20.02.2011
A TABLE !
Les français, ainsi que l'affirme Stephen Clark dans son excellent et drôlissime bouquin God save la France, mettent au même niveau la nourriture et le sexe. Je ne parle pas ici des Français qui se goinfrent de pizzas ou de hamburgers, ou encore confondent cuisiner et mettre un plat sous vide au micro-ondes. Je parle des Français qui aiment manger des plats du terroir cuisinés avec amour, aiment ou rêvent de goûter les chefs d'oeuvre des derniers étoilés du Guide Michelin, aiment s'installer autour d'une grande table avec des amis, qui aiment cuisiner et essayer de toutes nouvelles recettes plus appétissantes les unes que les autres ; bref, des bons-vivants amateurs de bonne chère.
Sexe et bouffe seraient donc à égalité pour nous, franchouillards aux palais délicats et raffinés ?
Premièrement, vous noterez l'homophonie entre chair et chère. Celle-ci est effectivement très révélatrice. De fait, ainsi que je l'ai écrit dans mon introduction, on dit cuisiner avec amour. Pétrir s'applique aussi bien à de la pâte qu'aux seins d'une femme ou aux fesses d'un homme. La grivoiserie gauloise ne s'y est guère trompée qui empreinte également au lexique culinaire : ne dit-on pas passer à la casserole ? On bouffe, on suce, on lèche, des prunes, des oeufs, des bonbons et autres nourritures corporelles. Donc, d'un point de vue lexical, un point partout, la balle au centre.
Deuxièmement, la bonne nourriture est, pour nous, indissociable du plaisir physique : point d'étreinte charnelle sans un bon dîner auparavant. Le mâle le sait bien qui, pour attirer la femelle dans son lit, devra au minimum se fendre d'un repas au restaurant. Il saura, évidemment, qu'il convient de ne manger ni escargots à l'ail, ni tournedos à l'échalotte, ni Munster, mais de choisir des mets aux goûts et aux odeurs moins prononcés s'il veut ne serait-ce qu'embrasser sa promise. Cette dernière, pour arriver à ses fins, se devra de faire hommage au repas - on suppose qu'une femme s'astreignant à un régime ne saurait apprécier davantage les plaisirs physiques - et d'éviter les plats parsemés de persil afin de ne pas coincer l'herbe aromatique entre ses dents : son sex-appeal en prendrait un sacré coup.
Troisièmement, l'étude du contenu des assiettes en dit long sur son futur partenaire. Si l'on choisit un plateau de fruits de mer, c'est qu'on n'est visiblement pas pressé : éplucher un tourteau dignement demande du temps et de la maîtrise ; ça promet pour la suite ... Choisir un poulet au gingembre reflète un caractère légèrement superstitieux et inquiet : Monsieur a besoin d'un aphrodisiaque pour vous mettre dans son lit. Un steack frites ? Soit Monsieur n'est pas très curieux dans le domaine culinaire et la suite risque de manquer de saveur, soit il se moque complètement de ce qu'il a dans son assiette, se contentant de savourer votre beauté, soit il veut vous faire comprendre qu'il ne compte pas perdre son temps en dîner futile et qu'il n'a qu'une envie, se ruer tout de suite sur le dessert : vous ! Attention danger s'il demande le quatre-quart, le même que celui que lui fait sa maman, mais en moins bon, forcément : Monsieur, ou devrais-je dire Grand Couillon, est incapable de couper le cordon ombilical et, dès demain, vous emmènera chez sa mère qui décidera si, oui ou non - et ce sera non, croyez-moi - vous avez les qualités requises pour faire le bonheur de son fiston.
Quatrièmement, une digestion digne de ce nom s'accompagne toujours d'une sieste coquine : les français aiment faire ripaille, mais si en plus cela peut déboucher sur une partie de jambes en l'air, alors le plaisir est total.
Bon appétit !
Juste une question : que choisissez-vous quand vous êtes invités au restaurant ?
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17.02.2011
LES RECEPTIONS DE MONSIEUR L'AMBASSADEUR.
Il y a quelques temps, Lui et moi étions invités à une soirée au Restaurant Géorgien, aciennement Maison Géorgienne, rue du Sabot dans le VIème arrondissement de Paris. A l'angle de la rue du Four, trônait la Rolls Royce grise du propriétaire - le tout dernier modèle, du meilleur goût ! - et, tout autour, protégés du reste de la populace par des barrières et un cordon de policiers, les invités sirotant une coupe de champagne rosé (délicieux). Les badauds tentaient bien de reconnaitre ça et là quelques personnalités mais, peu de gens connus du grand public ce soir-là, surtout des ambassadeurs, des politiques et ... des géorgiens, venus admirer les lieux.
L'endroit est plutôt réussi, il faut le reconnaître. La façade est magnifique, toute en bois. Avant même d'entrer, on est dépaysé. Passée la porte, il faut descendre quelques marches pour découvrir l'accueil : un bar, des poutres sculptées, des briques roses, des vitraux, une fresque moyennageuse sur laquelle le patron est représenté - le petit détail kitch, il en faut ! Au dessus, deux étages géorgiens où se restaurer - même si je ne suis vraiment pas fan de la nourriture locale, trop riche et trop lourde - avec des boxes en bois ou en fer forgé, très jolis. Enfin, un dernier étage, français celui-là - français version géorgienne, c'est à dire Versailles bling bling - histoire de dépayser le géorgien de passage à Paris. L'endroit est surprenant. Tous les matériaux utilisés ont été importés de Géorgie et le patron a fait venir des artisans locaux afin de réaliser ce décor. L'architecte a multiplié niveaux et recoins, ce qui apporte douceur, châleur et intimité. On s'y sent bien, on a envie d'y rester et d'y dîner - du moins si c'était bon. Le décor invite à la détente et à la rêverie. On a envie de s'installer dans l'un des boxes pour prendre une boissson chaude avec des tas de pâtisseries au retour d'une promenade dans les rues de Saint-Germain des Prés par une froide après-midi d'hiver ; dommage que les desserts soient sans commune mesure avec les petits gâteaux de chez Angelina ...
Au premier étage, un orchestre et des chanteurs géorgiens assuraient l'ambiance musicale. Le patron a su éviter le portrait du géorgien le plus célèbre à défaut d'être le plus fameux : Staline qui vous regarde, ça coupe l'appétit.
La soirée avait commencé comme un pince-fesses parisien des plus classiques : ambassadeurs, politiciens, artistes, coquettes ; un florilège. En bas, au bar, deux jeunes fils à papa enchaînaient les verres de vodka cul sec. Ces deux-là n'ont pas dû rester debouts longtemps. Dans les escaliers, des semi call girls aguichaient les jeunes conseillers de l'Elysée. Plus haut, des artistes sur le retour exhibaient à qui mieux mieux leurs très jeunes femelles vénales aux yeux bridés. De temps à autre, on apercevait un petit groupe de vieilles fausses blondes passées à de trop nombreuses reprises sous les doigts experts (?) de chirurgiens exthétiques peu scrupuleux.
En revanche, la fin de soirée a été difficile à la Maison Géorgienne. Au dernier étage, dans la trop clinquante salle française étaient rassemblés les géorgiens venus directement de leur ambassade. Le champagne et la vodka ayant déjà fait leur travail, les hommes - où étaient les femmes ? Je n'en vis aucune dans cette salle - n'ont pas tardé à chanter. Le géorgien, puisque de géorgienne il n'y avait point, a l'air viril, costaud et rougeaud. Avec son cou de taureau, il a le rire sonore, aboie plutôt qu'il ne parle et tonne plutôt qu'il ne chante. Mais visiblement, il s'amuse beaucoup. Il tient bien l'alcool aussi.
Le géorgien est un sanguin, pas le genre à manger des Ferrerro Rochers !
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16.02.2011
LOUISE MICHEL ? NON, LOUISE TOUT COURT.
Au risque de décevoir certains d'entre vous, je n'ai pas l'âme militante. Tandis que les défilés de protestations se multiplient en France et passent sous mes fenêtres, je reste tranquillement et passivement lovée dans mon canapé.
D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais manifesté, au grand dam de mon père qui, une fois à la retraite, s'est mis à participer à toutes les manifestations en compagnie de ma mère. Maman, encore prof, brandissait les pancartes : le lendemain, on pouvait voir une photo de mes parents à la une de la feuille de chou gauchiste locale. Ils détonnaient un peu, Papa dans son loden, Maman dans sa redingote en cachemire bleu marine, à côté des barbus-chevelus de la CGT, mais cela eut le mérite de me faire rire. Papa aime à se présenter comme un révolutionnaire - en blazer Hugo Boss ? - mais il est surtout gauche - caviar, même s'il s'en défend.
Pour moi, rien de tout cela car :
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Je n'aime pas les mouvements de foule, je suis un tantinet agoraphobe.
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Je m'embourgeoise en vieillissant, comme dirait mon père. Il est vraiment gonflé parfois !
Au lycée, les jours de grêve étaient pour moi un moyen de ne pas aller en cours. Les revendications de mes petits camarades m'ont toujours laissée de marbre. Où j'étais scolarisée, on pouvait presque compter sur les doigts d'une main les contestataires. Mais il faut dire que nous n'étions pas concernés par les mesures qui visaient à déterriorer nos conditions de travail : en dépit des nouvelles directives des ministres successifs de l'Education Nationale, l'établissement effectuait invariablement une sélection rigoureuse des élèves et tendait à niveler par le haut ; on visait les classes préparatoires plutôt que les voies de garage. Les seules craintes de ces jeunes gens issus pour la plupart de milieux archi favorisés étaient de pouvoir intégrer la meilleure prépa de la région. Les discours des révolutionnaires des autres établissements de la ville tombaient complètement à plat chez nous.
Plus tard, à la Faculté de Rouen puis à celle de Rennes II, je m'amusais des pannneaux d'affichage dans les halls d'accueil. Rouen et Villejean sont connues pour faire partie des universités les plus politisées de France, à l'image de Nanterre. A Rouen, il fallait vite décamper quand les étudiants FN de la fac de droit venaient casser du gauchiste à la faculté d'histoire : gaz lacrimo et matraques allaient bon train, mieux valait ne pas traîner ses guêtres du côté de l'UFR d'histoire. A Villejean, le hall était tapissé d'affiches de propagande du Bolchévik révolutionnaire" - sans doute précisait-on Révolutionnaire pour les crétins de première année ? Tous les murs étaient recouverts de feuilles de journaux rouge sang. Chaque jour, des chevelus avec des boucs tressés et des kickers nous demandaient de signer des pétitions : "Sauvons les indiens du Chiapas !" "Réhabilitons le Che !" "Aidons le front de libération des castors opprimés !" Puis, chaque année en février, Villejean revêtait sa tenue d'hiver pour faire face aux grands froids : pneus, chaises, bancs d'amphi et tables de TD venaient finir leurs jours dans un grand feu de joie devant les portes de la fac afin d'empêcher les non révolutionnaires de suivre les cours. Le temps s'écoulait paisiblement d'AG en AG où je n'ai jamais mis les pieds, bien trop occupée à boire une tasse de thé dans mon nid douillet.
J'ai toujours été fascinée par ceux capables de se mobiliser ainsi. Sans doute suis-je trop faignante pour cela (trop égoïste, c'est certain). Oh, je comprends qu'on manifeste parce qu'on veut nous supprimer des avantages acquis. Je ne m'offusque pas que la RATP mette la pagaille pour conserver ses avantages sociaux. Mais une fois de plus, c'est facile pour moi : les grêves ne m'ont jamais gênée car mon travail a toujours été proche de mon domicile, je n'ai jamais eu le moindre souci pour me rendre au boulot, j'apprécie même les jours de grêve car Paris change de visage.
On peut évidemment me reprocher ma passivité. Je ne brandis pas de pancarte, je ne conteste rien. Je me contente de prendre tout ce que la vie m'offre de bien et d'ailleurs, elle m'a toujours gâtée la vie, peut-être trop en fait. Je suis écolo à ma manière : je trie mes déchets, ne jette jamais un papier par terre et oblige mes fils à faire de même, je n'ai pas de voiture et utilise les transports en commun. ... Ouf, peut-être ne suis-je pas complètement perdue pour la cause ?
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14.02.2011
DIX BONNES RAISONS DE NE PAS FÊTER LA SAINT-VALENTIN.
Deux semaines déjà que ça piaille : "hou la la, ce sera bientôt le 14 !"
Ah. Qu'est-ce qui se passe le 14 ?Je croyais que c'était le 13 qu'il fallait jouer au Loto.
Je ne te parle pas du Loto, Elsa, mais de la Saint-Valentin.
Parce que tu te figures que je vais rester avec mon amoureux le 14 si je gagne à Euromillions le 13 ? Tu rêves. Moi, le 14, je m'casse ! Voilà la première raison pour laquelle je ne fêterai pas la Saint-Valentin cette année.
Quelles sont les neuf autres raisons ?
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Parce que je déteste faire comme tout le monde.Je n'ai pas envie de faire l'amour parce qu'il faut faire l'amour le jour de la Saint-Valentin.
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Parce que j'aime recevoir des bouquets de fleurs quand je ne m'y attends pas.
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Parce que je trouve les coeurs gnagnan et culcul (sauf si c'est un Chaumet).
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Parce que le samedi suivant, Monsieur Pro Saint-Valentin aura oublié ses bonnes résolutions et ramènera ses copains dans votre salon pour regarder un match de foot en buvant de la bière, mangeant de la pizza froide et criant "aux chiottes l'arbitre !" Et pendant que Madame Pro Saint-Valentin lavera la vaisselle dans la cuisine tout en priant pour que la sauce tomate de la Quatre Saisons ne tombe pas entre les coussins de son canapé blanc, mon homme me sussurrera des mots doux à l'oreille. Comment peut-on tomber amoureuse d'un Pro Saint-Valentin ?
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Parce que le dîner aux chandelles entouré de Pros Saint-Valentin - lui, endimanché dans un costard à deux balles, elles étrennant ses nouveaux escarpins qui lui font des cloques à l'arrière du pied - ça me coupe l'appétit.
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Parce que je n'aime sans doute pas la volaille : NON aux "Je t'aime, mon poussin !", "Tu es un amour, mon canard !" , "Tu es magnifique, ma petite caille !" , "Tu es aussi vive qu'une pintade !"
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Parce que rien qu'à l'idée de manger des huîtres au gingembre, au gingseng, au guarana et au bois bandé issu de l'arbre de l'érection (si, si !), j'ai la nausée.
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Parce que les restaurateurs profitent de la Saint-Valentin pour doubler leurs prix.
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Parce que Monsieur va vous appeler au dernier moment pour décommander : "Chérie, j'ai énormément de travail, on fêtera la Saint-Valentin un autre soir." Puis, après avoir raccroché, il ira dîner en amoureux avec ... sa maîtresse.
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09.02.2011
QUAND ON PARTAIT SUR LES CHEMINS ... A BICYCLETTE !!!
Ce matin, j'étais d'humeur rêveuse et, comme souvent dans ce cas-là, j'ai ouvert la porte-fenêtre de ma chambre et me suis accoudée à la rembarde de mon balcon pendant de longues minutes. Alors que mon regard se posait sur l'une des multiples bornes Vélib' installées par la mairie de Paris, mon esprit s'est plu à remonter le temps. Ces vélos, en l'espace de quelques secondes, se sont métamorphosés en petite madeleine de Proust. Je me suis alors revue, adolescente, sur ma bicyclette.
C'était un vélo de ville bordeaux, certes un peu lourd à déplacer mais très élégant. Chaque jour, je pédalais pour me rendre au lycée. Je longeais le front de mer, puis le joli jardin Saint-Roch. Enfin, j'avais à rouler au beau milieu de la circulation sur 200 à 300 mètres tout au plus avant d'arriver à l'école.
Ma chère maman me disait toujours : "Attention aux voitures qui te doublent. Attention aux véhiculent qui quittent un stationnement. Attention aux automobilistes qui ouvrent leur portière sans regarder. Attention qux chauffards qui grillent stops et feux rouges." Et je suivais attentivement ses mille et une recommandations.
Mais un jour, j'avais quinze ans à peine. Il était là, dans sa voiture, une 306 blanche de société. J'avais senti sa présence depuis le parc. Il roulait presque au pas afin de rester le plus près de moi. Les autres voitures le klaxonnaient mais il n'en avait cure et se laissait doubler. Le feu est passé au rouge ; je me suis arrêtée. Il a immobilisé sa voiture juste à côté de moi. Sa fenêtre s'est ouverte et il a fait : "psst, psst !" Je me suis retournée et nos regards se sont croisés, puis mes yeux se sont arrêtés sur ... son entrejambe : monsieur s'astiquait avec ferveur !
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07.02.2011
OUPS !
Vendredi 3 août 2007, huit heures du matin.
Lui me réveille en m'enlaçant tendrement puis me sussurre à l'oreille :
- Bon anniversaire, mon amour.
- Hein ? Quoi ? Quel anniversaire ?
- Bah, notre anniversaire de mariage.
- Oh, zut, j'ai complètement oublié. C'est vrai que nous fêtons nos six ans de mariage.
- Ah non, Elsa, ce sont nos onze ans de mariage !
Consternation.
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04.02.2011
CE SOIR, ON VA CHEZ DOUDOU.
Edouard Nahum vous convie à la présentation de sa nouvelle collection de Haute Joaillerie au VIP Room.
Je ne suis pas du genre à dire « Mais je n’ai rien à me mettre ! » (Enfin, si, un peu quand même, mais pas ce soir là). Je prends une douche rapide, je dépose quelques gouttes de parfum entre mes seins et sur ma nuque (ça aide à se sentir belle et désirable) et j’enfile un pull noir avec un grand décolleté dans le dos par-dessus un pantalon moulant de la même couleur. Des escarpins vertigineux et hop le tour est joué !
J’apparais dans le salon plutôt contente de moi mais Lui me dit : « tu ne vas quand même pas sortir en pantalon ? »
- Bah si, lui dis-je, un peu vexée quand même.
- Ecoute Elsa, toutes les filles vont être habillées comme des poules, alors tu fais un petit effort et tu mets une minijupe. T’inquiète, elle sera toujours plus longue que ce que tu verras là-bas.
Ce doit être son boulot qui déteint un peu sur lui : il est vraiment en train de se transformer en proxénète !!!
- Tu veux que je fasse un effort Lui ? OK, tu ne vas pas être déçu !
Je retourne dans ma chambre et, quelques minutes plus tard, en ressort avec, non pas une minijupe, mais un short avec relativement très peu de tissu. Lui est satisfait et moi aussi car il est vrai que cela me fait plutôt de très jolies gambettes. Je force un peu sur le maquillage des yeux. Finalement, je vais me fondre à merveille dans le décor.
Enfin, ça c’était ce que je croyais …
Arrivés devant la boite de nuit (l’ancienne Scala), la rue de Rivoli, pourtant large, est pratiquement bloquée par les Cherokee, 4X4 BMW, Porches Cayenne ou autres Ferrari et coupés Mercedes (oui, c’est bien la crise). Nous présentons notre carton et entrons, laissant derrière nous la foule de curieux agglutinée contre les barrières dans l’espoir d’apercevoir une personnalité – ça fait toujours du bien à l'ego de passer devant tout le monde en prenant un air méprisant …
Dans l’entrée, trois fausses blondes aux faux seins monumentaux qui défient les lois de la gravité, vêtues de salopettes en lamé gris, posent pour la télévision et devant des photographes en compagnie des «stars » présentes. Je suis tellement fascinée par les seins de ces demoiselles qui ne sont plus de toute première fraîcheur (les demoiselles, parce que les poches de silicone, elles, semblent toutes neuves) que je ne vois pas les vitrines où sont exposés les bijoux. (je repèrerais un très joli tour de cou en diamants à 315 000 euros lors de ma sortie)
Nous passons (pfff, la télévision n’a même pas reconnu la grande Elsa, je suis déçue !) et allons déposer nos manteaux au vestiaire.
Nous descendons un vaste escalier : je me sentirais comme une girl du Lido ou des Folies Bergères, si seulement je ne craignais pas de me casser la figure tant les marches sont raides et tant mes jambes tremblent de froid. Non Elsa, ce n’est pas encore ce soir que quinze danseurs à la gueule d’ange te soulèveront comme Marilyn quand elle chantait « Diamonds are the girl’s best friends ! »
Arrivée en bas, nous nous retrouvons pris dans un bain de foule. Rien à voir avec la foule un jour de marché ou de 14 juillet !!! Les femmes, jeunes ou vieilles, sont à l’image des trois hôtesses : refaites de partout. Je serais bien incapable de les distinguer les unes des autres, visiblement il n’y a qu’un seul et unique chirurgien plasticien à Paris.
Enfin, si j’exagère ! On peut quand même distinguer deux catégories :
- Les petites brunes potelées, que j’appellerai : Petits tas. Pas belle, ayant visiblement abusé des loukoums dans son enfance, la Petit Tas a un avantage qui hélas me fait défaut : elle est riche et porte des bagouzes ENORMES à chaque doigt. (quoique, pour les bagouzes, on n’ait pas les mêmes goûts) Bref, LA grande classe ! La Petit Tas porte généralement une robe noir bustier avec une jupe bouffante (qui sert à cacher son gros c**) ou bien un grand décolleté qui laisse apparaître son soutien-gorge (il est vrai que l’élégance n’est pas le fort du petit tas …) Plus le Petit Tas vieillit, plus elle grossit, plus elle porte de bijoux de moins en moins discrets : les canapés sont pris d’assaut par ces grosses vaches à l’air dédaigneux ! Au moins, elles ne grossiront pas ce soir : le buffet est composé de sushis ! Quand Lui met la main dans le dos d’un des petits tas afin de passer, celle-ci se retourne et lui jette un regard qui se voudrait séducteur : étant dans le carré VIP, elle pense que Lui est blindé. Moi, je regarde ça en m’amusant. « Si tu savais comme il est fauché, sûrement que tu ne lui ferais pas les yeux doux, ma jolie ! Et puis Lui déteste les gros popotins ! »
- La deuxième catégorie regroupe les blondes, toujours liftées il va sans dire. La bouche peut-être un tantinet plus en canard que la brune (quoique), la blonde soigne sa ligne : à 60 balais elle fait une taille 34, parade dans un slim qui lui fait la fesse plate et molle, exhibe deux gros seins sur un cou fripé, est maquillée comme un travelo et coiffée comme une adolescente pré pubère. La blonde jeune se prend pour Kate Moss avec moue dédaigneuse et tête à claque. (Je peux pour la claque ?)
Nous entrons dans le carré VIP.
Juste à l’entrée, un espace où les invités pausent pour les journalistes mondains. Alors que Magloire, Vincent Mac Doom et un troisième acolyte se trémoussent sous les flashs, l’un des journalistes leur adresse un « Merci les filles ! » qui a le mérite de me faire rire.
En quoi diffère le carré VIP du reste de la boite, cher lecteur ? En rien, si ce n’est qu’on y est beaucoup plus serré. Mais certains sont prêts à tuer père et mère pour y entrer. Je vous rassure, mes parents sont toujours en vie, ma belle-mère, en revanche …
Ici s’entassent les gens qui comptent ?
En vrac : chanteur has been des années quatre vingt amateur de filles qui pourraient être les siennes, ancienne star du tennis français plus fort en fonds de bouteilles qu’en fonds de courts, Armande Altaï accompagnée d’une sorte de Pope sous coke, ancienne ravissante actrice blonde des années 80 devenue d’une laideur sans nom par abus de bistouri, Paul-Loup Sulitzer, Massimo Gargia et son nouveau Bel Ami, j’en passe.
Ce qui me surprend toujours dans ce genre de soirée – je ne sais pas si surprendre est le mot qui convient, peut-être faudrait-il créer un nouveau mot, mélange d’étonnement, de consternation, de moquerie et de mépris ; oui, cela correspondrait davantage à ce que je ressens, mais comme ce verbe n’existe pas encore dans la langue française, je continuerai ici à utiliser surprendre ! – c’est le fait que ces gens sont persuadés de leur importance et de leur utilité alors qu’on a affaire au néant.
A côté de ces pseudo stars, gravitent de jeunes mannequins slaves qui confondent mannequinât et prostitution mais il est vrai que le fil est parfois ténu entre les deux. Des quadras peu fringants car ayant visiblement un peu trop abusé des bonnes choses dans leur jeunesse (un ou deux se pressent d’ailleurs le nez de manière explicite) les matent la bave au menton et font leur choix : « laquelle finira dans mon lit ? » se demandent-ils.
Arrive ensuite devant moi un couple : elle, blonde un peu tapée, me dit quelque chose. Je réfléchis et me souviens : elle avait joué dans sa jeunesse (elle n’a rien fait d’autre depuis) dans un téléfilm français sur la seconde guerre mondiale, téléfilm sans aucun intérêt si ce n’est celui de l’avoir vue batifoler à poil pendant tout le film. Mais elle est bien accompagnée par un beau gosse, 40 ans, propre sur lui mais trop minet à mon goût. Cependant, je ne fais pas ma fine bouche et profite du spectacle étant donné qu’il est à 1m50 devant moi. Bon sang, ce type, sans doute un vague acteur pour téléfilms à deux balles, a passé sa soirée à se regarder dans le miroir et à remettre sa mèche !!! A un moment, Lui me quitte. Comme le beau gosse m’avait vu le mater –il aurait fallu être aveugle – il profite de l’absence de Lui pour me dire que la table devant moi le gêne et que ce sera plus facile pour danser : il en profite pour me toucher la cuisse au passage en m’adressant un sourire émail diamant. S’il croit que je vais lui refaire, comme sa copine dans sa jeunesse, un remake de la Bicyclette Bleue, il se met le doigt dans l’œil. Certes mon short est petit mais il est aussi solidement accroché à mes fesses ! Enlève tes sales pattes de là ! De toute façon, je suis obligée de cesser notre petite conversation parce qu’après tout le champagne que j’ai bu, j’ai une furieuse envie de faire pipi.
Et hop, direction le pipi room.
A l’entrée des toilettes, se trouvent deux employés qui guident les clients. En effet, il y a tant de miroirs qu’on ne sait où aller, et même après qu’on m’ait montré le chemin, j’ai réussi à foncer dans une glace. Qui donc a imaginé un labyrinthe pareil ? Finalement, j’arrive à peu près saine et sauve, mis à part mon nez qui a vraiment morflé mais l’alcool a cela d’utile qu’il anesthésie les parties sensibles.
Il y a un de ces mondes ici ! Paradoxalement, les toilettes sont presque toutes libres. Tant mieux, ça commence à urger. Je m’enferme mais écoute ce qui se raconte de l’autre côté de la porte (oui, j’ai toujours une oreille qui traîne, moi !)
Mia Frye : - Salut Chérie ! Comment vas-tu ?
Une inconnue : - Bien et toi mon ange ? Ca fait tellement longtemps qu’on s’est vues. Justement, je pensais à toi aujourd’hui et je disais à truc muche : Ca fait un bail que je n’ai pas vu Mia !
(Moi, dans mes toilettes : C’est beau la solidarité féminine, on sent un amour véritable. J’en pleurerais presque.)
MF : - Oh tu sais Trésor, j’étais à New York ce matin même. Je n’ai fait le voyage jusqu’à Paris que pour venir à la soirée de Doudou !
L’inconnue : - Je pensais te voir à Saint-Tropez la semaine dernière, je suis allée voir des amis.
(Moi, qui reste dans mes toilettes, parce que là, je suis vraiment aux premières loges : Pauvre fille !!! Saint-Tropez au mois de novembre ? Faut vraiment être con pour aller là-bas à cette époque, non ?)
L’inconnue : - J’ai un super projet pour toi et moi, il faut absolument qu’on se voit. Ca va être génial !
MF : OK, on s’appelle (ce qui signifie : « Ma chérie, t’es gentille, mais là tu commences vraiment à me gonfler ! »)
Finalement, j’ai réussi à terminer mon petit pipi et suis sortie toujours de bonne humeur. Il y avait encore plus de monde qu’à mon arrivée. Les filles sortent de leur sac du soir un peigne, un déodorant, un rouge à lèvres, un fond de teint, une brosse à cheveux, une bombe de laque, un sèche-cheveux, etc. C’est incroyable ce qu’elles arrivent à faire entrer dans leur sac à main quand moi je n’y mets qu’un rouge à lèvres et encore. Mais je ne me laisse pas abattre pour si peu et moi aussi me regarde comme une chiennasse dans les miroirs et pause comme si j’étais Claudia Schiffer en plein shooting. Puis ressors hilare … en prenant bien soin de ne pas m’écraser le nez contre un miroir.
Je rejoins Lui et nous décidons de rentrer chez nous, ça nous suffit pour ce soir. Mais avant de partir, Lui, qui connaît l’un des photographes mondains, demande à ce qu’on nous prenne en photo : alors nous prenons la pause, puis partons en nous marrant comme deux gamins, laissant derrière nous, sans aucun regret, cette faune blasée qui s’ennuie mortellement. The show must go on !
PS : surprise ce matin en me réveillant : j'avais le visage tuméfié une rivière de diamants autour du cou …
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