de Montenac quittent leur appartement familial gracieusement prêté par le Ministère des Armées, avenue Duquesne. Mais je devrais dire Général car Monsieur a fait Saint-Cyr puis toute sa carrière dans l’Armée de Terre, comme l’avaient fait son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui. En fin de carrière, il a été muté à l’Ecole Militaire voisine en remerciement des bons services rendus à la Patrie. De ses nombreuses missions à l’étranger, il garde quelques photos, des souvenirs, des amitiés viriles indestructibles et des médailles qu’il arbore fièrement au revers de son uniforme les jours de cérémonie aux Invalides. Avant, les missions duraient trois ans, on emmenait toute la famille en Afrique ou en Guyane, on avait des boys qui se chargeaient des repas et de l’amidonnage des uniformes blancs de rigueur dans les pays chauds. C’était le temps béni des colonies. Alors que maintenant, les militaires partent seuls quelques mois en entraînement au CEFE - Centre d’entraînement à la forêt équatoriale - pendant que Madame reste avec les enfants en métropole.
Mais il est temps d’aller à la messe. Ils pourraient très bien se rendre à Saint-François-Xavier, toute proche mais ils préfèrent la rigueur de Saint-Nicolas du Chardonnet, dans le Vème arrondissement. Certes, c’est plus loin mais aujourd’hui, la famille n’étant pas au grand complet, ils pourront s’y rendre en voiture. L’aîné, qui a brillamment réussi le concours d’entrée à Saint-Cyr, suit déjà les traces de son père. Le week-end, il reste à Rennes avec quelques amis avant de rejoindre l’école de Coetquidan le lundi. Les trois garçons suivants se préparent à faire de même : ils sont internes au Prytanée national militaire de La Flêche. A Paris, il ne reste donc que quatre filles sur cinq - l’aînée, Jeanne-Gabrielle est entrée dans les ordres il y a déjà deux ans de cela - et le petit dernier, encore trop jeune pour être envoyé à l’internat. Le Renault Espace peut démarrer. Ce soir, ils ne rencontrent même pas de difficulté pour se garer dans le quartier, les gauchistes ayant déserté la Mutualité ce week-end.
Sur le parvis de l’église, les enfants retrouvent leurs amis. Les garçons ont les cheveux rasés sur les tempes et en forme de petit steak sur le haut du crâne. Ils portent un chino beige, une chemise en vichy bleu ciel aux manches roulottées, des mocassins Weston sur des chaussettes en jacquard Burlington et une veste Barbour. Les filles semblent s’être également arrêtées aux années quatre vingt avec leur chemisier au col relevé qui retient un carré Hermès, leur jupe bleu marine droite ou carrément plissée, leurs mocassins plats toujours bleu marine et leur duffle-coat sans âge qui a appartenu aux sœurs aînées. Les plus petits sont en total look Cyrillus avec knickers en velours côtelé ou robe à smocks en flanelle rose pâle. Le Général et Madame saluent des connaissances puis entrent dans l’église suivis de leurs enfants, les grands tenant la main des plus petits.
La messe, en latin, débute. Les fidèles sont pleins de ferveur. Certains s’allongent face contre terre. Tous chantent, même les plus petits qui connaissent comme les grands toutes les paroles sur le bout des doigts. Tous vont communier et prient pour le salut de Monseigneur Lefèbvre, excommunié par Rome en 1988 et décédé en 1991. A y regarder de plus près, certains semblent être entrés en transe. Puis, la messe prend fin. La foule sort exsangue de s’être tant donnée à Dieu.
Sur le parvis, des petits groupes se forment. Certains évoquent cette messe magnifique. Les parents discutent entre eux des dernières bulles de sa Sainteté. Les enfants prévoient une retraite au Monastère de Prouilhe ou un pèlerinage à Notre Dame de la Salette cet hiver, avant de filer dans l’appartement d’un des leurs. Chaque samedi soir, une fête est organisée par les parents à tour de rôle. Les enfants y rencontrent ainsi leurs futurs époux et épouses. C’est comme ça que Yolaine de Montenac, la deuxième fille du Général, a fait la connaissance de Charles-Gustave de Clévy, cinquième fils d’un Amiral à la retraite. Les fiançailles auront lieu dans quelques semaines, juste avant que le futur marié, médecin militaire, ne parte en mission au Kosovo pour six mois. A son retour, les jeunes gens se marieront. Le frère cadet du Général, le Père de Montenac, unira sa nièce au jeune militaire en son église. Le nouveau couple n’aura pas le temps de partir en voyage de noces, une nouvelle mission est d’ores et déjà prévue. Ils ne passeront que quatre jours ensembles mais cela suffira pour que la toute nouvelle Madame de Clévy tombe enceinte. La future maman passera les neufs mois de sa grossesse chez sa mère et accouchera chez les sœurs, sans son époux retenu en Afghanistan. Le Papa fera connaissance avec son fils trois mois plus tard, lors d’un bref séjour en France. Yolaine tombera à nouveau enceinte, juste avant que son époux ne soit rappelé sous les drapeaux. Ils auront ainsi cinq enfants en six ans. Et tous suivront à leur tour le même parcours que leurs parents : camps Scout, La Flêche ou Notre-Dame des Oiseaux, le mariage pour les filles, la carrière militaire pour les garçons, les Ordres pour certains d’entre eux.
Le Général de Montenac, au crépuscule de sa vie, posera pour la postérité dans son uniforme impeccable au milieu de ses trente sept petits enfants. Il partira fier d’avoir mené à bien sa mission, d’avoir donné à la France et à l’Eglise des serviteurs zélés et droits dans leurs bottes. Ses fils, ses petits-fils et ses gendres formeront une haie d’honneur de leurs sabres au passage de son cercueil sur le parvis de cette église ou il a tant et tant prié pour les siens.
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03.02.2008
BOBOLAND.
Vous, touristes et provinciaux, de Paris vous connaissez les Champs-Elysées, l’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel, le Panthéon, Beaubourg, Pigalle ou encore les Invalides ou bien l’Opéra. Mais, vous êtes-vous promenés une seule fois dans le XIème arrondissement ? Peut-être y êtes-vous passés en métro afin d’aller admirer les tombes du Père Lachaise dans le XXème arrondissement voisin. Mais je serais prête à parier que vous ne vous y êtes jamais attardé. Et pourtant !
XIème arrondissement, centre du monde ! Ici, vous êtes à Boboland, le paradis du Bobo, THE Bobo’s place to be.
Monsieur et Madame Bobo sont enfin les heureux propriétaires d’un loft de 130 m2 situé à l’angle de la rue Saint Maur et de la rue de la Fontaine du Roi. Un lieu stratégique puisque situé à égale distance d’Oberkampf, du Canal Saint-Martin, de Belleville et de Ménilmontant. Quand on vous dit centre du monde !
Monsieur et Madame Bobo adoooorent. Et puis, ils tiennent absolument à ce que leurs deux enfants Lucien et Lola apprennent à vivre avec d’autres enfants qui ne proviennent pas du même milieu social qu’eux. Pour cela, le quartier est parfait : bigarré, chamarré et chatoyant… Le marché sur le boulevard Richard Lenoir en est l’exemple parfait avec ses étals chargés de produits en provenance directe d’Afrique Noire et du Maghreb, sans oublier les marchandises issues du commerce équitable, le must ! On peut ainsi apprendre aux enfants à s’ouvrir à de nouvelles cultures, à se mélanger. Mais pas trop quand même, alors pour l’école, ce sera le privé, faudrait pas pousser le bouchon trop loin non plus.
Mais revenons au loft. Monsieur et Madame Bobo l’ont acheté il y a trois mois : ils ont eu un véritable coup de cœur un dimanche matin ensoleillé de juin ; le propriétaire refusait de leur faire visiter un jour de pluie. Et oui, qui dit loft dans le XIème, dit ancienne usine, dit rez-de-chaussée, dit faible luminosité par temps gris. Certes, c’est sombre, mais ils l’adorent parce que c’est un ancien atelier ou des ouvriers ont travaillé durement sous le joug capitaliste. Ça sent la graisse, la sueur, on entendrait presque encore la gouaille est-parisienne des anciens ouvriers…
Après s’être endettés jusqu’à plus de soixante dix ans, Monsieur et Madame Bobo ont enfin emménagé. Ils ont ainsi pu laisser libre cours à leur imagination débordante pour aménager leur loft. Ils ont déniché des petites merveilles mobilières chez Emmaüs, les ont retapées et ont dispatché tout ce capharnaüm dans leurs 130 m² en béton teinté gris. Sur les poutrelles métalliques, ils ont disposé des guirlandes Tsé Tsé. Dans les espaces enfants - on ne parle pas de chambre ici, c’est un open space - ils ont tagué les murs afin d’aider Lucien et Lola à développer leur sens créatif. L’ambiance du loft est un peu glacée dans cet amas de béton et d’alu, mais la musique de Bénabar et de Camille réchauffe les cœurs.
Car la musique, Monsieur et Madame Bobo adorent ça. Ils vont pratiquement une fois par semaine à la Caserne Ephémère quai de Valmy, au bord du Canal Saint-Martin, assister à des concerts. Parfois, ils y mangent quand ils ne dînent pas à l’Alimentation Générale, rue Oberkampf. Et lorsqu’ils donnent rendez-vous à leurs clients, c’est au Café Charbon (rue Oberkampf), tellement authentique.
Tous deux sont graphistes. Leur atelier est une ancienne imprimerie située au fond d’une impasse, toujours dans le XIème arrondissement. Le vrai Bobo dort dans le XIème, le vrai Bobo travaille dans le XIème. Et puis bosser à proximité du loft a ses avantages : on peut y aller en vélo, c’est tellement pratique. Mais attention, surtout pas en Vélib, c’est pour les Bobof ! Cela fait déjà cinq ans que Monsieur et Madame pédalent, ils n’ont pas attendu les Vélib. Eux faisaient parti dès le début du complot cyclo-socialiste.
Car Monsieur et Madame Bobo ne suivent pas la mode, ils font leur mode.
Quand vous les croisez dans la rue, ils donnent l’impression d’avoir acheté l’intégralité de leur garde-robe chez Guerisold, avenue de Clichy dans le XVIIIème. Elle: sous-pull 70’s, robe baby-doll avec imprimé style tablier de Mamie en tergal, leggings oranges, salomés marrons et grosses lunettes jaune canari. Lui: un mélange de Star-Trek et de Starsky et Hutch, une coupe de cheveux à la Beatles. Mais ne vous y trompez pas, Monsieur et Madame passent un temps fou à travailler leur look Bobo et ont leurs habitudes côté shopping. Leurs vêtements, ils vont les chercher à Londres aux puces de Portobello ou bien à Berlin quand Madame va rendre visite à sa copine graphiste exilée suite à son coup de foudre pour un graphiste allemand. Elle adore le côté underground de la capitale allemande.
A ce propos, ce soir, Monsieur et Madame Bobo se rendent sur la rive gauche, pas dans les trop conservateurs Vème, VIème ou VIIème arrondissements, mais dans le XIIIème. Dans le tout nouveau quartier de la Bibliothèque François Mitterrand, des tas de galeries d’art contemporain se sont ouvertes et un collectif berlinois expose ses oeuvres chez une copine, ancienne graphiste devenue galeriste, ils en ont même parlé dans Technikart !
Alors Monsieur et Madame se pâment devant les sculptures exposées, boivent un verre avec quelques graphistes de leur connaissance, trinquent au son d’un underground Prosit à la santé du collectif puis rentrent cahin-caha en vélo jusqu’à leur loft, nid douillet de béton et d’acier, au cœur du Boboparadize. Ils se couchent dans leur confortable futon posé à même le sol. Une à une les lanternes Tsé Tsé s’éteignent, cédant la place à la nuit et au rêve. Si vous êtes un Bobo, tendez l’oreille, vous entendrez sûrement le doux bruit des ouvriers qui hantent les lieux. Les autres ? Vous aurez froid, il gèle dans ces lofts.
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