10.06.2011

POLITICALLY ROND, UNPOLITICALLY GROS.

 

-          Silence, Elsa !

-          Pourquoi ?

-          Parce que la société actuelle impose qu’on tourne sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler.

-          Tant pis, je le dis quand même.

-          Pfff, allez-y puisque de toute façon vous vous foutez éperdument de mes conseils. Comme toujours d'ailleurs. Vous avez vraiment un caractère de cochon et ça ne s'arrange pas avec l'âge, ma chère Elsa !

-          Cet enfant est obèse !

-          Mais non, cet enfant n’est pas obèse, il est rond. 

-         Quiconque ose parler de surpoids, quiconque ose actuellement mettre la minceur à l’honneur, se voit marquer du sceau de l’infamie. La mode, et son grand gourou de Karl Lagerfeld en tête depuis qu’il a lancé son pavé dans la mare - « Vous avez des mères assises devant la télé avec un paquet de chips qui disent que les mannequins minces sont horribles» -  sont cloués au pilori. Pourtant, il suffit de regarder autour de soi : la Grossitude fait des ravages.

  

Lorsque j’étais enfant, il y avait un gros ou encore un "mammouthi" ou un "bouboule", ainsi qu’ils étaient la plupart du temps surnommés par leurs charitables petits camarades, par collège, soit à peu prêt un élève sur cinq cents. Cet enfant était bien souvent extrêmement suivi par le corps médical et ses parents qui s’échinaient à grand coup de légumes vapeur et de cours de sport à lui faire perdre ses kilos en trop. Les représentations enfantines dans le cinéma, la littérature ou la publicité faisaient la part belle aux pattes de mouches de petits Gibus en godillots et culottes courtes.

 

Aujourd’hui, les héros de dessin animé sont à la limité de l’obésité : Russell, le petit garçon de Là-Haut, passe tout le film à manger du chocolat et son surpoids l’empêche de grimper à une corde ou bien de terminer une course sans souffler comme un bœuf. Tout cela est finalement très politically correct ; les studios Disney Pixar s’adaptent à leur public : des enfants passant leur temps à regarder des films en se goinfrant de pop corn au lieu de courir au parc, de faire du sport ou tout simplement de marcher. Leur lieu de sortie préféré est Eurodisney (tiens donc, encore Disney. Simple hasard ?), temple de la Grossitude et capitale de la friture, où l’on se rend en famille : grosse maman et gros papa tenant d’une main la poussette de leur enfant de quatre ans plein de bourrelets et déjà fatigué et essoufflé à la simple idée de poser un pied par terre. Comment pourrait-il marcher d’ailleurs ? Il tient des doghnuts dans une main, une auge de pop corn dans l’autre et a la bouche pleine de coca-cola.  Les professionnels de la santé ont beau seriner à ces parents amateurs d’aliments transformés et saturés en graisse que l’espérance de vie de leur rejeton diminue de quinze ans, ces énormes loches qui confondent éducation physique et sitting devant la télévision ont ces commentaires quand, l’été, au bord d’une piscine municipale ou sur une plage publique, ils croisent un enfant à la courbe de poids en parfaite adéquation avec sa taille : « Si mon fils était si maigrichon, je serais vraiment inquiète. » Cette grosse vache parlait de mes fils ! Alors, on gave, on donne à boire des cannettes de soda, on n’achète plus de fruits et de légumes : « Trop cher ! » dit-on, alors même qu’une pizza coûte le double d’un kilo de fruits de saison. On n’envoie plus son enfant à la cantine qui pourtant lui assurait le seul repas équilibré de la journée « c’est pas bon, y a que des haricots verts » et on lui achète chaque midi un kebbab. Et l’enfant grossit. On lui dit alors : « il est en pleine forme cet enfant. Regardez donc ses bonnes grosses joues. » Doucement, la grosseur se normalise.

 

Afin de ne pas heurter la sensibilité de ces nouveaux gros, il convient alors de ne pas utiliser de termes trop explicites : dorénavant, on ne dit plus gros ou obèse mais rond et on les met en avant dans les médias. Les publicitaires ne s’y sont pas trompés qui castent des femmes taille 44 pour vendre leur nouveau gel douche. Marianne James pose nue en une de Gala. Et il faut s’extasier devant cette cellulite qu’on surnomme rondeur sous peine de passer pour une pro anorexie. Il faut congratuler ces femmes qui osent exhiber leur corps déformé par la graisse mais magnifié (?) par le maquillage et les logiciels photos, alors que les publicitaires ne font que s’adapter à leur nouvelle clientèle avide de reconnaissance. Même les gros achètent du gel douche.

 

 

 

Qu’un électron libre comme Karl Lagerfeld, ancien gros reconverti, ose dire que les femmes minces font rêver, et c’est le scandale assuré. Le net s’en fait l’écho et l’on pointe à nouveau du doigt les mannequins trop maigres qui seraient à l’origine de l’anorexie des jeunes filles, alors que les statistiques le prouvent : les facteurs de causalité de l’anorexie des jeunes filles sont des facteurs psychologiques (très forte sensibilité, difficulté à s’affirmer ...) et issus de la sphère familiale (difficulté à affirmer ses émotions, parentification c'est-à-dire inversion des rôles parents-enfants, grandes attentes et tendances à souligner les performances …). Certes, le cadre culturel et social (pressions sociales, image du corps idéal véhiculé par les magazines de mode, idéal de perfection …) peut également mener à l’anorexie mais ce n’est pas la majorité des cas.

 

Et puis, si l’on poursuit ce raisonnement qui veut que ce soient les images de femmes très minces dans la presse qui créent l’anorexie, on peut alors dire également que les images d’une Marianne James nue incitent à l’obésité.

 

Ah, mais non, ça on ne peut pas le dire, ce ne serait pas politiquement correct !

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Commentaires

Bonjour, je trouvais ça bien de mettre les rondeurs sur le devant de la scène, ça changeait un peu. Et puis la femme moyenne n'est pas aussi mince que celle (retouchée) des magazines. Il faut faire la part des choses : vouloir à tout prix ressembler à une couverture de magazine n'est sain, vouloir se gaver non plus. Je suis une femme ronde et en parfaite santé, mon médecin m'envie mes résultats d'analyses de sang. On est comme on est, c'est comme ça que je voyais le fait de mettre les rondeurs a la une.
Par contre, en ce qui concerne les enfants je suis d'accord : à deux ans mon fils a une courbe de poids parfaite, il est grand et bien proportionné. Il a toujours son ventre de bébé, des petits joues rondes et de jolies cuisses pourtant on arrête pas de me dire qu'il est mince (pour ne pas dire maigre), sous-entendu que je ne le nourris pas assez. Et ça me gonfle, mais ça me gonfle... Il est en pleine santé, sa pédiatre le trouve parfait et je devrais avoir honte qu'il n'ait pas d'énormes joues de hamster et des jambonneaux en guise de cuisse ?

Écrit par : Audrey | 01.11.2011

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