02.12.2011
LES PARENTS D'ELEVES, C'EST COMME LES VACHES, CA VA TOUJOURS EN TROUPEAUX.
Lorsque, pour la toute première fois, on emmène Bébé Chéri à l'école, on se dit que l'ambiance est formidable : tous ces parents polis, le sourire aux lèvres, qui se disent bonjour. Oui, vraiment le monde est bien fait ; Antoine se fait plein de nouveaux copains, tout comme ses parents. Cependant, tout doucement, ce monde de Oui Oui évolue incontestablement. Alors qu'on embrassait toute l'école en petite section de maternelle, arrivé en CE2, le clanisme est de rigueur, la faute, certes, aux affinités, mais surtout au "tout pour ma gueule".
Afin d'illustrer mon propos, établissons tout d'abord une liste (non exhaustive) des différentes races bovines.
- La race des snobs : la vache snob vous toise de la tête aux pieds et, quand elle daigne vous adresser la parole (ce qui est hélas mon cas, mes tenues semblant lui convenir) c'est pour vous parler de ses soucis avec son ISF ou bien pour s'étonner du fait que Machin prenne l'avion pour la Suède tel jour et non le lendemain, ce à quoi vous lui répondrez "hé bien, cela fait quand même une différence de 1500 euros." "Mais nous ne sommes pas à 1500 euros prêts." "Mais si, pétasse", mais cela vous ne le direz pas, vous vous contenterez de le penser très fort.
- La race des collantes : moche comme un cul, habillée comme un sac, nunuche et j'en passe, la collante a fait de vous son modèle. Dès qu'elle le peut, elle vous coince contre la barrière de sécurité de l'école, vous choppe au feu rouge, vous aggrippe le bras au parc de peur que vous ne lui échappiez et tente de vous persuader que des vacances ensemble, ce serait formidable. Elle vous aime !
- La race des étouffantes : elles passent leur temps à se plaindre que leur enfant est maltraité et incompris, surtout par le prof de sport qui, à cause de ses trois séances hebdomaires, oblige Capucine à revêtir un jogging plutôt que la jolie robe rose qu'elle adore. Elle devrait plutôt se réjouir de la chance qu'ont les écoliers parisiens de faire aussi souvent du sport (l'une des particularités de l'école parisienne étant que les enfants ont, en plus de leur instituteur, un professeur de sport, un de musique et un d'arts plastiques) mais non. D'ailleurs, elle n'aime pas non plus le professeur d'arts plastiques car Capucine déteste avoir de la peinture sur les doigts. Et puis elle demande tous les ans qu'on ouvre une salle en hiver car sa fille a froid pendant la récréation. J'ai conseillé à Capucine de courir pendant la récré, sa mère ne me dit plus bonjour.
- Les races des représentants des associations de parents d'élèves (FCPE, PEEP, Indépendants) : dans l'école de mes fils, il y a pratiquement autant de représentants qu'il y a d'enfants à l'école, car ici, Madame, les parents s'impliquent ! (Pauvres maîtresses qui ne peuvent plus faire une remarque à un enfant sans être harcelées et sans avoir à faire un rapport détaillé aux parents par la suite. Pauvres gosses qui ont le sentiment d'être sans cesse fliqués par leur parents.) Premièrement, les représentants tenteront de vous endoctriner. Résistez ! Si vous n'y parvenez pas, attention à intégrer l'association correspondant à vos convictions politiques. Une amie allemande s'y est laissée prendre ; elle, qui est de droite, ne savait pas que la FCPE était à gauche, son mari a failli s'étrangler un soir en la voyant rentrer d'une réunion FCPE le poing brandi chantant l'Internationale. Deuxièmement, ce n'est pas parce qu'on est une vache représentante des parents d'élèves qu'on beugle pour tous les veaux du troupeau. Non, on est là pour son veau et uniquement pour son veau. Ainsi, lors d'un conseil d'étable d'école, alors que le proviseur proposait d'utiliser une partie de l'argent de la coopérative pour une activité ayant pour but d'aider quelques enfants en difficulté, une mère FCPE s'est écriée "si je donne de l'argent à la coopérative, c'est pour que cela serve à MON fils." C'est beau d'intégrer une association de gauche qui a pour but de défendre les intérêts de TOUS les enfants de l'école !
- La race des "on est super intime" : à se voir tous les jours, à prendre le café ensemble tous les matins dans les "cafés - poussettes", à se croiser lors des anniversaires, des sorties d'écoles, des activités extra-scolaires et des fêtes d'école, on devient vite amis. A-t-on pour autant le devoir de déballer notre vie intime à nos nouveaux amis ? Je n'en suis pas si sûre. Je vais vous donner un exemple. Un midi, je suis invitée chez une maman de l'école avec d'autres mamans de l'école, ce qui est plutôt sympa. On discute, on picole, on mange, on discute, on picole, on rigole, on picole. Est-ce parce qu'on a trop picolé que la conversation prend un tour pour le moins inattendu ? Toujours est-il que l'une d'elle vient à raconter à toute la tablée qu'elle adore la sodomie (j'en ai avalé mon champagne de travers. La bourgeoisie germano-pratine s'est bien décoincée ces derniers temps.) mais qu'elle est terriblement frustrée parce que son mari ne la pratique pas, d'ailleurs il ne pratique plus rien du tout depuis la naissance de sa deuxième fille quatre ans plus tôt. Une autre mère lui répond alors que son mari ne la touche plus depuis deux ans mais que l'été précédant elle a découvert en épluchant leur compte bancaire qu'il s'était offert une call-girl dans un grand hôtel parisien alors qu'elle était en vacances dans leur maison de la Baule. Ce n'est pas fini, la troisième maman nous parle de son mari qu'elle trouve plan-plan au lit et d'une expérience avec deux hommes en même temps (normal que son mari lui paraisse plan-plan après ça). Quand vient mon tour, je ne trouve qu'une échappatoire : "tu l'as fait par derrière, dis-je à la première. Tu l'as fait avec deux hommes, dis-je à la seconde. C'est bien tout ça, mais qui l'a fait avec un chien ?" Tous s'esclaffent et je soupire de soulagement. Pas envie que tout le monde sache ce que je fais de mes fesses et pas plus envie de savoir que Monsieur, que je croise tous les jours devant l'école, ne touche plus sa femme, que cet autre Monsieur s'offre des call-girls, que Machine couche avec quatre hommes, trois femmes et cinq bouledogues. Gardez vos secrets, je ne suis pas sexologue ! Et je ne suis pas échangiste non plus, alors, à la mère de famille qui vient toujours me voir en me faisant du plat et me propose à mots couverts des partouzes avec son mari, je dis NON ! Foutez-moi la paix ! Et puis moi, de toute façon, je suis très vieille France côté cul ...
Au milieu de ce troupeau de vaches, je me sens comme une brebis égarée mais qui, au contraire de celle du Nouveau Testament, aurait trouvé le bon chemin, un chemin pas tout droit, n'exagérons rien ; non, légèrement sinueux, qui va d'un troupeau à l'autre. Amen.
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