04.03.2009

DANS LES PREMIERES FOIS, CE QUE JE PREFERE, CE SONT LES SECONDES.

(Article sur le thème "la première fois", pour le magazine Ladies Room.)

imagesCAJ219DJ.jpg-   Bonjour, Elsa. Vous êtes bien installée dans le divan ? On peut commencer la séance?

-Allons-y docteur !

-Bien, parlez-moi de votre première fois ?

-Ma première fois ?

-Oui. Qu’est-ce-qui vous passe par la tête quand je dis première fois ?

-Quand vous dites première fois, je pense au vélo.

-Comment cela ? Développez s’il vous plait. Votre point de vue m’intéresse, en vingt cinq ans de consultation, je n’ai jamais entendu réponse si saugrenue. Je vous écoute.

-Prenons la première fois où j’ai fait du vélo, docteur. Mon père tient le vélo et m’aide à avancer. Puis il effectue une légère poussée et me voilà qui avance toute seule. J’entends derrière moi mon père crier : « C’est bien, Elsa, tu avances toute seule. Continue tout droit, tu vas y arriver. » Fière de moi, je me retourne et boum ! Je tombe, forcément. Après cela, je ne voulais pas tenter à nouveau l’expérience – quand on se casse la gueule une fois, on n’a pas forcément envie de remettre le couvert - mais mon père a insisté - et il a eu raison d’ailleurs – si bien que deux jours plus tard, j’enfourchai mon vélo. La deuxième fois fut la bonne. Je savais enfin faire du vélo.

Après, il y a eu la première fois où j’ai embrassé un garçon. A quatorze ans, on se dit qu’il faut se lancer, qu’il va être temps d’embrasser un garçon avec la langue. Surtout si, comme moi, on a commis l’erreur de dire qu’on l’avait déjà fait mais qu’au bout de six mois aucun élève de la classe ne vous a vue en pleine action : les copains commencent à douter de la véracité de vos propos et vous mettent la pression ; alors si on veut cesser d’être la cible de leurs sarcasmes, il n’y a qu’une solution : prendre son courage à deux mains, dégotter un volontaire et l’embrasser lors d’une boum. Je n’avais pas choisi le bon garçon : il a enfoncé une langue énorme –tellement énorme que je l’ai surnommé langue de bœuf – j’ai failli mourir asphyxiée et ce taurillon me bava copieusement dessus. Vous parlez d’une réussite pour une première fois.

Mais finalement, lors d’une première fois, on n’a pas de repère, on n'a rien pour comparer, alors on se dit que ce doit être comme ça, un point c’est tout. Ma première expérience de bouche à bouche a finalement été aussi concluante que ma première fois à bicyclette : la claque. J’ai attendu un bon bout de temps avant d’embrasser à nouveau un garçon. Et, comme pour le vélo, c’est la deuxième fois qui s’est révélée agréable. Le numéro deux était tout le contraire du numéro un, j’aurais pu rester collée à ses lèvres pendant des heures. J’y ai pris goût, c’est le cas de le dire. Ce fût une révélation : ma véritable première fois en matière de baiser.

J’ai grandi et ne me suis plus contentée de flirter. J’avais un amoureux du même âge et tout aussi inexpérimenté que moi. C’est bien joli tout ça, mais on fait comment la première fois quand ni l’un ni l’autre ne sait s’y prendre ? Bah, on a improvisé. Ce n’était ni bien, ni nul, c’était un premier pas, un balbutiement. Absolument pas traumatisant, fort heureusement, pas l’extase bien sûr. Et ce que j’en garde, c’est un souvenir amusé et tendre : deux adolescents qui ont fait du mieux qu’ils pouvaient, le genre d’expérience qu’on souhaite à sa fille de connaitre le jour où elle décidera elle aussi de perdre sa virginité. Juste un joli amour de jeunesse.


Le corps lui ne garde pas souvenir des ces sensations, quelles sensations d’ailleurs ?
Des caresses maladroites, des gestes empruntés, des baisers timides. Rien qui enflamme, qui donne le vertige, qui irradie depuis votre nuque jusqu’au bas de votre colonne vertébrale. Pour cela, il faudra bien souvent attendre une seconde fois.

L’expérience nous fait toujours défaut mais pas à lui, en qui on a confiance. Il nous guide et l’on s’abandonne. On est surprise par ses caresses audacieuses qui nous font découvrir notre propre corps mais on lui demande de continuer car on connait enfin la jouissance : on ressent le plaisir pour la première fois. Dorénavant, notre corps ne pourra plus vivre sans. Notre nuque réclamera désormais d’être embrassée, nos seins attendront d’être pressés, notre corps tout entier voudra être possédé. C’est cette première fois là qui nous fera aimer l’amour. Quand je vous dis que la seconde est la bonne !

Et puis l’amour, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.

-Parfait, votre séance s’est bien passée, Elsa. Nous avons à nouveau rendez-vous la semaine prochaine. Je vous raccompagne à votre voiture ?

-Merci Docteur, ce n’est pas la peine, je suis venue à vélo.

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23.02.2009

DE LA REUSSITE DES FEMMES.

Interview réalisée à la demande du magazine Ladies Room.

images.jpgVendredi 2 février, 9h. Place Victor Hugo. Paris XVI ème arrondissement.

Rendez-vous est pris avec la psychologue clinicienne et psychanaliste Monique de Kermadec, qui travaille avec des adultes à fort potentiel. Le thème de notre entretien est la réussite des femmes dans la société française. Monique de Kermadec termine d’ailleurs l’écriture de l’ouvrage « Réussir en France aujourd’hui », en collaboration avec Dominique Rizet, grand reporter.

L’entretien va durer deux heures : deux heures tout à fait passionnantes, deux heures pendant lesquelles alterneront questions, conseils, mais aussi anecdotes illustrant notre propos et les expériences de chacun des intervenants.

Dans un premier temps, nous tenterons de définir la réussite, notion ô combien subjective. Dans un second temps, nous évoquerons la réussite de la femme au sein de la société française, comment elle peut se donner les moyens de réussir sa vie. Enfin, nous tenterons de donner quelques conseils aux mères afin qu’elles puissent aider leurs enfants à réussir.

Tentons tout d’abord de définir cette notion de réussite.

La notion de réussite est tout à fait subjective. La société actuelle a une conception de la réussite qui est très matérialiste : celui qui a réussi a fait fortune. Cependant, tous les individus n’ont pas cette même appréhension de la réussite. Monique de Kermadec le dit bien : « Il y a autant de définitions de la réussite qu’il y a d’individus ». Telle personne estimera qu’elle aura réussi parce qu’elle sera parvenue à augmenter le chiffre d’affaire de la société qui l’emploie. Telle autre aura une vision de la réussite plus spirituelle : « j’ai réussi ma vie car j’aide autrui » ou encore, « je ne peux envisager une vie réussie sans la pratique d’un instrument de musique ». Un quatrième individu aura besoin de partager son temps de manière équitable entre son travail et ses enfants.

On le voit bien chaque personne a finalement un besoin fondamental de donner du sens à sa vie. Donner du sens à sa vie, c’est laisser une trace, si petite soit-elle, de son passage sur terre ; l’homme doit pouvoir se dire « ma présence a apporté un petit quelque chose », « j’ai été utile. »

Ce sentiment d’avoir réussi sa vie peut se ressentir à tout âge. Il n’est pas rare qu’à la retraite on se réalise enfin. Les seniors ont du temps, du temps pour faire ce dont ils ont toujours rêvé, du temps pour s’accomplir, du temps pour finalement réussir. On ne confond plus vieillesse et retraite. Le retraité reste actif. La retraite est devenue une « nouvelle vie » qu’on s’efforce de réussir au même titre que le reste de notre vie.

 

Étudions maintenant la réussite de la femme au sein de la société française et les atouts dont la femme dispose pour accéder à cette réussite.

Les femmes veulent réussir que ce soit leur vie professionnelle ou leur vie familiale. Mais ne nous méprenons pas : il n’y a pas deux réussites ! La vie est un tout. Pas facile alors de tout gérer : le travail, le couple, les enfants. Dès leur plus jeune âge, on serine aux femmes qu’elles doivent être parfaites : des petites filles sages, sérieuses, posées et travailleuses à l’école, des mères douces, attentionnées et disponibles, des épouses aimantes. C’est une attitude très culpabilisante pour les femmes si bien qu’il est extrêmement difficile, une fois à l’âge adulte, d’accepter cette donnée pourtant fondamentale « je ne suis pas parfaite ». Nous ne sommes pas parfaites, et alors ? Notre vie sera-t-elle moins réussie à cause de cette imperfection ? Bien au contraire : cette constatation est d’ailleurs nécessaire à notre épanouissement. Cessons de culpabiliser !

Et malgré cette imperfection, nous avons bien des outils à notre disposition pour nous aider à réussir notre vie. De fait, les femmes s’ouvrent davantage que les hommes par la parole, ce qui est un atout considérable : la femme peut ainsi rechercher une aide, sortir de sa solitude, consulter. Monique de Kermadec prône les échanges intergénérationnels : on apprend énormément des autres générations ; dialoguer avec ses grands-parents, ses parents, est extrêmement enrichissant. Faire partie de réseaux est aussi un atout indéniable. Bénéficier d’un réseau familial (famille dans le Who’s who ou le Bottin Mondain) est un facteur de « chance » ; il en est de même si l’on a des amis biens placés ou des connaissances qui ont réussi. Ce maillage relationnel tient une part de plus en plus importante dans la réussite.

Le couple aussi est une aide, à condition de bien choisir son conjoint : la psychologue insiste particulièrement sur ce point. La passion n’a qu’un temps. Il faut choisir son conjoint en fonction de son choix de vie. L’homme et la femme doivent pouvoir compter l’un sur l’autre, se soutenir. Il faut qu’au sein du couple il y ait de la place pour réussir pour tous les deux : mais attention, la réussite est individuelle ! Pour illustrer ce propos, prenons l’exemple du couple Isabel Marant – Jérôme Dreyfus : chacun a réussi de son côté puisque chacun a sa propre maison de couture. Au contraire, la femme de Christian Lacroix, qui travaille avec son époux, s’est mise au service de la réussite de son mari.

Mais dans tous les cas, la femme est libre de sa décision. Si le mari se transforme en dictateur, la femme peut choisir de partir, ou non. Cela induit bien sûr l’autonomie financière de la femme. Cette autonomie financière est l’une des clefs de la réussite : la femme doit pouvoir s’assumer, être autonome. Celui qui a le pouvoir est celui qui apporte l’argent. Mais qui dit pouvoir ne dit pas obligation de se transformer en homme. Défendons nos avantages durement acquis par nos mères et nos grands-mères, certes, mais sans renier notre féminité, nous n’en serons que plus respectées, et ce, même lorsque nous travaillons dans un milieu très masculin. La fermeté n’exclut pas la féminité.

Maintenant que nous avons énuméré quelques unes des cartes dont dispose la femme pour réussir sa vie, tentons de donner aux mères quelques conseils afin qu’elles puissent aider leurs propres enfants à réussir à leur tour.

Avant toute chose, il est utile de rappeler qu’à notre époque encore, les garçons sont davantage poussés que les filles. Les parents espèrent toujours donner naissance à des garçons : le nom de famille se trouve ainsi pérennisé. De plus, les parents ont toujours plus d’ambition pour leur fils. Cette préférence inconsciente a été révélée par une enquête française menée en 1992 (1) : après vingt ans, les dépenses consacrées à la scolarité des garçons dépassent de 20 % celles des filles. Monique de Kermadec constate également cette différence puisqu’elle reçoit, lors de ses consultations pour enfants précoces, environ 80 % de garçons contre 20 % de filles : les parents se font davantage de soucis pour leurs fils. La phrase « elle pourra toujours faire un beau mariage » n’est hélas peut-être pas si caricaturale. Au vu de ces chiffres, un conseil aux parents s’impose : élevez vos filles comme vos fils !

L’autre conseil qu’on peut donner aux parents est de laisser l’enfant chercher, tâtonner. Mais s’il échoue, me direz-vous ? Qui n’a pas échoué un jour ? L’échec est constructif, il permet d’apprendre à rebondir. Il ne faut pas mâcher tout le travail à ses enfants, il faut se contenter de les accompagner, rester à leur côté, les aider à développer leur résistance à la difficulté. Il faut qu’ils aient confiance en eux, en leurs possibilités, en leur créativité.

Finalement, le rôle des parents est de rendre leurs enfants autonomes et aptes à affronter les aléas de la vie.

Donnons donc à nos enfants et à nous même les moyens de réussir notre vie. Ayons confiance en nos capacités à bâtir notre rêve. C’est le gage d’une vie réussie.

Cependant, je ne peux m’empêcher de m’interroger : même si les choix que nous faisons sont parfois payants, « les fractures sociales renforcées par les fractures territoriales, ainsi que le dit le sociologue Eric Maurin (2), verrouillent l’avenir des individus et les assignent à des destins sociaux écrits d’avance.»Quelle part tiennent alors nos décisions dans notre réussite ? Sommes-nous tous libres de réussir ?

A lire :

(1)   C.Barnet-Verzat et F-C. Woeff : « Choix d’éducation et composition par sexe de la fratrie » Cahier de recherche n° 2002-11, Laboratoire d’économie de Nantes, 2002.

(2)    Eric Maurin : « Le ghetto français : enquête sur le séparatisme social », le Seuil, 2004.

Jean-François Amadieu : « Les clés du destin ; école, amour, carrière » Odile Jacob, 2006.

29.10.2008

FEMMES, JE VOUS AIME ?

images.jpgBonjour,

Je me présente : Lui, le mari d’Elsa.

Certes, Elsa est belle, intelligente, spirituelle, drôle… les qualificatifs me manquent tant Elsa est parfaite - Mouais !!! Mais, car forcément, il y a un mais, Elsa est une femme. Et c’est là que le bât blesse, car une femme :

1. Ca glousse. J’entends déjà les commentaires des moins bimbos d’entre vous me dire : “moi, je ne glousse pas !” Détrompez-vous, vous gloussez comme les autres. En fait, vous ne gloussez peut-être pas pour les mêmes raisons : la bimbo glousse parce qu’un pseudo rital l’a complimentée sur ses protubérances mammaires savamment mises en valeur par un tee-shirt taille 4 ans, l’intello glousse parce que son collègue a fait une blague foireuse sur la théorie de la relativité. Je vous l’accorde, la bimbo glousse peut être un tout petit peu plus fort.

2. En même temps que vous gloussez, vous agitez vos doigts juste à hauteur de votre menton comme si vous vous éventiez, tout en soufflant délicatement : la blague est tellement drôle que vous en avez le souffle coupé. Pour une fois, rétablissons la vérité : vous n’avez strictement rien compris à cette p***** de blague ! et essayez seulement de vous donner une contenance.

Nous, les hommes, sommes assis les jambes écartées, le buste légèrement en avant, et nous tapons la cuisse généreusement : “elle est bonne, elle est bonne !” - la blague, pas la bimbo. Enfin la bimbo aussi : “Tu vas voir ce que tu vas prendre ce soir, ma cochonne !”

3. Vous êtes indisposées. Entre les trois jours de déprime prémenstruelle, les quatre jours de règles pendant lesquels vous êtes à prendre par des pincettes et la période d’ovulation qui vous met les ovaires à l’envers, il ne reste plus beaucoup de jours dans le mois pendant lesquels vous êtes opérationnelles : vous n’êtes finalement pas chi**** pendant … oh … trois jours tout au plus ; le reste du temps c’est Auberge du Cul Tourné.

4. Vous passez votre vie aux toilettes : “J’ai envie de faire pipi ! C’est normal, il fait un froid de canard.” “J’ai envie de faire pipi ! C’est normal, je sors de la piscine.” “J’ai envie de faire pipi ! C’est normal, je vais avoir mes règles aujourd’hui.” “J’ai envie de faire pipi ! C’est normal, je suis enceinte de deux jours : le poids du bébé !”

Nous, les hommes, lorsque nous nous retrouvons pour un week end à la campagne, nous nous alignons au fond du jardin pour faire un pipi collectif : “On n’est pas bien là, hein ?” - … pour bander, il faudra quand même attendre le retour à la maison, ces dames s’étant bien gardées de venir passer le week end loin des boutiques parisiennes. Et puis, il faut bien le reconnaitre, l’alcool, ce n’est pas bon pour ça.

5. Vous passez des heures dans les magasins pour finalement dégotter une affaire qui nous - oui, parce qu’en plus, c’est à nous les hommes de payer vos expérimentations vestimentaires - a coûté les yeux de la tête et que vous ne porterez jamais. “D’habitude, ce que j’achète me va toujours comme un gant. Mais là …” S’il vous plait, cessez de trouver des excuses bidons à vos pulsions de modasse : vous avez l’air d’un sac dans ce truc à manches, un point c’est tout !

Nous les hommes, détestons faire les magasins et préférons vous envoyer faire nos courses à notre place. Et quand vous nous montrez notre nouvelle tenue, nous vous remercions par un : “Ca, j’aurais pu le trouver tout seul !” Ne prenez pas cet air outré, cela vous plait qu’on vous parle de la sorte. La preuve, deux mois après vous y retournez.

6. Votre conscience maternelle n’est pas aussi développée que vous le prétendez : vous n’entendez pratiquement jamais nos enfants pleurer la nuit. Résultat, c’est à nous, les Papas, que revient la pénible tâche de se lever pour aller consoler ces enfants - dont nous ne voulions pas au départ, mais vous nous avez tellement forcé la main qu’on a fini par céder. Pendant ce temps là, vous vous vautrez dans notre lit king size, piquez la couette et râlez si un peu de lumière filtre dans la chambre. Et après on parle de fusion mère-enfant ! Mais je vois bien, moi, qu’Elsa ne fusionne qu’avec son lit ! Pfff. D’ailleurs, je me souviens qu’une nuit, je lui avais dit : “si tu pouvais me demander de les allaiter, tu le ferais !!!”

Finalement, vous fabriquez les enfants pendant 9 mois et les dix-huit années suivantes vous nous dites : “Hé oh, j’ai fait le plus dur, hein. Accoucher n’est pas une partie de plaisir. Maintenant, c’est à ton tour !”

7. Elsa est la reine des emmerdeuses.

Je pourrais continuer longtemps comme ça, tant Elsa et, à travers elle, toutes les femmes, sont pénibles. Mais si je commence à retrouver toute ma lucidité, nul doute que je vais demander le divorce. Or, à bien y réfléchir, c’est ce qui pourrait m’arriver de pire, car Elsa, à part ses défauts, elle est parfaite !

 

 

23.10.2008

PAS FACILE D'ETRE AU POIL.

images.jpgAujourd’hui, j’ai choisi de vous parler des poils. Non, je ne me mets pas à poil !

Quand je dis poil, je veux parler épilation. « Aïe ! » Oui, rien que d’en parler nous arrache un cri de douleur. Et puis, juste après, on lâche cette phrase de circonstance : « Quelle barbe ! » Car l’épilation prend du temps, revient toujours trop tôt, en plus cela coûte la peau des fesses -que j’ai lisse- et choisir sa méthode d’épilation est un vrai casse-tête chinois.

A part l’épilation définitive - j’en rêve -, j’ai à peu près tout essayé :

Patiemment, j’ai piqué dans chaque pore de ma jambe droite la pointe du stylo électrique : une longue décharge et le tour est joué. Mais le procédé est tellement long que je n’ai pas eu le courage de m’attaquer à la jambe gauche.

J’ai étalé la crème dépilatoire dont la puissante odeur fait suffoquer et qui laisse sur les jambes des petits tas qui ressemblent à de fort ragoutantes boulettes de déjection.

J’ai donné le coup de rasoir qui tranche une fine bande de chair sur toute la longueur du mollet et provoque des saignements qui obligent à sortir précipitamment de son bain : oui, on peut se suicider en se rasant l’extérieur de la jambe gauche ! On dépose alors des feuilles de sopalin pour faire cesser l’hémorragie, mais le papier reste collé sur la jambe : c’est ça ou bien cela saigne à nouveau. Tant pis pour votre jupette neuve, aujourd’hui, vous porterez un pantalon.

Passons à l’épilateur électrique qui fait pleurer de douleur quand on essaie de se faire le maillot : et hop une petite peau de poulet qui se prend dans le mécanisme ! L’appareil est même bloqué, il faut le débrancher et enlever tout doucement les chairs meurtries avalées par la machine infernale. Cessez de hurler, cela vous servira de leçon : la prochaine fois vous penserez à lire le mode d’emploi avant d’utiliser votre nouveau jouet. L’épilateur électrique, c’est bon pour les surfaces lisses. Maintenant, vous ne pouvez même plus aller à la plage avec l’hématome que vous vous êtes fait. Finalement, vous testez votre ustensile à poils sur vos jambes. Certes le résultat est des plus convaincants, mais attendez quelques jours et vos jambes commenceront à vous démanger. De petites boursouflures rosées vont apparaître : le poil repousse sous la peau. Rrrrrhhhaaaa !!!!! Une seule solution, dégainez votre exfoliant. Sous la douche, afin de faire disparaître ces légères protubérances, vous frottez vos jambes mais si fort qu’elles sont à vif. N’essayez même pas de vous enduire de lait corporel, vous risqueriez la syncope.

Plus classique est la méthode à la cire. Mais quel merdier ! Tout d’abord, prévoir des bâches afin de protéger votre salle de bain des coulures et autres éclaboussures. Ensuite, la cire se chauffe. Je dis non au bac à cire dans lequel on met des petites pastilles de cire qu’on fait ensuite chauffer jusqu’à la bonne température : on n’obtient JAMAIS la bonne température. Soit la cire est trop froide, soit vous vous brûlez au troisième degré. La cire dégouline sur les rebords de l’appareil et vos poils envahissent lentement mais sûrement la cuve : dégoutant ! Je dis oui au roll-on : cher à la longue mais beaucoup plus hygiénique et maniable. Peu de danger de se brûler puisque l’on fait chauffer la cire au four micro-ondes et qu’il y a un indicateur de température sur l’engin.

Je vote donc pour le Roll-on pour mes jambes !

Pour le maillot, j’ai tenté le rasoir électrique avec tondeuse spéciale bikini intégrée. Sur le paquet, il est écrit qu’on peut réaliser de véritables œuvres sur son pubis. J’ai une âme d’artiste, j’ai voulu essayer. Hélas, je n’ai pas fait les Beaux-arts et ma tentative de représentation d’un cœur - une commande de mon mari à l’artiste - a lamentablement échoué, cela ressemblait davantage à un champ de mines. J’ai finalement décidé de travailler sur une surface « vierge » et ai donc procédé à l’épilation intégrale, très à la mode en ce moment ; je n’avais plus le choix, il fallait parer au carnage. Enfin le rasage intégral parce que tenter moi-même l’épilation complète de cet endroit sensible m’a quelque peu angoissée. Si le résultat était plutôt pas mal, la réalisation, elle, est assez difficile : il faut être souple ! Attention, Monsieur a un peu l’impression de virer pédophile.

Maintenant, il ne me reste plus qu’une seule méthode à expérimenter : l’épilation définitive. Après, finis les problèmes de poils et vive le naturisme au Cap d’Agde !

PS : je précise pour les indélicats qui remarqueraient : « et la moustache ? Tu ne parles pas de la moustache, Elsa ? » que je n’ai pas de moustache !!!!!! Nan mais.

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26.08.2008

LE CHIBROCEPHALE.

thumbnailCAF071S6.jpgMardi 26 août 2008 : Dyns me propose « Elsa, cela te plairait d’être un homme jeudi 28 ? ». Après m’être mise dans la peau d’une bobo, d’une catho ou encore d’une rédactrice de mode, je suis bien sûr prête à relever le défi pour Ladies Room.

La différence fondamentale qui existe entre un homme et une femme, c’est le sexe. Alors, en cette journée « Si j’étais un homme », je cesse de réagir avec mes seins, mon clitoris et mon vagin et pense donc avec ma nouvelle b*** toute neuve. N’est-ce pas là le fantasme suprême de toutes les femmes ?

Au réveil, je connais la douce sensation de mon membre qui se tend sous l’effet de mon subconscient. J’ouvre les yeux et me surprends en considérant ce nouvel appendice qui orne mon bas ventre. Mais je suis rassurée : ce sexe qui a surgi en une seule nuit semble parfait, ni trop grand, ni trop petit ; rien qui ne fasse peur, rien qui ne prête à moquerie. Ce matin, pas de femme dans mon lit pour m’empêcher de me gratter nonchalamment l’entrejambe – TOUS les hommes se grattent, ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés menteurs ; mais comme je les comprends maintenant : la sensation est vraiment délicieuse. Je prolonge le moment. Cependant, il devient impératif de me lever.

Enfin je sais ce que c’est que de faire pipi debout – j’avais bien tenté l’expérience alors que j’avais 5 ans mais cela ne m’avait guère rapporté que les réprimandes de ma mère à la vue de l’inondation que j’avais produite dans les toilettes. En me rhabillant, je prends grand soin de ne pas coincer cette nouvelle extension anatomique dans la fermeture de mon jean : doucement sur le zip, il en va du bon déroulement de cette journée. C’est que Jésus – oui, j’ai poussé le zèle jusqu’à donner un prénom à mon nouveau sexe, preuve de notre bonne entente : lui et moi, on fusionne – a un programme chargé aujourd’hui ; un accroc à Jésus serait grandement handicapant.

Alors, je le rassure Jésus, je lui parle, je le caresse … Oh zut, le voilà qui enfle à nouveau. Je n’avais pas prévu cela, moi ! Soyons honnête, je ne maîtrise pas encore très bien Jésus. Stop ! … Stop, j’ai dit ! … Mais tu vas t’arrêter, hein ? En voilà des manières ! … Oui, là, c’est mieux.

Jésus et moi pouvons enfin quitter notre appartement. Je marche dans la rue et passe mon temps à loucher sur tous les décolletés que je croise puis à me retourner sur toutes les jolies paires de fesses. Je ne vois qu’une solution pour éviter troubles de la vision et torticolis : s’asseoir à la terrasse d’un café. La serveuse vient prendre ma commande : « quels seins ! » ne puis-je m’empêcher de penser. Je ne sais plus où donner de la tête : jambes fuselées, poitrines aguichantes, fesses affolantes. Les tentations sont nombreuses. Jésus commence à s’impatienter. La prochaine qui passera sera pour nous.

Une jeune fille blonde décolorée, gironde, ses seins semblant avoir du mal à rester sagement dans leur soutien-gorge, ses fesses moulées dans une mini-jupe racoleuse, se présente à nous. Certes, elle n’est pas du tout mon type, mais là c’est purement sexuel : « je vais me la faire ! » (ils vont être contents chez Ladies Room ; ma transformation est complètement réussie : en plus d’avoir changé de sexe, je pense dorénavant comme un mec, un vrai, avec des c******* !) « Allez, viens-là ma mignonne, ça va être ta fête ! ».
Toute ma journée d’homme se poursuit à draguer de jeunes et jolies filles pas farouches pour deux sous. Quant à Jésus, il s’en sort fort bien pour un débutant.

Mais alors que, vers minuit, je rentre passablement fatigué, je croise une jeune femme tout à fait charmante. Elancée, brune avec une frange, un port de tête altier, cette femme correspond exactement à mes canons de beauté. Je la suis, elle va du même côté que moi. Je n’ose pas l’aborder. Alors que j’ai pris mon plaisir avec une multitude de jeunes femmes, sans penser un seul instant à leur en donner, cette femme-là, je n’ai pas seulement envie d’elle, j’en suis amoureux. Curieusement, nos pas nous mènent à mon immeuble : vivrait-elle au même endroit que moi ?

Alors que j’ouvre la porte afin de la laisser entrer, elle se retourne vers moi et me lance un regard malicieux : je suis pétrifié.

« Bonjour, je m’appelle Elsa », me dit-elle.

03.04.2008

LA FRANCE, FILLE AINEE DE L'EGLISE.

imagesCAFMC65M.jpgMonsieur et Madame de Montenac quittent leur appartement familial gracieusement prêté par le Ministère des Armées, avenue Duquesne. Mais je devrais dire Général car Monsieur a fait Saint-Cyr puis toute sa carrière dans l’Armée de Terre, comme l’avaient fait son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui. En fin de carrière, il a été muté à l’Ecole Militaire voisine en remerciement des bons services rendus à la Patrie. De ses nombreuses missions à l’étranger, il garde quelques photos, des souvenirs, des amitiés viriles indestructibles et des médailles qu’il arbore fièrement au revers de son uniforme les jours de cérémonie aux Invalides. Avant, les missions duraient trois ans, on emmenait toute la famille en Afrique ou en Guyane, on avait des boys qui se chargeaient des repas et de l’amidonnage des uniformes blancs de rigueur dans les pays chauds. C’était le temps béni des colonies. Alors que maintenant, les militaires partent seuls quelques mois en entraînement au CEFE - Centre d’entraînement à la forêt équatoriale - pendant que Madame reste avec les enfants en métropole.

Mais il est temps d’aller à la messe. Ils pourraient très bien se rendre à Saint-François-Xavier, toute proche mais ils préfèrent la rigueur de Saint-Nicolas du Chardonnet, dans le Vème arrondissement. Certes, c’est plus loin mais aujourd’hui, la famille n’étant pas au grand complet, ils pourront s’y rendre en voiture. L’aîné, qui a brillamment réussi le concours d’entrée à Saint-Cyr, suit déjà les traces de son père. Le week-end, il reste à Rennes avec quelques amis avant de rejoindre l’école de Coetquidan le lundi. Les trois garçons suivants se préparent à faire de même : ils sont internes au Prytanée national militaire de La Flêche. A Paris, il ne reste donc que quatre filles sur cinq - l’aînée, Jeanne-Gabrielle est entrée dans les ordres il y a déjà deux ans de cela - et le petit dernier, encore trop jeune pour être envoyé à l’internat. Le Renault Espace peut démarrer. Ce soir, ils ne rencontrent même pas de difficulté pour se garer dans le quartier, les gauchistes ayant déserté la Mutualité ce week-end.

Sur le parvis de l’église, les enfants retrouvent leurs amis. Les garçons ont les cheveux rasés sur les tempes et en forme de petit steak sur le haut du crâne. Ils portent un chino beige, une chemise en vichy bleu ciel aux manches roulottées, des mocassins Weston sur des chaussettes en jacquard Burlington et une veste Barbour. Les filles semblent s’être également arrêtées aux années quatre vingt avec leur chemisier au col relevé qui retient un carré Hermès, leur jupe bleu marine droite ou carrément plissée, leurs mocassins plats toujours bleu marine et leur duffle-coat sans âge qui a appartenu aux sœurs aînées. Les plus petits sont en total look Cyrillus avec knickers en velours côtelé ou robe à smocks en flanelle rose pâle. Le Général et Madame saluent des connaissances puis entrent dans l’église suivis de leurs enfants, les grands tenant la main des plus petits.

La messe, en latin, débute. Les fidèles sont pleins de ferveur. Certains s’allongent face contre terre. Tous chantent, même les plus petits qui connaissent comme les grands toutes les paroles sur le bout des doigts. Tous vont communier et prient pour le salut de Monseigneur Lefèbvre, excommunié par Rome en 1988 et décédé en 1991. A y regarder de plus près, certains semblent être entrés en transe. Puis, la messe prend fin. La foule sort exsangue de s’être tant donnée à Dieu.

Sur le parvis, des petits groupes se forment. Certains évoquent cette messe magnifique. Les parents discutent entre eux des dernières bulles de sa Sainteté. Les enfants prévoient une retraite au Monastère de Prouilhe ou un pèlerinage à Notre Dame de la Salette cet hiver, avant de filer dans l’appartement d’un des leurs. Chaque samedi soir, une fête est organisée par les parents à tour de rôle. Les enfants y rencontrent ainsi leurs futurs époux et épouses. C’est comme ça que Yolaine de Montenac, la deuxième fille du Général, a fait la connaissance de Charles-Gustave de Clévy, cinquième fils d’un Amiral à la retraite. Les fiançailles auront lieu dans quelques semaines, juste avant que le futur marié, médecin militaire, ne parte en mission au Kosovo pour six mois. A son retour, les jeunes gens se marieront. Le frère cadet du Général, le Père de Montenac, unira sa nièce au jeune militaire en son église. Le nouveau couple n’aura pas le temps de partir en voyage de noces, une nouvelle mission est d’ores et déjà prévue. Ils ne passeront que quatre jours ensembles mais cela suffira pour que la toute nouvelle Madame de Clévy tombe enceinte. La future maman passera les neufs mois de sa grossesse chez sa mère et accouchera chez les sœurs, sans son époux retenu en Afghanistan. Le Papa fera connaissance avec son fils trois mois plus tard, lors d’un bref séjour en France. Yolaine tombera à nouveau enceinte, juste avant que son époux ne soit rappelé sous les drapeaux. Ils auront ainsi cinq enfants en six ans. Et tous suivront à leur tour le même parcours que leurs parents : camps Scout, La Flêche ou Notre-Dame des Oiseaux, le mariage pour les filles, la carrière militaire pour les garçons, les Ordres pour certains d’entre eux.

Le Général de Montenac, au crépuscule de sa vie, posera pour la postérité dans son uniforme impeccable au milieu de ses trente sept petits enfants. Il partira fier d’avoir mené à bien sa mission, d’avoir donné à la France et à l’Eglise des serviteurs zélés et droits dans leurs bottes. Ses fils, ses petits-fils et ses gendres formeront une haie d’honneur de leurs sabres au passage de son cercueil sur le parvis de cette église ou il a tant et tant prié pour les siens. 

 

06.02.2008

GUET-APENS.

images.jpgAprès seize ans de vie commune, il faut réinventer le quotidien. On est plein d’attentions vis-à-vis de son conjoint, on prend soin de soi afin de continuer à plaire et à séduire chaque jour. Pour cela, rien de mieux que de faire l’amour dans des endroits insolites, ça donne un bon coup de fouet au couple.

On pense tous aux gros fantasmes de la porte cochère, de l’ascenseur, des toilettes de l’avion ou de la cabine d’essayage d’un grand magasin. Mais combien d’entre nous sont passées à l’acte dans ces endroits précis ? Je ne suis pas sûre que la majorité des couples se soient envoyés en l’air au rayon chemises des Galeries Lafayette. Quant à copuler dans les toilettes d’un avion, l’exercice me semble difficile étant donné l’étroitesse des lieux et le voisinage des sièges des hôtesses de l’air : vous seriez pris avant même d’être entrés tous les deux dans les WC.

Pourtant, vous êtes comme tout le monde et avez besoin de pimenter vos ébats : c’est quand même sympa de changer du très pépère missionnaire du samedi soir dans son lit.

Etape n°1 : déterminez ce qui est susceptible de vous plaire :

La nature ? (Personnellement, j'aime bien la nature !) La peur d’être pris en flagrant délit ? (personnellement, j’aime bien cette petit angoisse qui vous tenaille : pris ? pas pris ?) Les capots de voiture ? (personnellement, ce n’est pas du tout mon truc : trop froid !)Le canapé du salon ? (personnellement, j’aime bien le canapé du salon : moelleux, confortable… Mais évitez d’en parler autour de vous, plus personne ne voudrait s’assoir sur votre sofa).

Etape n°2 : appâtez la proie :

Rien de mieux qu’un délicieux déshabillé en mousseline noire quand Monsieur rentre du boulot ; pensez à vérifier que c’est bien votre conjoint qui vient de sonner avant d’ouvrir la porte et non votre voisin venu vous demander deux œufs.
Bougies, feu de cheminée, champagne : certes, c’est bateau mais ça marche à tous les coups !

Ces Messieurs aiment toujours autant les Dim’Up !!! Et alors, nue, avec des Dim’Up et des talons… Mais attention, il faut être sûre que Monsieur tienne le cap, sinon vous risquez de ne pas beaucoup en profiter.

Certains aiment se déguiser : pourquoi ne pas jouer à l’infirmière et au malade ? Mais moi ça me ferait plutôt éclater de rire. Les accessoires ? Au début, on rigole, mais après… on rigole beaucoup moins et on en redemande ! (Attention, si vous utilisez de vraies menottes, de ne pas oublier les clés !)

Etape n°3 : sautez-lui dessus :

Il est très important de ne pas lui laisser le temps de parler sinon il risque de vous raconter ses problèmes de boulot au lieu de s’occuper de vos seins. Vous le poussez dans le canapé ou bien vous le bloquez contre la porte de la salle de bain (évitez quand même le lit des enfants ) ou, si vous avez choisi la plage, les champs ou la forêt, vous l’allongez sur un plaid que vous aurez préalablement étalé par terre (le sable, ça gratte. Le foin, ça pique. Les orties sont urticantes. La nature c’est bien mais on tient quand même à notre petit confort. Si vous avez choisi la plage, pensez que la mer monte… Et à la campagne, vérifiez que vous êtes hors période de chasse : du plomb dans les fesses, ça calme les ardeurs.)

Pour les amateurs de voiture : évitez les petites gâteries pendant que Monsieur conduit, vous risqueriez de vous fracasser contre un platane; pensez également à bien serrer le frein à main, sous peine de vous retrouver au milieu d’un champ de vaches ou embourbés dans une mare.

Etape n°4 : je vous laisse improviser, vous n’avez plus besoin de moi.

Si vraiment vous n’êtes pas très inventifs, regardez les reportages animaliers, ça vous donnera certainement des idées.

Etape n°5 : vous avez réussi.

Parfait ! Madame est une femme heureuse, Monsieur fume une cigarette l’air pleinement satisfait. Mais attention, tout danger n’est pas complètement écarté. Vous êtes encore dans votre canapé, nus comme des vers ou presque puisque Madame a un Dim’Up en accordéon sur la jambe gauche. C’est ce moment que choisit votre fils pour débarquer dans le salon et vous réclamer un verre d’eau : le problème est que vous n’avez pas de drap pour vous dissimuler ; il va falloir trouver une explication crédible mais cela n’empêchera pas Bébé chéri de dire le lendemain tandis que vous faites la queue au Monop du coin : ” Maman, pourquoi papa et toi étiez tous nus dans le canapé hier soir ?”

Vous avez fait l’amour comme des bêtes dans votre cuisine, sur le bord de l’évier (le vieux fantasme du plombier sexy) : vous relevez la tête et apercevez vos voisins à leur fenêtre : visiblement, ils n’en ont pas perdu une miette. Vous allez devoir affronter les sourires en coin de toute la copropriété pendant dix ans ainsi que le regard lubrique de votre concierge à chaque distribution du courrier.

Vous avez fait l’amour bercés par le bruit du ressac : mais vos étreintes ont été si violentes que le plaid s’est fait la malle. Résultat, Monsieur s’est retrouvé pané comme une escalope de veau milanaise et vous avez hérité par conséquent d’une mycose qui va vous pourrir la vie pendant plusieurs jours.

Pour les adeptes de l’amour champêtre, les choses ne sont pas mieux puisque vous vous êtes faits prendre en flagrant délit par le garde-chasse : et une amende pour atteinte aux bonnes mœurs, une (un sanglier a même fait un malaise en vous voyant copuler !).

Mais rassurez-vous, une fois passée l’humiliation, il ne reste que de bons souvenirs. Si vraiment vous n’osez plus sortir de chez vous, vous pouvez toujours repartir sur de bonnes bases : un missionnaire classique dans son lit un samedi soir, ça a du bon aussi ! (Attendez quand même que Bébé Chéri dorme)



03.02.2008

BOBOLAND.

imagesCAQO1D6J.jpgVous, touristes et provinciaux, de Paris vous connaissez les Champs-Elysées, l’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel, le Panthéon, Beaubourg, Pigalle ou encore les Invalides ou bien l’Opéra. Mais, vous êtes-vous promenés une seule fois dans le XIème arrondissement ? Peut-être y êtes-vous passés en métro afin d’aller admirer les tombes du Père Lachaise dans le XXème arrondissement voisin. Mais je serais prête à parier que vous ne vous y êtes jamais attardé. Et pourtant !

XIème arrondissement, centre du monde ! Ici, vous êtes à Boboland, le paradis du Bobo, THE Bobo’s place to be.

Monsieur et Madame Bobo sont enfin les heureux propriétaires d’un loft de 130 m2 situé à l’angle de la rue Saint Maur et de la rue de la Fontaine du Roi. Un lieu stratégique puisque situé à égale distance d’Oberkampf, du Canal Saint-Martin, de Belleville et de Ménilmontant. Quand on vous dit centre du monde !

Monsieur et Madame Bobo adoooorent. Et puis, ils tiennent absolument à ce que leurs deux enfants Lucien et Lola apprennent à vivre avec d’autres enfants qui ne proviennent pas du même milieu social qu’eux. Pour cela, le quartier est parfait : bigarré, chamarré et chatoyant… Le marché sur le boulevard Richard Lenoir en est l’exemple parfait avec ses étals chargés de produits en provenance directe d’Afrique Noire et du Maghreb, sans oublier les marchandises issues du commerce équitable, le must ! On peut ainsi apprendre aux enfants à s’ouvrir à de nouvelles cultures, à se mélanger. Mais pas trop quand même, alors pour l’école, ce sera le privé, faudrait pas pousser le bouchon trop loin non plus.

Mais revenons au loft. Monsieur et Madame Bobo l’ont acheté il y a trois mois : ils ont eu un véritable coup de cœur un dimanche matin ensoleillé de juin ; le propriétaire refusait de leur faire visiter un jour de pluie. Et oui, qui dit loft dans le XIème, dit ancienne usine, dit rez-de-chaussée, dit faible luminosité par temps gris. Certes, c’est sombre, mais ils l’adorent parce que c’est un ancien atelier ou des ouvriers ont travaillé durement sous le joug capitaliste. Ça sent la graisse, la sueur, on entendrait presque encore la gouaille est-parisienne des anciens ouvriers…

Après s’être endettés jusqu’à plus de soixante dix ans, Monsieur et Madame Bobo ont enfin emménagé. Ils ont ainsi pu laisser libre cours à leur imagination débordante pour aménager leur loft. Ils ont déniché des petites merveilles mobilières chez Emmaüs, les ont retapées et ont dispatché tout ce capharnaüm dans leurs 130 m² en béton teinté gris. Sur les poutrelles métalliques, ils ont disposé des guirlandes Tsé Tsé. Dans les espaces enfants - on ne parle pas de chambre ici, c’est un open space -  ils ont tagué les murs afin d’aider Lucien et Lola à développer leur sens créatif. L’ambiance du loft est un peu glacée dans cet amas de béton et d’alu, mais la musique de Bénabar et de Camille réchauffe les cœurs.

Car la musique, Monsieur et Madame Bobo adorent ça. Ils vont pratiquement une fois par semaine à la Caserne Ephémère quai de Valmy, au bord du Canal Saint-Martin, assister à des concerts. Parfois, ils y mangent quand ils ne dînent pas à l’Alimentation Générale, rue Oberkampf. Et lorsqu’ils donnent rendez-vous à leurs clients, c’est au Café Charbon (rue Oberkampf), tellement authentique.

Tous deux sont graphistes. Leur atelier est une ancienne imprimerie située au fond d’une impasse, toujours dans le XIème arrondissement. Le vrai Bobo dort dans le XIème, le vrai Bobo travaille dans le XIème. Et puis bosser à proximité du loft a ses avantages : on peut y aller en vélo, c’est tellement pratique. Mais attention, surtout pas en Vélib, c’est pour les Bobof ! Cela fait déjà cinq ans que Monsieur et Madame pédalent, ils n’ont pas attendu les Vélib. Eux faisaient parti dès le début du complot cyclo-socialiste.

Car Monsieur et Madame Bobo ne suivent pas la mode, ils font leur mode.

Quand vous les croisez dans la rue, ils donnent l’impression d’avoir acheté l’intégralité de leur garde-robe chez Guerisold, avenue de Clichy dans le XVIIIème. Elle: sous-pull 70’s, robe baby-doll avec imprimé style tablier de Mamie en tergal, leggings oranges, salomés marrons et grosses lunettes jaune canari. Lui: un mélange de Star-Trek et de Starsky et Hutch, une coupe de cheveux à la Beatles. Mais ne vous y trompez pas, Monsieur et Madame passent un temps fou à travailler leur look Bobo et ont leurs habitudes côté shopping. Leurs vêtements, ils vont les chercher à Londres aux puces de Portobello ou bien à Berlin quand Madame va rendre visite à sa copine graphiste exilée suite à son coup de foudre pour un graphiste allemand. Elle adore le côté underground de la capitale allemande.

A ce propos, ce soir, Monsieur et Madame Bobo se rendent sur la rive gauche, pas dans les trop conservateurs Vème, VIème ou VIIème arrondissements, mais dans le XIIIème. Dans le tout nouveau quartier de la Bibliothèque François Mitterrand, des tas de galeries d’art contemporain se sont ouvertes et un collectif berlinois expose ses oeuvres chez une copine, ancienne graphiste devenue galeriste, ils en ont même parlé dans Technikart !

Alors Monsieur et Madame se pâment devant les sculptures exposées, boivent un verre avec quelques graphistes de leur connaissance, trinquent au son d’un underground Prosit à la santé du collectif puis rentrent cahin-caha en vélo jusqu’à leur loft, nid douillet de béton et d’acier, au cœur du Boboparadize. Ils se couchent dans leur confortable futon posé à même le sol. Une à une les lanternes Tsé Tsé s’éteignent, cédant la place à la nuit et au rêve. Si vous êtes un Bobo, tendez l’oreille, vous entendrez sûrement le doux bruit des ouvriers qui hantent les lieux. Les autres ? Vous aurez froid, il gèle dans ces lofts.

11.12.2007

JE SUIS BRANCHEE, JE SUIS DEPRIMEE.

imagesCAUWHMO1.jpgAujourd’hui, vous et moi allons parler culture. Attendez, revenez, ne partez pas tout de suite. Je vous propose de vivre une expérience nouvelle : je vais vous transformer en critique artistique. Sautez sur l’occasion, abandonnez votre boulot de tous les jours, adoptez la culturelle attitude.

Drapez-vous dans une nouvelle dignité toute étudiée: portez des petites lunettes rectangulaires - les rondes font baba cool -, adoptez la coiffure de la rousse Sonia Rykiel, ne vous lavez pas, fumez la pipe, mangez bio et prenez votre air le plus supérieur.

Vous n’aimez pas votre nouveau style que vous jugez complètement … pourri ? Détrompez-vous, vous êtes ainsi devenu LE critique d’art et essai, responsable de la rubrique littéraire à Télérama et vous travaillez aussi en Free Lance pour Libé et le magazine Danse. Il n’y a pas plus branché que vous, vous êtes le pape des nouvelles tendances culturelles. Même Jack Lang a l’air Has Been à côté de vous. Vous révélez les trésors de LA culture au reste du monde. Vos critères sont très sélectifs ; une seule règle pour vous séduire, inciter les spectateurs et les lecteurs au suicide.
C’est ça l’art branché à la française.

La littérature française contemporaine, vous l’aimez trash et sordide comme chez Virginie Despentes ou Christine Angot. Le cul et l’inceste, y a que ça de bon. A la rigueur, vous votez Amélie Nothomb, mais seulement quand elle décrit un vieil obèse qui se goinfre jusqu’à en crever parce que ça donne la nausée au lecteur. Vous vous êtes précipité pour être le premier à lire Les Bienveillantes et Littell est devenu le meilleur ami de votre hiver 2006 -2007.

Vous avez adoré que Jonathan - vous vous appelez par vos prénoms ! - impose une sodomie à son “héros” toutes les deux pages - le livre en compte plus de 900 ... des pages pas des sodomies ! -, une fois aurait suffi, ça n’apportait rien de plus au texte ou à l’intrigue ... si ce n’est un Goncourt. Si le policier a acquis ses lettres de noblesse dans les pays anglo-saxons, pour vous cela reste un genre mineur. Et puis, qu’iriez-vous faire à Cognac ou il n’y a même pas un Café de Flore ?

Au cinéma, quand vous avez vu l’affiche de Baise-moi, vous avez joui. Vous aimez les ambiances glauques comme dans le film J’embrasse pas d’André Téchiné avec Emmanuelle Béart. Votre critique fût élogieuse et Emmanuelle, malgré son peu de talent, a bien failli remporter le César de la meilleure actrice cette année là. Vous adorez les films Lovers, Too much flech et Being light avec Elodie Bouchez qui se met toujours à poil sous couvert d’intellectualisme à 2 balles avec son collègue Jean -Marc Barr qui, en plus d’avoir réalisé cette trilogie, joue toujours comme un pied. Mais vous aimez ce franco américain depuis qu’il a viré intello grâce son mariage avec la pianiste Irina Decermic.

Vous vénérez Kieslowski et sa fantastique trilogie - lui aussi - Trois couleurs : Bleu, idem en Blanc, idem en Rouge, et toujours aussi chiant quelle que soit la couleur ! Vous adorez Cannes pour sa sélection impitoyable : que des films qu’on n'a pas du tout envie d’aller voir parce qu’ils vous dépriment au bout de cinq minutes de projection.

En France, plus le sujet d’un film est triste, voire sordide, plus vous avez de chance d’être primé. D’ailleurs, il vous arrive de conseiller scénaristes et metteurs en scène : un bon film est sombre, gris, triste, avec peu ou pas de dialogues et, quand dialogues il y a, ceux-ci doivent être sans queue ni tête. Il faut s’emmerder !!
L’action est inexistante - nous ne sommes pas des américains. Enfin, tout doit tourner autour d’un problème psychologique : l’auteur se met à nu et expose ses failles ; c’est son psy qui lui a dit de le faire afin d’exorciser ses névroses.

Quand des films attirent en masse les français dans les salles, vous êtes le seul à vous retrancher dans votre dignité : ce qui est popu est forcément mauvais. Si en plus, on sort du cinéma joyeux, alors vous tirez à boulets rouges. Heureusement, nombreux sont les festivals pourris en France et à l’étranger. Vous arpentez les tapis rouges à la recherche du nouveau Woody Allen arménien, tchétchène ou bulgare. Vous allez ainsi de festival en festival - au passage, vous mangez gratos, vous êtes devenu le champion des pique -assiettes - admirant vos actrices fétiches : ici, point de glamour, Elodie Bouchez - encore elle - et Amira Casar exhibent leurs tenues hideuses et ridicules lors des avant -premières, et posent l’air renfrogné devant les photographes accrédités.

Vous êtes en France, pas aux States ! Vous tolérez les tenues plus glamour de Monica Bellucci mais seulement parce qu’elle joue aussi mal que Jean -Marc Barr et Emmanuelle Béart réunis. Pour vos propres tenues de gala, vous faîtes quelques infidélités aux stylistes français que vous trouvez trop joyeux, leur préférant leurs concurrents belges plus sombres, plus avant-gardistes, plus importables il faut bien le dire.

Parfois, vous allez assister à des ballets, pardon, à des représentations chorégraphiques. Surtout pas de classique à Garnier, c’est au dessus de vos capacités. Uniquement des chorégraphes contemporains. Cependant, vous n’adhérez pas à la pureté d’un John Neumeier ou à la beauté d’un Béjart, votre choix se porte sur Jean-Claude Gallotta : personne n’y comprend rien, c’est laid mais tout le monde s’y presse car c’est Gallotta, la figure de proue de la nouvelle danse française et que seul Jean-Claude est capable de demander à ses danseurs de secouer leurs testicules sur scène ; tout un concept !

Depuis trente ans vous vantez les mérites de Carolyn Carlson, la seule danseuse au monde à frotter la main sur le sol une heure trente durant. Ça s’appelle de l’expérimentation chorégraphique et ça nécessite un travail de recherche intense. Tout est dans le Moi intérieur profond.

Et votre Moi intérieur profond, en tant que critique culturel, est hyper profond. Vous atteignez des profondeurs abyssales de … connerie. Mais c’est un métier !